20 novembre 2007

Beowulf et le cinéma de demain

77f00cd7782aed1d226cc00eb384e2bd.jpgLa sortie sur les écrans de "La Légende de Beowulf", de Robert Zemeckis, marque un véritable tournant dans l’histoire du septième art. Explications. 

"Un film, c’est un scénario contrarié par un tournage contrarié par un montage", disait François Truffaut. Une belle formule rappelant à juste titre que le cinéma est avant tout un art de la concession, du compromis, où les intentions de départ du réalisateur ne se concrétisent presque jamais en raison des aléas de la production, des caprices des stars, des intempéries, des restrictions budgétaires ou, tout simplement, des bonnes idées sur le papier qui se révèlent mauvaises sur le plateau. L’Américain Robert Zemeckis (Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, Forrest Gump...) incarne depuis presque vingt ans, avec quelques confrères aussi célèbres que James Cameron, Steven Spielberg ou Peter Jackson, l’avant-garde technologique du cinéma. Aujourd’hui, avec la sortie de La Légende de Beowulf, long-métrage en images de synthèse inspiré d’un poème épique datant du VIIIe siècle, il est en train d’entériner l’un des bouleversements les plus passionnants de toute l’histoire du cinéma. Une révolution initiée il y a maintenant trois ans avec la sortie de Pôle Express, joli conte de Noël qui dissimulait derrière ses dorures enchantées un défi sans précédent. Car Zemeckis est tout simplement en train de mettre sur pied un système qui annihile justement toutes les contrariétés évoquées par Truffaut et déplorées par tous les plus grands réalisateurs. Un système qui confère au cinéaste un pouvoir sur sa création quasiment équivalent à celui de l’écrivain et qui risque bien d’accoucher du concept de cinéma d’auteur terminal. 

Car, si l’image de synthèse s’avère être la forme idéale pour générer ce nouveau cinéma, ce n’est certainement pas dans la recherche d’un photoréalisme que réside le défi de la méthode Zemeckis (il n’y a qu’à voir, pour s’en convaincre, les boursouflures numériques faussement novatrices que sont Sin City ou 300, qui utilisent pourtant de vrais acteurs), mais bien dans sa manière de concevoir une nouvelle façon de faire du cinéma. Pour cela, le cinéaste n’a pas inventé un outil à proprement parler, il a perfectionné une série d’outils et les a regroupés au sein d’un procédé, appelé la "performance capture", qui révolutionne de fond en comble la façon de faire un film. Première étape : les collaborateurs du cinéaste sont chargés d’élaborer sur leurs ordinateurs les décors de l’histoire et le design des personnages (traits physiques, costumes, etc.). Puis vient l’utilisation de la "motion capture", technique qui consiste à recouvrir un acteur de capteurs électroniques destinés à plaquer ses moindres mouvements sur un double numérique créé par ordinateur. Visant à accroître le réalisme comportemental de personnages virtuels, cette technique est utilisée depuis déjà de nombreuses années ; elle a été popularisée notamment par le personnage de Gollum dans Le Seigneur des anneaux, de Peter Jackson. Sur un plateau dénudé, uniquement constitué de décors reconstitués sous forme de structures en fils de fer, les comédiens interprètent donc leur rôle. Ils ne sont pas filmés, il n’y a pas de projecteurs, pas de marquage au sol à suivre scrupuleusement, pas de timing à respecter. Bref, l’acteur de cinéma retrouve là une liberté physique inespérée et, du même coup, une intensité de jeu sur la durée que seul le théâtre pouvait lui procurer, puisque l’interprétation d’une séquence entière peut s’effectuer en continu, sans aucune pause. Précision en forme de rappel : ce n’est pas une caméra qui enregistre le travail de l’acteur, mais bien des centaines de capteurs placés à tous les endroits du corps (y compris le visage dans son entier). Cette performance, capturée par l’ordinateur, servira ensuite à animer les personnages créés plus tôt par les infographistes et à les faire évoluer dans les décors numériques. 

