31 janvier 2008

Lazare Ponticelli, dernier Poilu et doyen des Légionnaires : "La Légion avait fait de moi un Français"

Depuis la disparition, dimanche dernier, de Louis de Cazenave, Lazare Ponticelli, 110 ans, est le dernier survivant. Né italien, doyen des Légionnaires, résistant, il incarne désormais les 8,5 millions de soldats français engagés dans la Grande Guerre.

f3be4c9bc75e17fb85da68fd8f592bf0.jpgLa cadence sèche de sa mitrailleuse et les cris des blessés résonnent toujours dans sa tête. Lazare Ponticelli n'a rien oublié de la Grande Guerre. Ni les combats qu'il a menés, ni les camarades qui sont tombés. Dernier survivant des poilus, il a 110 ans. Pourtant, dans ses yeux aujourd'hui presque aveugles, brille encore le regard de l'enfant qu'il fut. Ceux de ce gamin sans le sou qui avait les pieds nus et la rage de vivre. Ceux aussi de cet émigré italien prêt à tout pour garder la tête haute et dont la vie entière est à l'image d'un siècle de fer, de sang et d'espoir infini. Depuis son plus jeune âge, il a combattu. La pauvreté et la faim d'abord, puis sur le front et dans les tranchées. Dans les ateliers et sur les échafaudages. Avec les FFI pendant la Libération de Paris. Toujours, il a tenu bon. 

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27 janvier 2008

Heureux les chefs qui n'ont qu'à guider des volontés si ardentes !

9b84d569093aeaf498ab16440a1adf02.jpgL'Allemagne de 1914, lancée dans la Weltpolitik, n'eût jamais déclaré la guerre si elle avait posément compris son intérêt. Elle pouvait, sans faire appel aux armes, poursuivre dans le monde son développement économique. Qui eût osé se mettre en travers ? Formidable déjà, et soutenu d'ailleurs par une active propagande comme aussi par une puissance militaire reconnue sur terre et sur mer, qui garantissait à ses voyageurs de commerce comme à ses ingénieurs en quête de concessions à l'étranger un accueil des plus avantageux et par là une capacité de pénétration et d'acquisition incomparable, le développement allemand dans une marche constante distançait grandement celui des autres nations. Sans faire de guerre nouvelle, l'Allemagne conquérait progressivement le monde. Le jour où l'humanité se serait réveillée de ses vieilles habitudes pour mesurer la réduction de ses libertés et de ses possibilités, elle se serait trouvée tenue par les éléments allemands établis dans les différents pays sous toutes les formes mais restés toujours citoyens allemands grâce à leur double nationalité, et recevant le mot d'ordre de Berlin. D'ailleurs, pas un gouvernement, surtout d'essence démocratique, n'aurait pris la décision, devant cette hégémonie allemande en marche, et en vue d'éviter le désastre final, la domination de son pays par l'élément allemand, de prendre des dispositions particulières de protection. Il aurait reculé devant la discussion et la lutte à entreprendre avec un état si fortement armé que l'Allemagne. Loin de paraître chercher la guerre, encore plus éloigné de la déclarer, il aurait même craint de la provoquer, tant il eût redouté de déchaîner les horreurs qu'allait entraîner un conflit moderne entre de grandes nations. En quelque vingt ans de paix le monde se fût trouvé Germanisé, l'humanité ligotée.

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17 décembre 2007

Espagne 1937 : la bataille de Brunete

fb60ea1bbd721370fc3ace68ec02b185.jpgLes témoignages de la guerre civile du côté franquiste, en langue française, sont rarissimes. Voici, écrite directement en français, une excellente chose vue : la résistance de troupes nationalistes clairsemées à la puissante offensive républicaine lancée pour dégager Madrid, autour de Brunete (ouest de la capitale), en juillet 1937. Une offensive dans laquelle les Brigades internationales, qui en étaient le fer de lance, virent périr leur élite. Les républicains, ramenés après une brève percée tout près de leurs positions de départ, perdirent 25 000 hommes et 100 avions, contre respectivement la moitié et le quart pour les franquistes. Comme Fabrice à Waterloo dans la Chartreuse de Parme, le jeune alférez (sous-lieutenant) Marcelo Goya y Delrue, de père espagnol et de mère française, et venu de Paris s'engager dans l'armée nationaliste, se voit d'abord happé par le tourbillon incompréhensible de la bataille. Voici son témoignage typique, tel que paru en 1964 dans son livre Combattre pour Madrid (Éditions de la Pensée moderne).

