14 février 2008
1871 : La Commune de Paris (1/3)
17:15 Publié dans France, Révoltes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Commune, communards, révolte, insurrection, Blanqui, Louis Rossel, Louise Michel
14 octobre 2007
286 : la révolte des Bagaudes gaulois
Au début de 286, avant d'aller affronter les barbares du Rhin et de la mer du Nord, le César Maximien eut à combattre en Gaule des paysans et esclaves révoltés sur lesquels nous sommes très mal renseignés.
Mamertin, contemporain des événements et auteur des deux panégyriques de Maximien, en 289 et 291, évoque sans les nommer les monstra biformia qu'étaient ces rebelles, "laboureurs devenus fantassins, bergers mués en cavaliers", dévastant les campagnes à la manière des barbares. Leur nom celtique de Bagaudes, peut-être dérivé de bagad, "combat", n'apparaît que dans la seconde moitié du IVe siècle, tant chez Aurelius Victor, pour qui les Gaulois appellent ainsi des bandes de paysans mêlés à des latrones, que chez Eutrope et dans la chronique de saint Jérôme, où les Bagaudes sont seulement des rusticani révoltés. Dans des textes hagiographiques beaucoup plus tardifs, les Bagaudes, paysans et esclaves soulevés par la misère et supposés chrétiens, réapparaissent : l'une des Passiones de Saint-Maurice-d'Agaune, abbaye située près d'Octodurum (Martigny), œuvre rédigée entre 475 et 500, ainsi surtout que la Passio des Saints Martyrs de la légion thébaine, écrite par Sigebert de Gembloux au XIe siècle, relient les Bagaudes à la présence du César Maximien dans les Alpes Pennines, à Octodurum : là, les soldats chrétiens de la légion thébaine, venue d'Orient, refusèrent de leur faire la guerre et furent exécutés sur l'ordre de Maximien, récit repris par l'auteur, au XIe siècle aussi, de la vie de saint Babelon, abbé de Saint-Maur-des-Fossés au VIIe siècle.
Si ces textes tardifs s'inspirent sûrement des souvenirs de la grande persécution contre les chrétiens, de 304 à 311, et de la grande révolte des Bagaudes du Ve siècle en Armorique et en Aquitaine, où ces rebelles avaient suscité la sympathie de saint Germain d'Auxerre et de Salvien, il reste que, d'une part, les noms des deux chefs bagaudes, Aelianus et Amandus, donnés par Aurelius Victor, Sigebert de Gembloux et l'auteur de la Vie de saint Babelon, sont reproduits par huit monnaies, d'authenticité douteuse cependant, et que, d'autre part, la Vie de saint Babelon mentionne un castrum bacaudarum dont huit documents des vue-vine siècle attestent l'existence à Saint-Maur-des-Fossés, sans qu'on puisse savoir s'il s'agit d'un fort occupé par les Bagaudes de 285-286 ou par ceux du Ve siècle.
Peut-on tenter au moins de préciser les régions gauloises concernées par ce soulèvement de petits paysans ruinés, d'esclaves et de colons des grands domaines émancipés à la suite des invasions du IIIe siècle, rusticani que vinrent rejoindre et encadrer des latrones et des soldats déserteurs, tels apparemment Aelianus et Amandus ? Comme les Bagaudes furent les premiers ennemis que combattit, pour gagner le Rhin, Maximien qui était à Mayence en juin 286, il est probable qu'ils sévissaient surtout dans les régions où débouchaient les routes qui, par les cols des Alpes et du Jura, menaient d'Italie en Gaule, régions d'ailleurs sillonnées par les invasions alamanniques depuis 254 et, en 186 déjà, par les bandes de l'ancien soldat Maternus, pillant les campagnes et même attaquant les villes. Là effectivement, le brigandage était endémique à la fin du IIIe siècle, attesté tant par un praefectus arcendis latrociniis institué par la cité de Nyon que par le nombre des trésors monétaires enfouis avec des monnaies terminales de Dioclétien-Maximien dans la région de Genève et, du côté gaulois, dans la Franche-Comté et les départements de l'Ain, de la Saône-et-Loire, de l'Yonne, de la Nièvre, enfin de l'Isère et de la Drôme, c'est-à-dire aux abords des routes allant d'Italie soit vers Lyon et Vienne, soit, par Besançon, vers Chalon-sur-Saône et Autun, d'où partaient les routes de l'Ouest et de la basse Seine, vers le castellum bacaudarum de Saint-Maur-des-Fossés, sur la Marne, à l'entrée de Paris.