Et c’est précisément ici qu’intervient la partie la plus étonnante du procédé. Dégagé de toutes les contingences physiques induites par un tournage traditionnel, le réalisateur, devant ses ordinateurs, se retrouve seul maître à bord. Ayant sous la main ses décors, ses personnages et les performances de ses acteurs, il peut en faire ce qu’il veut : il peut aussi bien décider de tourner une scène sous trois angles différents puis choisir ensuite les meilleures prises que tout retourner en un seul plan-séquence. Mais aussi modifier l’éclairage ou la profondeur de champ à volonté, prendre tout son temps, ne pas attendre qu’un acteur ou un technicien soit prêt pour réaliser un travelling, etc. En résumé, sa réalisation, c’est-à-dire le choix des cadrages, du découpage et des éléments de l’image qui seront privilégiés, ne dépend plus d’aucun facteur extérieur. De même, le montage ne consistera plus à se contenter d’assembler les plans tournés et se retrouvera inévitablement couplé avec le tournage. 

Avec ce procédé, le réalisateur est désormais omnipotent. Pour la première fois depuis que les frères Lumière ont créé le cinématographe, le cinéaste ne décide plus de la façon dont il va filmer une scène avant le tournage – au risque de voir ses choix diminués ou contredits par ce dernier ou par le processus du montage – mais après, à tête reposée, sans pression ni compromis. Il peut raconter son histoire exactement comme il l’entend. Julien Dupuy, spécialiste du cinéma numérique et des effets spéciaux, fut l’un des rares journalistes français, à l’époque de la sortie de Pôle Express, à mesurer l’importance du bouleversement provoqué par Robert Zemeckis. Pour lui, les conséquences pour l’art cinématographique seront inévitables : "La performance capture est forcément annonciatrice d’une révolution esthétique radicale du septième art, dans le sens où elle marque la disparition de la caméra : cette méthodologie offre une liberté totale au cinéaste, comme d’ailleurs à tous les membres de son équipe (comédiens compris), jusqu’à présent tributaires des restrictions techniques du médium. Ainsi, le point de vue du réalisateur n’est-il plus subordonné à une entité physique : il est totalement désincarné."

Devenue un outil virtuel, la caméra peut désormais tout se permettre et concrétiser des plans hier encore physiquement impossibles. De quoi motiver les réalisateurs les plus expérimentaux de l’ère du numérique, qui cherchent depuis déjà un certain nombre d’années à retrouver l’inventivité visuelle débordante des cinéastes du muet comme Murnau ou les formalistes russes. Outre Zemeckis, qui annonce déjà un nouveau conte de Noël filmé en "performance capture" (A Christmas Carol, d’après Charles Dickens), James Cameron prépare dans le plus grand secret son nouveau film de science-fiction, Avatar, qui devrait mêler les techniques de cinéma traditionnelles au procédé de Zemeckis, tandis que Steven Spielberg et Peter Jackson viennent de s’allier pour porter à l’écran les aventures de Tintin sous forme d’une trilogie entièrement filmée en "performance capture". Autant de projets qui vont immanquablement perfectionner l’invention de Zemeckis et porter encore un peu plus haut l’étendard de la révolution numérique. Comme le disait si justement David Lean : "Je crois que le cinéma n’en est qu’à ses débuts."

Arnaud BORDAS

Source du texte : FIGARO.FR

14 novembre 2007

Le risque d'une "arsenalisation" de l'espace

Le tir antisatellite chinois du 11 janvier a constitué une "surprise stratégique". Son onde de choc n'a pas fini de se faire sentir aux Etats-Unis, comme dans tous les pays dont les satellites sont potentiellement menacés par cet exemple concret d'"arsenalisation" de l'espace. Pour les services de renseignement américains, il ne s'agissait que d'une demi-surprise, tant ils s'attendaient à ce que la Chine - qui s'était déjà aventurée à "aveugler" avec un laser au sol un satellite de reconnaissance américain, en septembre 2006 - passe à un autre stade.

