12 décembre 2007
Les Dieux du Nord (1/6)
11:45 Publié dans Mythologies, Vidéo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Odin, Thor, Edda, Dieux, Vikings, Heimdall, Loki
La légende des Nibelungen (1/8)
08:05 Publié dans Europe, Mythologies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nibelungen, Siegfried, dragon, Burgondes
09 décembre 2007
La spiritualité païenne au sein du Moyen Age "catholique"
Quiconque a eu l'occasion de lire régulièrement nos articles, et notamment ceux publiés à plusieurs reprises dans Vita Nova, connaît déjà le point de vue qui sera le fil conducteur des présentes notes : nous faisons allusion à cette idée d'une opposition fondamentale entre deux attitudes distinctes quant à l'esprit, où il faut voir l'origine de deux traditions bien différenciées sur le plan aussi bien historique que suprahistorique.
La première, c'est l'attitude guerrière et royale, la seconde, l'attitude religieuse et sacerdotale. L'une constitue le pôle viril, l'autre, le pôle féminin de l'esprit. L'une a pour symbole le Soleil, le « triomphe », elle correspond à l'idéal d'une spiritualité dont les maîtres-mots sont la force, la victoire, la puissance ordonnatrice, et qui embrasse toutes les activités et tous les individus au sein d'un organisme simultanément temporel et supratemporel (idéal sacré, de l'Imperium), en affirmant la prééminence de tout ce qui est différence et hiérarchie. L'autre attitude a pour symbole la Lune ; comme cette dernière, elle reçoit d'un autre la lumière et l'autorité, elle s'en remet à autrui et véhicule un dualisme réducteur, une incompatibilité entre l'esprit et la puissance, mais aussi une méfiance et un mépris pour toute forme d'affirmation supérieure et virile de la personnalité : ce qui la caractérise, c'est le pathos de l'égalité, de la « crainte de Dieu », du « péché » et de la « rédemption ».
23:15 Publié dans Moyen Age, Mythologies, Textes de réflexion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Julius Evola, empire, féodalité, imperium, romanitas, chevalerie, Graal
22 novembre 2007
Rome : la légende devient réalité
Des archéologues ont retrouvé, enfouie sous le Palatin, le lieu où, selon la légende, les jumeaux fondateurs de Rome ont été allaités par la louve. Mais ils ont surtout retrouvé un lieu extraordinairement bien conservé et couvert de mosaïques.
L'œil électronique est descendu dans les tréfonds du mont Palatin à la recherche d'une solution pour préserver les vestiges du palais d'Auguste, qui menacent de s'effondrer. Mais, sous la colline où furent bâtis les magnifiques édifices impériaux, à 7 mètres sous terre, la sonde électronique a trouvé un grand vide. Et elle a probablement atteint le cœur même de l'histoire romaine : la grotte où, selon la légende, la louve offrit ses mamelles aux bouches affamées de Romulus et de Remus.
Le splendide décor de mosaïques, de pierres ponces et de coquillages et l'aigle blanc sur fond bleu qui orne la voûte laissent supposer que cette pièce ronde de 7,5 mètres de diamètre, nichée à 16 mètres de profondeur, aux parois incurvées et garnies de niches, pourrait bien être la "nursery" qu'Auguste fit décorer avec faste, faisant de cet antre sombre à deux pas du Tibre le lieu solennel de la fondation de l'Empire.
Les archéologues qui ont identifié l'an passé, avec une certitude presque totale, l'endroit où devait se situer le Lupercal – la grotte-sanctuaire où les Romains se rendaient chaque 15 février pour fêter l'allaitement miraculeux des jumeaux –, ont attendu l'été pour introduire leur sonde dans l'orifice de 30 cm de diamètre. Et hier ils ont présenté des images saisissantes – reconstituées par ordinateur à partir de centaines de prises de vues, comme un collage tridimensionnel – qui donnent à voir ce qu'aucun œil humain n'avait pu admirer depuis l'Antiquité. Il est absolument incroyable qu'un lieu mythologique devienne aujourd'hui une réalité", s'est enthousiasmé le ministre des Biens culturels, Francesco Rutelli, en annonçant la découverte le 20 novembre.