Ce vaste secteur routier d'au-delà des cols des Alpes occidentales devint le tractus de la Gallia riparensis organisé militairement en duché très tôt : d'après ce qui en reste dans la Notice des Dignités, il correspondait au débouché des routes alpines entre le lac de Genève et Marseille, la partie septentrionale dépendant d'un duc de Séquanique, lequel n'avait plus, alors, qu'une petite garnison à Besançon, comparable à celles de Milites distribuées dans les provinces des Lyonnaises à l'ouest de la Saône, sans doute parce qu'au cours du IVe siècle le brigandage était resté très actif dans la zone alpine et sa périphérie.
De surcroît, comme Maximien soumit les Bagaudes en quelques mois, puisque dès avril 286, plus tôt même peut-être, il reçut le titre d'Auguste qui consacrait ses succès, il est probable encore que cette rapide soumission fut incomplète et que le César se borna à rétablir des communications sûres dans la région de l'axe Rhône-Saône-Rhin, en guerroyant contre les bandes d'Aelianus et Amandus qui, usurpateurs ou non, avaient réussi à s'imposer avec le concours des latrones locaux. Vaincus, les deux chefs bagaudes furent-ils abandonnés par les rusticani, puisque Mamertin vante la clémence de Maximien envers ces misérables rebelles ? Vainqueur, le César ne chercha même pas à atteindre, par les routes de l'Ouest qu'il avait rouvertes, le littoral gaulois dévasté par les pirates saxons et francs, dont Dioclétien avait confié la défense à un officier originaire de Belgique II, le Ménape Carausius, probablement déjà investi par l'empereur Carin du commandement de ce tractus étendu aux côtés de Bretagne. Il s'empressa de pénétrer en Germanie Supérieure pour y lutter contre des barbares — Aelianus et Amandus avaient-ils essayé de les refouler ? — qui sont vraisemblablement des Alamans, car Maximien était à Mayence en juin 286.
17:40 Publié dans Révoltes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bagaudes
10 septembre 2007
Polybe : la révolte des mercenaires (241-238 av. J.-C.)
Le traité de paix conclu et ratifié, Amilcar conduisit l'armée du camp d'Eryce à Lilybée, et là se démit du commandement. Gescon, gouverneur de la ville, se chargea du soin de renvoyer ces troupes en Afrique ; mais prévoyant ce qui pouvait arriver, il s'avisa d'un expédient fort sage. Il partagea ces troupes, et ne les laissa s'embarquer que partie à partie, et par intervalles, afin de donner aux Carthaginois le temps de les payer à mesure qu'elles arriveraient et de les renvoyer chez elles avant que les autres débarquassent. Les Carthaginois, épuisés par les dépenses de la guerre précédente, et se flattant qu'en gardant ces mercenaires dans la ville, ils en obtiendraient quelque grâce sur la solde qui leur était due, reçurent et enfermèrent dans leurs murailles tous ceux qui abordaient. Mais le désordre et la licence régnèrent bientôt partout ; nuit et jour on en ressentit les tristes effets. Dans la crainte où l'on était que cette multitude de gens ramassés ne poussât encore les choses plus loin, on pria leurs officiers de les mener tous à Sicca, de leur faire accepter à chacun une pièce d'or pour les besoins les plus pressants, et d'attendre là qu'on leur eût préparé tout l'argent qu'on était convenu de leur donner, et que le reste de leurs gens les eussent joints. Ces chefs consentirent volontiers à cette retraite ; mais comme ces étrangers voulurent laisser à Carthage tout ce qui leur appartenait, selon qu'il s'était pratiqué auparavant, et par la raison qu'ils devaient y revenir bientôt pour recevoir le paiement de leur solde, cela inquiéta les Carthaginois. Ils craignirent que ces soldats réunis, après une longue absence, à leurs enfants et à leurs femmes, ne refusassent absolument de sortir de la ville, ou n'y revinssent pour satisfaire à leur tendresse, et que par là on ne revît les mêmes désordres. Dans cette pensée ils les contraignirent, malgré leurs représentations, d'emmener avec eux à Sicca tout ce qu'ils avaient à Carthage. Là cette multitude vivant dans une inaction et un repos où elle ne s'était pas vue depuis longtemps, fit impunément tout ce qu'elle voulut, effet ordinaire de