Le tir chinois a eu le mérite de confirmer que Pékin a décidé de contester aux Américains leur domination de l'espace militaire. L'administration Bush n'a pas réagi outre mesure, pour une raison simple : les Etats-Unis, comme la Russie, avaient effectué ce genre de tests antisatellites dans les années 1980. Au-delà de leurs dizaines de satellites militaires de détection, d'écoute, d'observation et de guidage par GPS de bombes et de missiles, les Américains mènent un programme systématique de défense antimissile, et envisagent de développer un laser embarqué sur un Boeing 747. Des unités de l'armée de l'air américaines sont également spécialisées dans la réalisation de batailles spatiales simulées.

L'hebdomadaire américain Aviation Week & Space Technology a révélé récemment que le président George Bush avait adressé, en juillet, des directives secrètes à plusieurs agences gouvernementales pour leur demander de renforcer la protection des satellites américains. En choisissant de ne pas s'appesantir sur le tir chinois, Washington a minimisé ses conséquences négatives. Le catalogue de l'US Air Force, qui recense les "objets" spatiaux de plus de 10 cm, a enregistré une augmentation de 20 % en 2006, due pour l'essentiel au tir chinois. Alors que 10 500 objets étaient recensés au début des années 1990, on en dénombrerait 18 400 aujourd'hui. Or, on estime qu'un débris de 15 mm (il en existe plusieurs millions) est potentiellement capable de détruire un satellite.

Source du texte : LE MONDE.FR

07 octobre 2007

Premiers pas vers un laser à rayons gamma

b624fb8b96cd234c356f00b26b3be268.jpgDes physiciens arrivent à produire du positronium, combinaison de matière et d'antimatière, source d'une intense énergie lumineuse.

Le rayon de la mort, cette arme ultime rêvée par plus d'un esprit guerrier, ne se cantonnera peut-être plus pour longtemps au monde de la science-fiction. Les deux physiciens américains David Cassidy et Allen Mills viennent en effet de créer dans leur laboratoire de l'université de Californie à Riverside une nouvelle molécule qui pourrait mener d'ici à une dizaine d'années au développement d'un laser aux effets destructeurs. 

Décrit pour la première fois en 1946, le dipositronium (Ps2), c'est son nom, est longtemps resté une molécule théorique. Et pour cause, sa durée de vie, qui se résume à seulement un quart de nanoseconde (moins d'un millionième de millième de seconde), rend sa fabrication ardue. La faute aux atomes qui le composent. Comme son nom l'indique, le Ps2 est fait de deux atomes de positronium liés l'un à l'autre. Ces derniers eux-mêmes sont constitués d'un électron, chargé négativement, qui gravite autour d'un positron, particule d'antimatière miroir de l'électron, chargé positivement. Or la matière, dont sont faits tous les objets et les êtres qui nous entourent, et l'antimatière, qu'on trouve uniquement sur Terre dans les accélérateurs de particules, ne font pas bon ménage. Aussitôt mises en contact, deux particules de matière et d'antimatière se détruisent en émettant un puissant rayonnement. 

Il arrive toutefois que des atomes composés de chacune des deux particules miroirs se forment juste avant de disparaître. C'est le cas pour le positronium. Il faut alors faire très vite pour manipuler ces "briques" éphémères et créer des molécules. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les deux chercheurs américains ont d'abord isolé plusieurs millions de positrons dans une sorte de cage. Qu'ils ont ensuite ouverte très rapidement. En une nanoseconde seulement, toutes les particules ont été envoyées vers une fine lamelle de silice. "Celle-ci est pleine de trous microscopiques, un peu comme un gruyère, explique David Cassidy. Les atomes de positronium, nés de la rencontre d'un électron avec un positron au moment de son passage dans la silice, se sont alors retrouvés prisonniers dans les creux." Dans une telle promiscuité, le rapprochement des atomes entre eux était inévitable et au total, environ 10 000 molécules de Ps2 ont ainsi vu le jour.
 