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18 juin 2007

Guerre de Corée : "J'ai abattu 23 avions américains"

C'était au début des années 1950, dans le ciel coréen, lorsque les pilotes soviétiques et américains sont devenus pour la première fois des adversaires.

bd0340e5baf72cc34f588951c02a6b38.jpgDans le secret absolu nous avons été expédiés en Corée, pays en pleine guerre à l'époque, se souvient Evgueni Pepeliaev. - Nous nous sommes engagés dans les opérations le 1er avril 1951. Je commandais le 196e régiment de chasse.

A l'époque, les Américains contrôlaient entièrement le ciel. Même leurs bombardiers ne craignaient pas d'opérer de jour. Avant notre arrivée, les pilotes américains chassaient non seulement des véhicules sur les routes mais aussi les civils, Coréens et Chinois, en tirant sur eux. Deux mois après, nous avons mis un terme à leur supériorité. Leurs bombardiers ont arrêté de voler en plein jour. Les Américains se sont mis à équiper leurs unités par le très récent chasseur F-86 Sabre. Nous, on a volé sur des MiG-15.

Du point de vue des performances, les deux appareils étaient presque à égalité, mais chacun avait, évidemment, ses avantages. Le MiG-15 était supérieur dans le combat vertical, grâce à un plafond plus élevé. Le chasseur américain, grâce à une meilleure aérodynamique, était plus manœuvrable horizontalement. La différence de vitesses maximales était négligeable.

Le MiG-15 avait une supériorité écrasante en puissance de feu sur tout chasseur américain de l'époque. Le Sabre avait des armes très médiocres par rapport au MiG, mais son viseur automatique était sans égal.

Le MiG-15 dépassait aussi le chasseur américain en viabilité. Je me souviens que des pilotes se posaient en rentrant de missions avec une quarantaine de trous dans leurs appareils! A deux reprises, mon avion a été touché.

Les pilotes de mon régiment ont accompli près de 4.000 missions au total. A leur actif, 108 avions ennemis abattus. Nos pertes s'élevaient à 10 MiG. Quatre de mes pilotes sont morts, six ont réussi à s'éjecter. Autrement dit, mon 196e régiment, dans les combats aériens avec l'US Air Force, avait un score de victoires de 1 à 10 en notre faveur.

D'ordinaire, entre douze et trente-cinq chasseurs soviétiques prenaient part aux combats aériens contre des Sabres. Les Américains tenaient à rétablir leur supériorité aérienne. Mais, réagissant douloureusement aux pertes, ils abandonnaient souvent le combat.

d442b45acbbdaf95549f45ff5d174ed6.jpgMon carnet contient des notes sur 108 missions et 39 combats aériens. Au total, j'ai abattu 23 avions. A leur nombre, deux F-94 Starfire, un F-80 Shooting Star, un F-84 Thunderjet, et le reste c'étaient des F-86 Sabre. Tous ces avions appartenaient à l'US Air Force.

Tout pilote de guerre garde en règle générale dans sa mémoire les combats où il a failli être abattu lui-même. Un combat se déroule à des vitesses très élevées et avec des surcharges colossales, les pilotes en souffrent de troubles de la vue et perdent connaissance. C'est une fois au sol qu'on se souvient de certains épisodes d'un duel aérien.

C'était un matin de juillet 1951. Huit avions de reconnaissance F-94 regagnaient leur aérodrome en deux quatre, à une altitude de 8.000 mètres. Nous nous avons décollé et, d'emblée, après un virage de combat, nous avons engagé un rapprochement. Je les ai rattrapés 4 minutes après l'envol, prenant la décision d'attaquer avec un groupe de quatre avions sous mes ordres les quatre F-94 de derrière. Au commandant de la deuxième escadrille, j'ai donné l'ordre d'attaquer les quatre de devant. J'ai bien vu mes obus atteindre le ventre d'un F-94, des fragments de son revêtement se détacher l'un après l'autre dans les explosions. Un autre F-94 qui volait sur ma gauche, est entré dans une spirale profonde. Je l'ai poursuivi. Je me souviens très bien qu'en spirale, à une distance de 100 mètres ou même légèrement plus, je lui ai envoyé une rafale moyenne, de manière à arracher son empennage de queue. A pleine vitesse, je suis entré dans des débris. Heureusement que j'ai baissé la tête, ils ne m'ont pas touché.