l'oisiveté, la chose du monde que l'on doit le moins souffrir dans des troupes étrangères, et qui est comme la première cause des séditions. Quelques-uns d'eux occupèrent leur loisir à supputer l'argent qui leur était encore dû, et, augmentant la somme de beaucoup, dirent qu'il fallait l'exiger des Carthaginois. Tous se rappelant les promesses qu'on leur avait faites dans les occasions périlleuses, fondaient là-dessus de grandes espérances, et en attendaient de grands avantages. Quand ils furent tous rassemblés, Hannon, qui commandait pour les Carthaginois en Afrique, arrive à Sicca ; et loin de remplir l'attente des étrangers, il dit : que la république ne pouvait leur tenir parole ; qu'elle était accablée d'impôts ; qu'elle souffrait d'une disette affreuse de toutes choses, et qu'elle leur demandait qu'ils lui fissent remise d'une partie de ce qu'elle leur devait. A peine avait-il cessé de parler, que cette soldatesque se mutine et se révolte. D'abord chaque nation s'attroupe en particulier, ensuite toutes les nations ensemble ; le trouble, le tumulte, la confusion tels que l'on peut s'imaginer parmi des troupes de pays et de langage différents.
09:45 Publié dans Révoltes, Textes anciens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Polybe, mercenaires, Amilcar, Carthage, Rome
14 août 2007
La révolte de Pougatchev en Basse Volga (1772-1774)
La révolte de Pougatchev est la plus grande guerre paysanne de l’histoire russe.
Catherine II a pris le pouvoir en juin 1762, par la voie d'un coup d’Etat perpétré contre son mari, le tsar Pierre III.
Iemelian Pougatchev, en russe Емелья́н Ива́нович Пугачёв, (1740 ou 1742 - 1775) est un paysan cosaque du Don, illettré, qui a servi dans l'armée russe lors de la Guerre de Sept Ans, sous le commandement du comte Chernyshev, puis dans la première guerre russo-turque (1768-1774), sous le commandement du comte Pierre Panin. Il a participé au siège de Bender.
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11 août 2007
La Mafia
La plus célèbre de toutes les organisations secrètes du monde entier est née au siècle dernier en Sicile de la révolte des paysans locaux contre l'ordre établi par l'étranger. Sa force provenait à la fois de la faiblesse des pouvoirs officiels et d'une impitoyable discipline intérieure. Triés sur le volet, soumis à un minutieux rituel d'initiation, ses membres prêtaient serment d'obéissance absolue à une sévère hiérarchie et à un pointilleux code d'honneur qui ont souvent tenu en échec la police et la justice italiennes. Après avoir colonisé l'Amérique et les réseaux de drogues internationaux, cette association de malfaiteurs, sans précédent ni rivale, continue à jouer un rôle important dans la vie politique et économique de la Sicile, malgré les luttes internes qui la déchirent périodiquement.
23:55 Publié dans Criminalité, Révoltes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Mafia
01 août 2007
1315 : La révolte de Morgarten et le pacte de Brunnen
La bataille de Morgarten eut lieu le 15 novembre 1315, au sud de Zurich où quelque 1500 montagnards suisses (avec des troupes de la vallée de Dompierre-Ducry) repoussèrent les troupes (entre 3000 et 5000 soldats professionnels) du duc Léopold Ier d'Autriche, seigneur de Habsbourg. C'est l'une des rares occasions, au Moyen Âge, où des communautés paysannes réussirent à s'émanciper de leur suzerain féodal.
La victoire de Morgarten renforca la cohésion des cantons alpins. Elle leur rallia les cantons environnants et surtout les villes de Zurich, Bâle et Berne.
18:15 Publié dans Europe, Histoire, Révoltes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Suisse
03 mai 2007
1282 : Les Vêpres siciliennes
Les « Vêpres siciliennes » désigne un soulèvement et une révolte populaire de l'île de Sicile contre la domination féodale du roi français Charles d'Anjou, survenu à Palerme et Corleone, le 31 mars 1282, mardi de Pâques. À la suite de ce soulèvement et du massacre des Français, les Siciliens se libèrent du joug angevin avant de se livrer au roi d'Aragon Pierre III. L'événement est donc à la fois un moment clef de l'histoire nationale sicilienne et un tournant géopolitique.