Les militaires intéressés
 

La prouesse n'aurait pu rester qu'une simple curiosité de laboratoire. Mais voilà : elle ouvre également la voie au développement d'un laser à rayons gamma, bien plus puissant que son équivalent optique. Après avoir vécu très brièvement, le positronium disparaît en effet en émettant des rayons gamma, beaucoup plus énergétiques que de la lumière. 

L'idée consiste donc à réunir un grand nombre de ces atomes entre eux, puis à provoquer leur désintégration exactement au même moment, de manière à produire un faisceau intense de rayons gamma. L'existence même de la molécule de Ps2 démontre qu'il est possible de garder en vie deux atomes de positronium suffisamment longtemps. Et dans les années qui viennent, l'équipe de David Cassidy compte porter ce chiffre à des millions d'atomes. Le laser pourrait ensuite voir le jour en une dizaine d'années, au bas mot. La difficulté première consistera à augmenter la densité de positronium produit. 

Premiers intéressés, les militaires en feraient une arme diabolique. "Non seulement le laser vous brûlerait gravement, mais vous en ressortiriez radioactif car il casserait les noyaux de vos atomes, prévient Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA. Plus pacifiquement, on pourrait s'en servir comme d'une lampe de poche pour sonder l'intimité de la matière." Et mieux encore : il permettrait d'allumer facilement des réactions de fusion thermonucléaire pour produire de l'énergie. Là où plus de 200 lasers classiques seront nécessaires pour déclencher le phénomène - comme dans le projet français du laser Mégajoule en construction à Bordeaux - quelques lasers à rayons gamma suffiraient. De quoi se simplifier la vie.

Source du texte : FIGARO.FR 

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03 juillet 2007

L’armée de terre va tester en Allemagne un mini-drone révolutionnaire

44e923ed20fdf8eb5d2353542324c5bb.jpgUn mini-hélicoptère-robot va être expérimenté confidentiellement en Allemagne par l’armée de terre française lors d’un exercice militaire baptisé "Altengrabow" qui se déroulera jusqu’au 15 juillet, dans le camp du même nom situé à 60 km au sud de Berlin. A l’essai depuis le mois d’avril dans les camps de l’armée de Terre, c’est le premier déploiement à l’étranger de ce mini-drone révolutionnaire d’une trentaine de kilos baptisé Scorpio 30. Fabriqué par EADS et la PME Surveycopter, il peut à la fois observer, de jour comme de nuit, les mouvements de troupes ennemies, tout en collectant du renseignement électronique comme des conversations radio. Sa formule aérodynamique et sa maniabilité le rendent aussi très adapté aux évolutions en milieu urbain : ce qui signifie qu’il pourra aussi être utilisé par la Sécurité civile ou par la police. Le Scorpio-30 est une évolution d’un drone déjà utilisé, depuis 2005, par les forces spéciales françaises en Afghanistan et en Côte d’Ivoire. L’armée de terre doit également tester prochainement en France un autre modèle de mini-drone de ce genre. Commandé par la Délégation Générale à l’Armement (DGA), il est conçu, cette fois, par Bertin Technologies.

Source du texte : CAPITAL.FR 

Un Irak virtuel pour soigner le stress post-traumatique

8bea27b0bbcbd44c316199037427244d.jpgLes médecins du Weill Cornell Medical College ont décidé de recréer un “Irak virtuel” pour faire revivre à leurs patients, des soldats rapatriés, les évènements qui ont conduit à leur stress post-traumatique.

La théorie derrière cela est qu'il est plus facile de soigner une telle névrose en faisant revivre au vétéran les évènements traumatiques qu'il a vécu, et en le forçant à verbaliser ses sensations, plutôt qu'en tentant de lui faire oublier ses souvenirs obsédants. Lors de la session, le thérapeute est capable de contrôler les sons et images générées par le système pour mieux examiner les réactions du sujet face aux différents stimuli.