Le rite des Lupercales, en l'honneur de Lupercus, mi-loup mi-bouc, donnait lieu à une course de jeunes gens à demi-nus, qui, couverts seulement des peaux des animaux sacrifiés pour l'occasion, fouettaient sur leur passage avec des lanières de cuir les femmes du Palatin pour les purifier et pour favoriser leur fécondité. Le centre de la fête était précisément la grotte qui, selon Denys d'Halicarnasse, contemporain d'Auguste, se trouvait au pied de la colline et près du Tibre.
Les raisons qui ont convaincu les archéologues de la validité de leur identification sont d'ordre géographique et "politique". Il manque encore, à vrai dire, la preuve d'un symbole : il n'y a pas de loup, mais un aigle. Pourtant le lieu, avec son sol argileux, entre le Circus Maximus et le mont Palatin, entre les ruines du temple d'Apollon et l'église Santa Anastasia, correspond bien à la documentation. Et puis il y a la proximité avec le palais d'Auguste, qui avait voulu inclure dans sa demeure impériale un autre lieu chargé de symbole : la cabane où, selon la légende, vécut Romulus. Les fouilles vont maintenant confirmer l'hypothèse de la "grotte de Romulus et Remus" et retrouver comment elle était reliée à la maison d'Auguste, qui, dès les travaux de restauration terminés, sera ouverte au public. "Les visites pourront commencer au début de l'année 2008", a ajouté Rutelli.
Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL / LA REPUBBLICA
10:30 Publié dans Antiquité, Mythologies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Rome, Romulus, Remus, empire, Auguste, Palatin
17 octobre 2007
Siegfried
Au rayon BD le 19 novembre 2007
Librement adapté de la légende des Nibelungen qui a inspiré à Wagner l’un de ses plus beaux opéras, Siegfried est un sommet de l’heroic-fantasy, une bande dessinée fascinante qui renoue avec les mythes fondateurs des plus belles légendes. L’enfance de Siegfried, fils des hommes et des dieux, élevé parmi les loups par Nime.
20:50 Publié dans Bande dessinée, Mythologies, Vidéo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08 octobre 2007
Quand les guerriers païens cherchaient le Graal
Le Graal … tout le monde le connaît … cette coupe dans laquelle Jésus-Christ aurait partagé son sang avec ses disciples … ce saint calice ramenant à la vie, apportant prospérité et force à la personne ou au royaume qui le possède … cet objet que tant de chevaliers, rois, empereurs et dictateurs ont cherché à s’approprier … tous l’identifie à la quête des Chevaliers de la Table ronde de la légende arthurienne …Pourtant, si nous n’avons pas tous les éléments concernant le personnage semi-historique semi-mythologique du Roi Arthur, nous situons tout de même la plupart des évènements relatifs à son histoire dans le Vème et VIème siècle de notre ère. Or, la célèbre quête du Saint Graal a été ajoutée à cette légende bretonne par Chrétien de Troyes, au XIIe siècle ! Nombreux sont les historiens qui pensent que le Graal, importé comme la religion chrétienne du désert proche oriental, n’a en fait que remplacé un autre objet, originaire lui de nos forêts "euro-païennes": le chaudron de Dagda !