Le contexte italien est celui de la lutte entre les partisans du pape et de l'empereur : les partis des guelfes (pour le pape) et des gibelins (pour l'empereur) se cristallisent à cette occasion. La situation sicilienne était complexe depuis la mort en 1250 de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, roi de Sicile et ennemi déclaré de la papauté. Son fils Conrad IV lui succède mais meurt en 1254. Le pape Innocent IV, suzerain nominal de Sicile, veut profiter de la minorité de son fils Conradin pour évincer les Hohenstaufen d'Italie. Le régent de Conradin, Manfred de Hohenstaufen, fils bâtard de Frédéric II, se proclame roi en 1258 au détriment de son neveu. Il est alors excommunié et privé de son royaume par le pape, qui cherche un nouveau prétendant à faire valoir pour abattre la « race de vipères » que représente pour le pouvoir pontifical la famille de Hohenstaufen. En 1266 c'est le comte Charles d'Anjou, frère de Louis IX dit saint Louis qui est investi par le pape du royaume de Sicile. Il envahit le sud de la péninsule italienne et tue Manfred à la bataille de Bénévent le 26 février 1266. Il doit faire face par la suite aux attaques de Conradin, dorénavant assez âgé pour faire valoir ses droits. Toutefois ce dernier est vaincu et fait prisonnier en 1268 à la suite de la bataille de Tagliacozzo. Le 29 octobre, après un procès pour trahison, il est décapité à Naples. Dès lors, fort de l'appui du pape et de ses victoires militaires, Charles d'Anjou nourrit des projets plus vastes de croisade : il prend le titre de roi de Jérusalem (1277), fait occuper Saint-Jean-d'Acre, et veut contraindre les Byzantins à l'union religieuse. Pour cela, il prépare une expédition contre l'Empire byzantin pour le printemps 1283 et masse sa flotte à Messine.
La mort du dernier des Hohenstaufen et les exactions des seigneurs français de la suite de Charles d'Anjou, peu au fait des institutions particulières de la Sicile, entraîne dans l'aristocratie et les classes urbaines siciliennes un rejet des Français qui se traduit par la préparation d'une révolte. L'un des souverains les plus intéressés par la Sicile est alors le roi Pierre III d'Aragon, qui avait épousé en 1262 Constance de Sicile, fille de Manfred. S'il n'encourage pas la révolte, il est probable qu'il ne fait rien pour l'empêcher. L'empereur byzantin Michel VIII Paléologue, inquiet des visées sur l'Orient qu'entretient Charles d'Anjou, est également contacté par des émissaires siciliens. Début 1282 une flotte de cent quatre-vingt vaisseaux part de Collioure et de Valence. Elle est destinée à punir l'émir de Tunis du non-versement de son tribut à l'Aragon, mais il est probable que le roi Pierre ait également un projet sicilien.
Le soulèvement et l'intervention aragonaise
Le soulèvement des « Vêpres siciliennes » débute le 30 mars 1282 à Palerme et à Messine. En ce mardi de Pâques à l’heure des vêpres, au son des cloches, c’est un massacre des troupes de Charles d’Anjou à Palerme et de la plupart des Français.
À en suivre les chroniques du temps, le 31 mars, mardi de Pâques, on assiste à un pèlerinage habituel des familles palermitaines de la porte Sainte-Agathe à l'église du Saint-Esprit (San Spirito) hors les murs ; on constate la présence oppressive des soldats français. Le prétexte à l'embrasement n'est pas clair : l'indélicate recherche d'armes sur les jeunes gens et sur les femmes – certaines chroniques évoquent l'offense particulière faite à une jeune fille sur son intimité – ou une pierre lancée par des enfants insutlés par les Français ? Dans tous les cas l'étincelle est une atteinte à l'honneur. La réaction se fait violente, les Français ainsi que le personnel administratif amalfitain, sont alors traqués et massacrés. Les artisans palermitains mettent en place une éphémère commune avant d'être rejoints par les habitants de Corleone. Le 30 août 1282, l’héritier le plus proche de Manfred met fin à la République fédérale. Pendant quatre mois, la république avait connu une liberté aussi extraordinaire que sanglante.