4a53f33811b86400dc82a6b46bb2edfb.jpgLe docteur Albert “Skip” Rizzo de l'Institut des technologies créatives, l'un des auteurs du système, explique ainsi sa stratégie : “Notre but n'est pas de retraumatiser les gens, mais de les réexposer de manière graduelle aux évènements traumatiques qu'ils ont vécu, afin qu'ils puissent les gérer“.

Cette simulation a été mise au point par l'Université de Reading en collaboration avec l'Institut des technologies créatives, qui travaillent sur ces sujets depuis plusieurs années. Elle utilise des composants d'un jeu vidéo, Full Spectrum Warrior, à l'origine commandé par l'armée américaine pour former son infanterie. Il est assez ironique de le voir finalement utilisé pour redonner goût à la vie aux soldats américains qui sont revenus traumatisés des combats.
 

Source du texte : TECHNO-SCIENCE.NET

01 juin 2007

Biométrie : le Comité d’éthique tire la sonnette d’alarme

a6c197b612586910900ce72630d9bedf.jpgCette instance consultative réclame un « contre-pouvoir » face à ces méthodes d’identification.

« Subrepticement, notre société, au nom du paradigme sécuritaire, s'habitue à l'usage de ces marqueurs biométriques », constate le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) dans un avis rendu jeudi. Une habitude dangereuse, estime le comité : « chacun accepte finalement et même avec quelque indifférence d'être fiché, observé, repéré, tracé, sans souvent même en avoir conscience ».

ADN, sang, urine, iris…

En cause, la biométrie, une technique en plein boom, qui consiste à identifier des individus par leurs caractéristiques physiques : repérage de « suspect » par identification faciale, contrôle aux frontières grâce au passeport biométrique, démarrage d’un ordinateur grâce aux empreintes digitales. Il est aussi possible d’identifier quelqu’un grâce à son ADN, son sang, son urine, sa rétine, son iris, sa voix, ou même sa façon de taper sur un clavier.

Au-delà des failles de sécurité révélées notamment par le Guardian au sujet du passeport biométrique, le CCNE pointe les dérives qui guettent. Il critique sévèrement « une loi qui fait du refus de se soumettre à ce prélèvement un délit », qui revient à faire fi du consentement, condition sine qua non de la biométrie. Autre danger : le détournement des données et leurs croisements qui « permet un contrôle étroit et multiforme des personnes, de leurs déplacements et de leurs activités ». « On imagine aisément l'utilisation aux fins de stigmatisation, d'exclusion sinon d'élimination que des régimes totalitaires auraient pu faire ou pourraient faire de tels instruments », ajoute le texte.

« Le prix à payer »

Face à ces doutes, le Comité d’éthique s’interroge : « quel est le prix à payer pour rendre la vie plus sûre ? ». Pour éviter les dérives, l’avis préconise la mise en place d’un vaste « débat public » sur la question et d’un « réel contre-pouvoir à la généralisation excessive de la biométrie ». Elle propose que la Cnil soit chargée de cette tâche, après lui en avoir donné « le statut et les moyens ».

Source : FIGARO.FR 

Télécharger l'avis du CCNE

02 décembre 2006

En 2008, Soyouz sera lancé à Kourou

medium_infographieVega.jpgUne grande, une moyenne, une petite : avec Ariane 5, Soyouz et Vega, l'Europe aura constitué dans deux ans une « écurie » spatiale capable de lui offrir une indépendance d'accès à l'espace inégalée à ce jour. Que ce soit en orbite basse ou géostationnaire (36 000 km d'altitude) et pour tous les types de satellites.
 
Si tout se passe comme prévu, Vega effectuera son vol inaugural depuis le port spatial de Kourou, en Guyane, vers la mi-2008. Elle sera suivie, le 21 novembre, du lanceur russe Soyouz, sous ses nouvelles versions 2-1A et 2-1B, qui décollera d'une zone aménagée sur un terrain de 90 ha, au nord-est de Kourou, près de la ville de Sinnamary.
 