A titre de preuve de nos victoires, on amenait sur l'aérodrome des éléments des avions que nous abattions. Cet empennage d'un F-94 a été lui aussi déposé.

Je me rappelle avoir abattu le 6 octobre 1951 un Sabre qui a dû par la suite se poser d'urgence sur le territoire de la Corée du Nord. J'ai pratiqué une manœuvre de diversion que j'avais bien élaborée en temps de paix. Elle m'a toujours réussi. En cap de collision, je montrais à l'adversaire que j'engageais un virage de combat ascensionnel à gauche, mais en réalité je partais à droite. Ainsi, après un virage, un F-86 s'est retrouvé en face de moi, à une distance de 80 à 100 mètres. Après ma manœuvre, j'ai vu le Sabre dans mon collimateur. J'ai envoyé une rafale dans sa direction. J'ai vu tout de suite un de mes obus toucher l'avion derrière la verrière de la cabine. L'avion est tombé mais le pilote a su le poser sur une rive. Ce Sabre a été conduit sur notre aérodrome d'où il a été envoyé à Moscou. Mes pilotes et moi nous avons pu monter dans sa cabine qui était restée intacte.

Ce Sabre nous a rendu un grand service. Les Américains avaient des combinaisons pressurisées qui leur permettaient de supporter bien plus facilement les surcharges et d'être moins fatigués. A l'époque, nous n'avions pas encore de tels vêtements, par contre, ceux des trophées ne manquaient déjà pas. Mais nous n'avions pas le régulateur de pression qui était resté dans l'avion abattu.

"Mon" Sabre possédait un horizon gyroscopique parfait. Les MiG étaient à l'époque équipés d'un mauvais appareil. Au pilote, il ne permettait pas de faire une bande de plus de 40°. On avait en effet du mal à s'orienter, en faisant de gros angles de montée et de descente.

Quant à nos ingénieurs, ce Sabre leur a fourni matière à réflexion. Sur le MiG-17, on avait déjà un horizon gyroscopique normal et un bon viseur. L'étude du moteur du Sabre a été aussi d'une grande utilité.

Le colonel Evgueni Pepeliaev, Héros de l'Union soviétique, 89 ans, vit à Moscou. Il est connu comme l'auteur d'un livre à succès, "Les Mig contre les Sabres", sur la guerre aérienne en Corée (1950-1953).

Source du texte : RIA NOVOSTI 

18 mai 2007

Ernst Jünger : FEU

medium_Sturmtruppen.jpgBien qu'il fasse encore sombre, nos silhouettes se détachent nettement des parois crayeuses du boyau de liaison qui se glisse à travers la nuit comme un reptile blanc. Nous marchons en silence, précautionneusement, à la file indienne, tout un chacun captif du réseau de ses propres pensées. Dans une heure, notre bande projetée devant le corps de bataille se sera profondément enfoncée dans la position ennemie qui depuis si longtemps s'étire sous nos yeux, vaste et mystérieuse comme une côte étrangère et funeste.

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22 avril 2007

Ernst Jünger : Sang

medium_valr_attack.jpgLe genre humain est une forêt vierge, un entrelacs mystérieux dont les couronnes parcourues des souffles de mers ouvertes ne cessent de s'arracher aux vapeurs, moiteurs et touffeurs pour se tendre majestueuses à la rencontre du soleil. Si les sommets se nimbent de parfums et d'efflorescences colorées, dans les fonds prolifère un fouillis de plantes étranges. Si l'on voit, lorsque le soleil se consume, tomber dans les calices de palmiers ondulants une compagnie de perroquets rouges telle une escadre de songes royaux, des bas-fonds déjà plongés dans la nuit monte le pêle-mêle répugnant des bêtes qui rampent et rôdent, les cris stridents des victimes que l'agression sournoise de dents et de griffes rompues au meurtre a tiré du sommeil, du terrier, de la chaleur du nid pour leur donner la mort.

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