Une révolte anti-française ? le cri des révoltés est bien « Mort aux Français ». Les sources présentent les vêpres tantôt comme un complot – ainsi l'Anonyme de Messine, La conspiration de Jean Prochyta et ses références au soutien occulte de Pierre III d’Aragon et de Giovanni da Procida, médecin et jurisconsulte en exil depuis 1275 – tantôt comme un mouvement populaire – Crònica de Ramon Muntaner. Quelque soit la réalité de ses complots – il apparaît certain que Procida, alors chancelier de la couronne d'Aragon, ait noué des contacts avec les Gibelins de Sicile – le mouvement fut récupéré par Pierre III d'Aragon, massivement soutenu par l'aristocratie et la bourgeoisie catalane.
La flotte aragono-catalane débarque à Palerme et chasse les troupes fidèles à Charles d'Anjou en dehors de l'île. Aucun Français ne survécut, à l'exception notable de Guillaume des Porcellets, chambellan de Charles d'Anjou et membre de l'illustre Maison de Provence des Porcellets, en considération de sa droiture et de sa vertu. Les émissaires siciliens apportent au roi Pierre la couronne de l'île au nom de sa femme. Il est proclamé roi le 4 septembre. Toutefois son armée n'arrive pas à mettre le pied dans la partie continentale du royaume de Sicile ; c'est le début de la division entre les royaumes de Naples et de Sicile, dont les rois prétendent tous deux au même titre de « roi de Sicile ». Le pape Martin IV, furieux de voir un héritier des Hohenstaufen remettre le pied en Italie, excommunie le roi Pierre et donne son royaume d'Aragon, dont il est également le suzerain, à Charles de Valois, fils de Philippe le Hardi, roi de France, ce qui donne lieu à la croisade d'Aragon.
Portée historique et postérité littéraire
De 1282 à 1372, puis jusqu'en 1422, la Sicile devait connaître un cycle de conflit qui épuisa la monarchie et renforça l'influence des familles gibelines. La guerre entre la maison de Barcelone et la maison capétienne commence et dure vingt ans, jusqu'à la Paix de Caltabellotta (1302) où le roi de Sicile Frédéric III reconnaît les possessions angevines en Italie du sud. Mais la paix ne fut guère solide qu'en 1373 (traité d'Aversa) : les Angevins reconnaissent la possession des Aragons sur la Sicile.
Au-delà, comme a pu le souligner Henri Bresc, les Vêpres peuvent être lues comme une « l'affirmation tumultueuse de la sicilianité », la « première expression unitaire d'une population unie politiquement et bientôt culturellement ». Frappant les imaginations, l'événement devait être mobilisé par Dante - Paradis, VIIIe chant - inspirer à Casimir Delavigne une tragédie en cinq actes en 1819, être la source d'un roman historique d'Étienne de Lamothe-Langon, en 1821 (Jean de Procida ou les vêpres siciliennes) et en 1855, Verdi y consacra un opéra intitulée Les Vêpres siciliennes.
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02 mai 2007
1302 : La bataille des éperons d'or
A la fin du XIIIè siècle, le comte de Flanche Guy de Dampierre, rencontrant la double opposition du patriciat des villes flamandes et du roi de France, Philippe IV le Bel, choisit de s'appuyer sur l'élément populaire des villes, les gens de métier, et de faire alliance avec Edouard Ier, roi d'Angleterre, lui-même en conflit avec Philippe le Bel.
En 1297 la rupture fut consommée entre le comte de Flandre et le roi de France. Ce dernier envoya une armée envahir et occuper la Flandre. En 1300, Guy de Dampierre dut se rendre à Charles, comte de Valois, frère de Philippe le Bel et chef de l'armée royale : il fut gardé en prison. En 1301, Philippe le Bel en personne se rendit en Flandre pour être reçu par les des. Le gouvernement de la Flandre fut confié à Jacques de Châtillon-Saint-Pol, "homme violent et hautain, un vrai représentant de la féodalité" (Henri Pirenne). Il administra en s'appuyant sur la noblesse et le patriciat urbain. A Bruges, un impôt fut levé pour couvrir les frais qu'avait occasionnés à la ville la venue du roi. Il en résulta le soulèvement des tisserands, des foulons, des tondeurs de drap. A leur tête s'imposa Pierre de Coninc (Pierre le Roi, dans les sources en langue française), un pauvre tisserand de chétive apparence, qui organisa le "commun" de la ville contre les riches patriciens favorables aux fleurs de lis (les Leliaerts).