« L'accord avec la Russie a été conclu en 2003 et les premières pelleteuses sont entrées en action en janvier 2005. À l'heure qu'il est, nous achevons les travaux de terrassement et nous commençons à couler du béton », explique Michel Debraine qui supervise, pour le compte de l'ESA, ce chantier de 221 millions d'euros, dont la maîtrise d'oeuvre a été confiée à Vinci.
 
Particulièrement impressionnant, le creusement du carneau - un trou de 28 m de profondeur pour 130 m de côté destiné à canaliser les jets de flammes et les ondes sonores au moment du tir - a déplacé pas moins de 250 000 m³ cube de gravats et de roches qui sont concassés sur place pour fournir les matériaux nécessaires au chantier.
 
Plus de 3 tonnes de charge
 
Par rapport à Baïkonour (Kazakhstan), où plus de 1 700 Soyouz ont déjà été lancés, le dernier étage de la fusée, qui transporte la charge utile, sera assemblé à la verticale sur le pas de tir et non pas à l'horizontale. « Cela permettra d'intervenir plus facilement en cas de pépin sans avoir besoin de rapatrier le lanceur dans le bâtiment d'assemblage », explique Michel Bartolomey, de la société Arianespace qui est chargée de la commercialisation des lanceurs européens.
 
Autre avantage, du fait de la proximité de l'équateur, Soyouz pourra placer en orbite géostationnaire depuis Kourou des charges utiles environ 80 % plus lourdes qu'à Baïkonour, située beaucoup plus au nord. Pour une 2-1B, la capacité d'emport passera ainsi de 1,7 t à un peu plus de 3 t.
 
En rythme de croisière, il est prévu une moyenne de trois tirs par an. Un contrat a d'ores et déjà été signé avec le CNES pour le lancement des Pléïades, ses futurs satellites d'observation de la Terre.
 
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medium_Vega.jpgDés la mise à feu, une lumière blanche, aveuglante comme un flash, sature la rétine, tandis que d'immenses volutes de fumée s'engouffrent dans le carneau, une excavation de 45 mètres de profondeur, creusée à même le granit sous le banc d'essai des accélérateurs à poudre du Centre spatial guyanais de Kourou. 

Pendant 107 secondes, le tout nouveau moteur P 80 du premier étage de Vega, le futur lanceur léger de l'Europe, crache son feu avant d'être noyé sous un déluge d'eau. Fin du spectacle...

« La beauté de notre travail, c'est que nous brûlons des mois d'efforts en moins de deux minutes », confie, sous les applaudissements, Stephano Bianchi, chef du programme Vega à l'Agence spatiale européenne (ESA).

« Une étape fondamentale dans le développement de Vega a été franchie », confirme quelques heures plus tard, Philippe Pascal, le responsable du développement du P 80 au Centre national d'études spatiales (Cnes) en présentant les premiers résultats des 600 mesures (pression, poussée, temps de combustion...) de ce test grandeur nature, destiné à reproduire, de manière statique, l'intégralité d'une séquence de vol.

Lancé en 1999, par l'ESA, en même temps que le programme Vega, avec un budget de 131 millions d'euros pris en charge à 52 % par le constructeur italien Avio (une première en Europe !) et à 34 % par la France, le P 80 représente une avancée majeure.

«Un véritable démonstrateur technologique »

De par ses mensurations (12 mètres de haut pour 3 mètres de diamètre) et ses performances (250 tonnes de poussée maximum), c'est d'abord le plus grand moteur monobloc en matériau composite (l'enveloppe est en fibre de carbone bobinée) jamais réalisé en Europe. Ensuite, comme l'explique ­Michel Eymard, directeur des lanceurs au Cnes, « les innovations importantes effectuées à tous les niveaux en font un véritable démonstrateur technologique ». Avec des retombées possibles sur les futurs moteurs à poudre d'Ariane 5 dont il est prévu de réduire de 30 % le coût du lancement à l'horizon 2010.

« Grâce aux essais menés avec succès ces onze derniers mois, notamment sur les moteurs des trois autres étages de Vega, nous pouvons désormais tabler sur un premier lancement à la mi-2008 à Kourou », pronostique Stephano Bianchi.