Dagda, le Dieu Bon, "le Père Puissant qui combat par l’If", est le Dieu Druide du Sacré et des Sciences. Ce Dieu celte possède, entre autres objets insolites et magiques, un chaudron. Le chaudron de Dagda apporte abondance de nourriture, pouvant rassasier une armée ou un royaume entier. Il symbolise la force et la souveraineté, il offre le savoir universel à celui qui y boit et permet également de ressusciter les morts qui sont plongés dedans. Le lien avec le Graal, apportant vie et prospérité, est évident … Et l’on retrouve, parmi toutes les histoires concernant le roi Arthur de flagrantes similitudes avec la mythologie celte. Le Graal nous fait certes penser au chaudron du dieu Dagda, mais la lance vue par Perceval à proximité du Graal dans le roman de Chrétien de Troyes, qui serait celle par laquelle Jésus fut transpercé sur la croix, nous rappelle la lance du Dieu Lug, l’attribut de la royauté. On retrouve également parmi les Dieux celtes, Nuada, qui a une épée très puissante, symbolisant le pouvoir royal, comme le fait Excalibur. Et puis il existe encore la pierre de Fal, qui criait sous chaque roi de Thulé ou d’Hyperborée, symbole de sa légitimité, rappelant l’histoire du jeune Arthur qui tira l’épée de la roche pour devenir le roi légitime des Bretons. Mais sans trop nous disperser, revenons au seul sujet du Graal. On peut lui trouver énormément de points communs avec d’autres légendes puisées dans le passé d’une Europe polythéiste, et en voici des exemples :
Si le Graal, que recherchent tant les hommes, contenant le sang du Christ, nous fait penser au chaudron de l’abondance, il suffit de peu pour penser également au nectar des Dieux Gréco-romains, à l’ambroisie qui leur sert de nourriture, à l’hydromel des dieux scandinaves rendant les hommes forts au combat et permettant d’accéder à l’immortalité. Selon certaines versions de la légende hellène, la mère du plus grand héros antique aurait trempé son fils dans la boisson divine afin de rendre sa peau impénétrable, en le tenant par le talon, qui resterait le seul et unique point faible d’Achille. Dans la mythologie germanique ou scandinave, respectivement Siegfried ou Sigurd se baigne dans le sang du dragon Fafnir pour rendre sa peau également insensible à la douleur, oubliant son épaule, ce qui causera sa mort. Le chaudron de la connaissance, apportant science et savoir à celui qui y boit, nous fait aussi penser au puits Urd, gardé par Mimir, dans lequel le Dieu Odin aurait bu pour acquérir toute sa sagesse. Mais pour obtenir la connaissance, il faut y mettre le prix. Si Odin a dû payer par l’un de ses yeux le droit de puiser la science, s’il a dû rester suspendu 9 jours et 9 nuits à un arbre, les chevaliers du Roi Arthur, eux, auraient sacrifié grand temps et versé beaucoup de sang avant de trouver le Saint Graal.
Si la quête du Graal a été intronisée à partir du XIIe et XIIIe siècles par des chrétiens, et si cet objet appartenait à Jésus de Nazareth, "roi des Juifs", les Européens avaient depuis des siècles déjà recherché chez leurs anciens dieux cette boisson si mystérieuse pour les guerriers, les rois et les sages, ce sang rendant l’âme immortelle et la chaire résistante, ce récipient divin aux pouvoirs exceptionnels, cette véritable arme contre la peur, la douleur, la famine, la maladie ou la mort …
Mais quelle est cette quête si importante à nos yeux ? Pourquoi cette recherche acharnée de notre peuple pour un objet venant des dieux, un remède à tous les problèmes du commun des mortels, une magie nous sauvant de notre condition humaine … Cette quête est celle de soi-même, celle de nos origines, celle d’une révélation mystique, ésotérique ou religieuse, d’une connaissance et d’une force sans fin … C’est la manière pour l’homme de se rapprocher des mystères de la création, des mystères de la vie et de la mort, et un outil pour se sentir plus puissant face à tous les problèmes que nous pouvons rencontrer. Chercher ce Graal, c’est chercher la raison de son existence ; chercher ce chaudron, c’est chercher la connaissance, la force et la longévité ; chercher ce nectar, c’est se rapprocher de la spiritualité ancestrale. Cette quête, on ne peut la faire qu’en explorant son histoire, en traversant le temps, en découvrant son passé et en déterrant ses véritables racines. "Deviens ce que tu es", certes, mais pour cela, commences par "connais-toi toi-même" …
Arthur Lorc’h
19:25 Publié dans Mythologies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Graal, Dagda, Arthur, Lug
05 août 2007
Thor : dieu guerrier des Germains, protecteur d'Asgard et du Midgard
On peut difficilement se représenter un type divin qui, plus que Donar-Thor, contraste avec Wodan-Odin. Parmi les trois dieux qui, suivant Tacite, furent adorés chez tous les Germains, c'est le troisième, Hercule, qui paraît le mieux coïncider avec ce que nous savons de Donar. Le dieu germanique fut également un symbole de courage et de force physique.