Le mécontentement flamand trouva un chef de grande naissance en la personne de Guillaume de Juliers, petit-fils de Guy de Dampierre, jeune, éloquent, ambitieux, qui suscita l'enthousiasme du petit peuple des villes, en particulier à Bruges. Afin de rétablir une situation d'ores et déjà très compromise, Jacques de Châtillon, à la tête de ses hommes, fit son entrée à Bruges le 17 mai 1302 mais, dans la nuit du 17 au 18 mai, plusieurs de ses compagnons d'armes furent surpris et massacrés par la population. Telles furent les "matines de Bruges" : l'expression, qui n'est pas contemporaine, ayant été forgée par imitation des "vêpres siciliennes" de 1282, où, là aussi, des Français avaient péri, victimes d'un soulèvement à la fois populaire et national. L'on dit que le cri choisi par les insurgés avait été "Schilt et de Vrient", avec comme mot d'ordre de tuer tous ceux, de langue française, incapables de prononcer correctement l'expression.
Jacques de Châtillon put malgré tout s'échapper. Il laissa dans le château de Courtrai une garnison d'une quarantaine de chevaliers et de 220 arbalétriers, sous le commandement de Jacques, châtelain de Lens, lui promettant de le secourir le moment venu. Pierre de Coninc et les chefs flamands réunirent leurs forces, commencèrent par assiéger le château de Cassel puis se portèrent contre celui de Courtrai dont le siège débuta le 23 juin 1302.
Pendant ce temps, l'année française, sur ordre du roi, s'était réunie à Arras sous le commandement de Robert, comte d'Artois. Une source suffisamment fiable parle de 10 000 "armures de fer" (à cheval) et de 10 000 arbalétriers, plus les gens de pied. Etaient venus des nobles d'Artois, de Picardie, de Normandie et de Champagne. Les maréchaux de l'ost étaient Guy de Nesle et Renaud de Trie tandis que le maître des arbalétriers était Jean de Brulas. Robert d'Artois quitta Arras le 1er juillet et arriva devant Tournai le 8. En prévision de la bataille, les Flamands avaient choisi une excellente position, à l'Est du château et de la ville de Tournai : derrière eux, la Lys les protégeait ; sur leur gauche se trouvait le ruisseau (ou fossé) du Groeninge Beek ; devant eux et sur leur droite celui du Grote Beek. A droite, furent installés les Brugeois, sous Guillaume de Juliers ; au centre, les hommes du Franc de Bruges (banlieue de Bruges) et les paysans de la Flandre maritime ; à gauche, l'un des fils de Guy de Dampierre, Guy de Namur, avec des contingents d'Alost, d'Oudenaarde (Audenarde), de Courtrai et de Gand (les Gantois étaient venus là en dépit de la défense des échevins). Des Yprois, présents là encore à l'encontre des ordres officiels, furent placés face au château, afin d'empêcher une éventuelle sortie de la part de la garnison française. En réserve, il y avait la cavalerie du chevalier zélandais Jean de Renesse, auquel des sources attribuent la conception de l'ordre de bataille.
En dehors de la réserve de Jean de Renesse, pratiquement tout le monde — nobles et non-nobles, ces derniers naturellement très majoritaires — était à pied au sein de l'armée flamande : les armes furent les épées, les haches ("bouteshaches"), les piques et aussi le goedendags, ainsi décrits par une source française (Guillaume Guiart) : "Grands bâtons pesants et ferrés, à un long fer aigu devant, on les appelle godendac, c'est bon jour à dire en flamand." Le flanc gauche du dispositif flamand s'appuyait sur l'abbaye de "nonnes grises" (cisterciennes) de Groeninge, située tout près de la Lys : une source expose que c'était là précisément que voulait loger l'armée française. Il fut décidé qu'on ne ferait pas de prisonniers, que le butin serait interdit et la fuite punie de mort. Avant la rencontre, Guy de Namur fit chevaliers Pierre de Coninc, ses deux fils ainsi qu'une trentaine de Brugeois. Le cri de guerre fut "Flandre au lion" (allusion aux armes de Flandre : d'or au lion de sable).