Six fois moins massive qu'une Ariane 5, Vega a été conçue pour lancer sur orbite basse (700 kilomètres d'altitude) un ou plusieurs petits satellites pesant une tonne et demie au total. Le tout au plus bas coût possible, en faisant appel, le cas échéant, aux compétences et aux installations existantes. C'est ainsi que la base ELA 1, utilisée pour le premier tir d'Ariane le 24 décembre 1979, sera réaménagée pour lancer Vega.

Malgré cela, le budget total du programme - financé à 65 % par l'Italie, très loin devant la France (15 %) - s'élève tout de même à 560 millions d'euros, auquels s'ajoute une enveloppe de 246 millions d'euros destinée au financement des cinq premiers exemplaires de la fusée, tous destinés à lancer des satellites scientifiques de l'ESA (IBDM, Aeolus, Lisa PF, Swarm et Proba 3).

Pour les cinq vols suivants, le coût du lancement a été fixé à 21 millions d'euros. Ce prix sera-t-il suffisamment attractif ? Et l'état du marché permettra-t-il d'assurer la cadence prévue de deux puis quatre tirs par an ? Yannick d'Escatha, le président du Cnes, se montre optimiste. « Je voudrais que Vega soit déjà là, s'exclame-t-il. Nous avons beaucoup de satellites de moins d'une tonne à lancer ne serait-ce que dans le programme GMES, de surveillance et d'observation de la Terre. Aujourd'hui, l'Europe n'a aucun moyen de le faire par ses propres moyens. »

Source : FIGARO.FR

20 octobre 2006

L'invisibilité devient une réalité

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De Star Trek à Harry Potter, en passant par le roman de H.G. Wells, l'invisibilité est depuis longtemps un rêve de la science-fiction.
Des chercheurs américains et britanniques ont fait passer ce rêve dans le domaine du réel, avec la réalisation de la première cape d'invisibilité en laboratoire. Grâce à un assemblage de matériaux très spéciaux, les physiciens ont réussi à cacher un petit cylindre de cuivre de quelques centimètres au « regard » d'un faisceau de micro-ondes. Cette spectaculaire première mondiale a été publiée hier dans l'édition sur Internet de la prestigieuse revue américaine Science.
 

 
 

Les auteurs de science-fiction gardent une longueur d'avance, car l'expérience ne fonctionne pour l'instant qu'avec des micro-ondes, et pas encore dans le visible, car la lumière a des longueurs d'ondes beaucoup plus petites, plus difficiles à manipuler. Mais dans la théorie, rien n'empêche qu'une version plus avancée du dispositif puisse tromper le regard humain.

L'invisibilité aux micro-ondes est tout de même très intéressante, car elle agit dans le domaine des radars. Et cela fait longtemps que les militaires salivent à l'idée de rendre un objet - un avion par exemple - invisible aux radars. Cette expérience de cape d'invisibilité est très différente des technologies « furtives » pour les avions. Les avions furtifs ne sont pas invisibles pour les radars, mais réussissent à absorber ou à réfléchir dans des directions choisies les micro-ondes envoyées par les radars, ce qui fait qu'ils ne renvoient alors que des échos très réduits, comparables à ceux de gros oiseaux. Dans la présente application, les matériaux qui composent la cape d'invisibilité réussissent à courber les ondes autour de l'objet à cacher, de sorte qu'elles le contournent sans le traverser ni s'y réfléchir. Pour l'observateur qui regarderait dans le domaine des micro-ondes, l'objet ne réfléchit pas la lumière qu'il reçoit, et ne laisse pas d'ombre : il est invisible. Enfin presque. Car les auteurs de l'expérience admettent que leur dispositif a été réalisé très vite, et est encore imparfait. « Comme la cape n'est pas encore parfaite, nous avons encore quelques réflexions et quelques ombres, ce qui fait que l'objet n'est pas visible, mais l'arrière-plan est un peu flou et assombri », commente David Smith, de la Duke University en Caroline du Nord. « Mais nous savons comment en