20:40 Publié dans Mythologies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Thor, Odin, Mjöllnir, Donar
24 juin 2007
Yvain ou le Chevalier au Lion
Un roman mythologique
Du merveilleux au mythe, la distance n'est pas très grande d'autant que les deux domaines procèdent d'un même univers originel. Le Chevalier au lion est riche d'épisodes mythiques dans le sens le plus immédiat du mot. La mythologie peuple ses récits d'êtres monstrueux, de combats prodigieux contre des géants, d'exploits hors du commun réservés à des êtres d'élite. Yvain accomplit justement les épreuves héroïques classiques du héros parfait. Il affronte des adversaires multiples ou des personnages monstrueux avec une déconcertante énergie. L'adversaire est unique lorsqu'il s'agit du géant Harpin de la Montagne, sombre brute sanguinaire et perverse. L'adversaire est double lorsqu'il s'agit des deux fils du netun, les invincibles champions du seigneur de la Pire Aventure. L'adversaire est triple enfin lorsqu'il s'agit des trois chevaliers félons qui ont injustement accusé Lunette d'un crime qu'elle n'a pas commis.
Ces exploits tirent leur caractère mythique de la nature même des adversaires affrontés. L'adversaire monstrueux ou triple est typique des mythes d'initiation à la guerre dans la mythologie indo-européenne. Le mythologue Georges Dumézil a montré l'importance du motif du combat contre trois adversaires. Il y voit un thème fondamental dans l'initiation guerrière du héros indo-européen. Dans le cas des netuns, les adversaires monstrueux ne sont que deux mais leur nature mythique est bien rappelée par leur nom : netun vient peut-être de Neptunum. Dans le sillage de ce nom, il faut placer les rites en l'honneur de Neptune (les Neptunalia dont parle Georges Dumézil) et qui concernent précisément les eaux dangereuses et caniculaires qui sont apparues au début du roman avec la furieuse tempête. Avec Harpin de la Montagne, réapparaît une figure classique de monstre mythique et prédateur : un géant dont le caractère ogresque est renforcé par le fait qu'il vient régulièrement chercher une pâture humaine pour satisfaire ses appétits pervers. On songe naturellement au Morholt de la légende tristanienne ou au Minotaure grec.
On notera que ces trois combats sont concentrés dans la deuxième partie de l'oeuvre. Lors de ces luttes, le chevalier est toujours assisté de son lion qui semble faire corps avec lui. De ce fait, Yvain et son lion ne font qu'un. Il s'agit de deux personnages en une seule et même figure : l'un est la métaphore de l'autre. Les miniatures médiévales n'auront aucun mal à déduire la nature héraldique de ce lion : Yvain est toujours représenté avec un écu au lion. Dans l'adaptation islandaise du Chevalier au Lion, le lion d'Yvain est qualifié de berserkr. C'est dire qu'il est un guerrier-fauve, un guerrier "à chemise d'ours", pour reprendre une expression classique de la littérature scandinave que traduit justement le terme berserkr. En fait, Yvain tient lui-même du guerrier-fauve, ce parfait animal de combat, comme le soulignent les métaphores du texte, mais la présence d'un lion à ses côtés vient humaniser et relativiser la violence de son comportement en reportant sur la bête la terrifiante force aveugle qu'il a su désormais maîtriser. L'épisode de la folie sauvage d'Yvain témoigne sans doute de l'état de fureur propre au guerrier-fauve. Les récits mythologiques représentent cette colère et cette fureur transfigurantes caractéristiques du héros indo-européen. Cette frénésie qui correspond réellement à la folie d'Yvain constitue une étape importante dans l'initiation guerrière du héros. Dans sa période de rage et de fureur, le futur héros se confond littéralement avec l'homme-fauve. Il échange sa nature contre celle d'un ours, d'un loup ou d'un chien dont il prend directement l'apparence.
Dans la première partie du roman figure un autre épisode dont le caractère mythique est évident. Il s'agit de la coutume de la fontaine. On a depuis longtemps souligné le caractère traditionnel de cet usage qui s'apparente à de vieux rites pour obtenir la pluie, particulièrement lors des périodes de grosse chaleur. Verser un peu d'eau sur la pierre qui borde la fontaine entraîne un véritable déluge et un orage terrifiant. Le rite pratiqué autour de la fontaine de Barenton dans la forêt de Brocéliande est probablement un reste de vieux cultes néolithiques, antérieurs au monde indo-européen. Il confirme le lien d'Yvain avec la mythologie de la canicule puisque c'est la période au cours de laquelle les orages sont les plus dangereux. Mais la canicule est aussi la période zodiacale du Lion, signe emblématique d'Yvain.