Du côté français, les arbalétriers étaient en avant, suivis par une dizaine de "batailles", regroupant chacune des centaines de cavaliers. Un peu avant midi, le 11 juillet, jour de la translation du corps de saint Benoît, le combat s'engagea : les arbalétriers français se mirent à avancer jusqu'aux fossés et à tirer - sans grand effet. Puis, dans la bousculade, Robert d'Artois leur donna l'ordre de se retirer pour faire place à la cavalerie. Chevaliers et écuyers, lances couchées, franchirent alors plus ou moins aisément les fossés et chargèrent le mur impassible des gens de pied flamands. Les "batailles" de l'aile gauche, face aux Brugeois, de l'aile droite face à Jean de Namur, ne rencontrèrent aucun succès : Raoul de Nesle trouva très vite la mort dans la mêlée. Une sortie de la garnison du château de Courtrai fut repoussée par les combattants d'Ypres. Au centre en revanche, les hommes du Franc de Bruges furent ébranlés : Jean de Renesse se porta vivement à leur secours. Alors Robert d'Artois, qui était demeuré à l'écart, décida d'intervenir : il rétablit un temps la situation mais périt à son mur. La contre-attaque flamande put se déployer, elle devint générale : les chevaliers français tentèrent de franchir les fossés, dans l'autre sens, mais ils n'y parvinrent pas. Hommes et chevaux furent impitoyablement massacrés. L'arrière-garde française, sous les comtes de Saint-Pol et de Boulogne, prit sagement le parti de quitter le champ de bataille. Les Flamands, ayant à leur tour franchi les fossés, se mirent à poursuivre les fuyards, sur une dizaine de kilomètres. Les pertes furent considérables au sein de la chevalerie française : peut-être la moitié des présents trouvèrent-ils la mort, y compris quatre comtes (Artois, Eu, Aumale, Grandpré). Le châtelain de Lens, à la tête de la garnison du château de Courtrai, dut naturellement se rendre, suivi par presque toutes les garnisons françaises installées en Flandre.
Face à ce massacre de "la fleur de la chevalerie", la stupeur fut grande dans le royaume. Pour rendre compte de la "déconfiture", une explication fut fournie, reprise par presque tous les chroniqueurs : les Flamands non seulement s'étaient protégés derrière leurs fossés mais encore, "subtilement", ils avaient recouvert plusieurs d'entre eux d'herbes et de claies, ce qui les avait rendus plus ou moins invisibles. Même si l'on écarte le recours à cette ruse, il reste que la bataille de Courtrai fut livrée sur un terrain très peu favorable au déploiement de la cavalerie : ce fut là une erreur tactique monumentale de la part de Robert d'Artois qui aurait écarté, le matin du 11 juillet, d'autres solutions proposées par son entourage, en particulier un report de l'affrontement, avec l'espoir que les Flamands se retireraient d'eux-mêmes. On ne saurait dire pour autant que la défaite de Courtrai ait marqué le triomphe définitif de l'infanterie "communale" sur la chevalerie "féodale" : par la suite, à maintes reprises, les gens de pied flamands connurent de retentissantes défaites infligées par la noblesse la plus traditionnelle. Il n'empêche que la bataille de Courtrai est demeurée dans la mémoire des Flamands le symbole de leur liberté.
Les vainqueurs purent amasser quelques 500 "éperons dorés" (d'où le nom de la "bataille des éperons d'or" que l'historiographie flamande donne volontiers à cette rencontre) : ceux-ci furent offerts à l'église Notre-Dame de Courtrai. En 1382, Charles VI, vainqueur à Roosebecque, tint à venir récupérer ce butin. Déjà, lors du traité d'Athis-sur-Orge du 23 juin 1305, il avit été prévu qu'en expiation du meurtre des Français, 3000 Brugeois devaient aller en pèlerinage dont 1000 en Terre sainte.
Philippe CONTAMINE
In Dictionnaire des guerres et des batailles de l'histoire de France
Editions Perrin
Sous la directionde Jacques GARNIER