Chevalier-lion
En posant d'emblée la figure du lion comme emblème de son héros Yvain, Chrétien de Troyes privilégie une figure symbolique riche de sens. Incarnant traditionnellement la bravoure, la fierté et la force, le lion résume bien les vertus que l'on s'accorde volontiers à reconnaître à Yvain. Compagnon d'armes du chevalier, le lion se confond avec lui au point que les deux êtres échangent leurs personnalités. D'une part, Yvain est comparé à un lion. D'autre part, le lion tient parfois le rôle d'Yvain. Il devient même un personnage à part entière, pourvu des mêmes réactions et sentiments qu'un humain, par exemple lorsqu'il tente de se suicider. Le lion d'Yvain est sans nul doute le premier modèle d'un personnage animal humanisé dans la littérature française : audacieuse tentative d'un écrivain inventif. Il faut relire les passages où apparaît le lion pour comprendre comment Chrétien a su humaniser cet animal a priori terrifiant.
Dans le roman, le lion est un animal guerrier qui s'apparente et se substitue à la figure plus archaïque de l'ours. Comme l'a montré Michel Pastoureau, spécialiste de l'héraldique, c'est vers le milieu du XIIè siècle que se produit une mutation importante dans l'histoire des symboles : l'ours qui est alors considéré comme le roi des animaux est remplacé par le lion. Le roman de Chrétien de Troyes se place donc au moment où l'ours tend à devenir lion sous l'influence de modèles antiques gréco-latins. Avant d'être un chevalier au lion, Yvain a sans doute été un chevalier à l'ours, à l'instar d'Arthur qui porte justement le nom celtique de l'ours (art). Rappelons en effet qu'en ancien français le nom du roi est Artu(s) et on n'aurait aucun mal à trouver des héros antiques qu'une relation archaïque au lion a pour ainsi dire portés vers un statut mythique. Le plus célèbre de ces héros est sans conteste Héraclès, toujours associé au lion qui rappelle l'un de ses exploits. Il revêt sur ses épaules en effet la peau du lion de Némée qu'il a tué dans un de ses célèbres travaux. À travers cette peau qui lui sert d'emblème, il s'est approprié la force mythique du lion. Il est devenu un homme-lion. Yvain est une sorte d'Héraclès celtique. Lui aussi accomplit des exploits sans toutefois tuer le lion qui va devenir son emblème. Au contraire, le lion deviendra son compagnon après avoir été sauvé de l'étreinte mortelle du serpent. Notons ici que, dans la langue médiévale, serpent désigne plutôt un dragon qu'un simple serpent (c'est bien ainsi que le représentent les miniaturistes du Moyen Âge). Son analogue serait plutôt la tarasque vaincue par sainte Marthe dont le nom rappelle celui de l'ours (art dans les langues celtiques) et dont la fête tombe le 29 juillet en pleine période caniculaire. Si le Chevalier au Lion tue le dragon en présence d'un lion, on peut assurément traduire cet épisode en termes de calendrier : Yvain est bien un héros de la canicule. Il accomplit son exploit lorsque le soleil est dans le signe du Lion et il tire de cet exploit son surnom. La mythologie chrétienne du Moyen Âge conserve dans le calendrier la mémoire du mythe celtique fondateur sur lequel est construit le roman de Chrétien. C'est ce que Nathalie Stalmans appelle avec raison les "affrontements des calendes d'été dans les légendes celtiques". Ce mythe se retrouve aussi bien dans les légendes hagiographiques que dans plusieurs récits hérités du monde celtique.
Le lien entre Yvain et le lion serait ainsi de nature zodiacal. Il soulignerait le caractère solaire du héros qu'il partage d'ailleurs avec Gauvain dont il est le cousin germain mais il renverrait aussi à sa date de naissance. Il existe un texte irlandais racontant la naissance mythique d'Yvain/Owein. On y apprend que le héros a été engendré, près du gué de l'Aboiement, lors d'une nuit de Samain (autrement dit le 1 novembre). Par conséquent, il naît neuf mois plus tard, le 1er août, jour de Lugnasad (fête du dieu solaire Lug) dans le calendrier celtique. Ainsi, le signe du Lion (du 22 juillet au 23 août) est le signe zodiacal d'Yvain. Natif du Lion, Yvain est un enfant du soleil car le soleil possède son domicile astrologique dans le seul signe du Lion. La présence d'un lion aux côtés d'Yvain n'est plus alors un simple hasard. Il rappelle le caractère solaire du héros. Il préfigure aussi son destin héroïque et royal. Il est admis en effet dans la tradition astrologique que le signe du Lion est un signe d'excellence puisqu'il est lié à l'astre le plus puissant : le soleil.
Dans l'interprétation traditionnelle de l'Antiquité, le signe du Lion est le signe royal par définition. Macrobe (que Chrétien de Troyes connaissait fort bien puisqu'il le cite au v. 6730 d'Érec et Énide) était un grammairien latin du début du Vè siècle après Jésus-Christ. Il était l'auteur d'un commentaire à la fois mathématique, astronomique et mythologique sur le Songe de Scipion de Cicéron. Ce Commentaire sur le Songe de Scipion développe une idée essentielle que les érudits du Moyen Âge devaient méditer. La Voie Lactée (dont on sait qu'elle apparaît lorsque le soleil est dans le signe zodiacal du Lion) est la voie des héros. Tout personnage qui aurait un lien avec cette Voie Lactée ne pourrait être que prédestiné à un destin d'exception. C'est bien le cas d'Yvain porté vers sa destinée royale par ce signe exemplaire. De très nombreuses sculptures de l'époque romane illustrent les thèmes de cette mythologie solaire où les figures bibliques et gréco-romaines rejoignent les grands thèmes celtiques.
À partir d'une mythologie qu'il hérite du monde celtique et qui exploite quelques grands motifs mythiques liés à la période de la canicule (signe zodiacal du Lion), Chrétien de Troyes livre dans le Chevalier au Lion un nouveau mythe adapté au monde chrétien et courtois du Moyen Âge. Ce mythe est celui du chevalier-roi, modèle de toute perfection, qui s'élève vers une souveraineté royale et amoureuse à la fois. Dans l'évolution de l'écriture romanesque de Chrétien de Troyes, ce roman expérimente une véritable esthétique du symbole, comme l'a montré Daniel Poirion. À partir des éléments que lui livre la tradition orale des Celtes, Chrétien cherche à créer un personnage qui serait une référence suprême en matière d'héroïsme. Le symbolisme zodiacal lui sert à suggérer l'image d'un héros solaire capable de rivaliser avec ses glorieux ancêtres antiques. Yvain, sous les traits du héros, incarne la perfection de la chevalerie courtoise : ardent défenseur des faibles et des opprimés, il est le chevalier sans reproche qui donne désormais à la chevalerie une mission morale qui prépare de loin la chevalerie céleste des futurs romans en prose du Graal. En s'imposant comme l'un des meilleurs chevaliers du monde, il devient un repère mythique pour la chevalerie courtoise car il relève un défi nouveau. Si, dans la tradition occidentale, le héros est surtout un être qui ne s'accomplit que dans une mort exemplaire, à travers Yvain, c'est la vie qui est exaltée. La fatalité inhérente à la figure héroïque (et que Tristan assume dans sa mort d'amour), Yvain l'exorcise en s'engageant sur une voie qui éloigne le pessimisme tragique du destin pour rechercher l'optimisme radieux de la volonté. Séduit par l'éclat du symbole léonin, le romancier champenois réalise ainsi une synthèse magnifique du héros qui concentre toute la richesse de la tradition mythologique résumée dans un double héritage celtique et gréco-latin. En même temps, il élabore une réflexion originale sur l'héroïsme chevaleresque et courtois en incarnant le modèle troubadouresque du fin amant dans une figure où "avec le Lion, le soleil et la raison brillent sur l'héroïsme".
Professeur à l'université de Grenoble
21:25 Publié dans Livres, Mythologies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Yvain, Arthur, Graal, lion, ours













