11 mai 2008

Les armées des ducs de Bourgogne

1909263679.jpgL'apparition d'un « État bourguignon » ne se manifesta pas seulement par le développement d'institutions judiciaires, financières et administratives, par l'essor d'une société politique et l'élaboration d'une idéologie, mais aussi par l'existence d'une force armée et d'une société militaire dévouées au prince et à la « chose publique ».

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22 février 2008

Braveheart : entre mythe et réalité (1/3)


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05 février 2008

La valeur militaire des armées de la première croisade (1/2)

90f8afee9baf98ce3ae50658deca3a1d.jpgCe texte de synthèse est un essai d'évaluation des armées de la première croisade. Il est intéressant en effet de se pencher sur cet événement d'un point de vue strictement militaire afin de répondre à la question suivante : comment des guerriers européens de la fin du XIe siècle ont-ils mené à bien une expédition de conquête et d'occupation d'une contrée très éloignée et à quels adversaires ou à quels obstacles se sont-ils heurtés ? Les croisades constituent à cet égard un paroxysme car ce furent, du moins dans le monde chrétien, les entreprises militaires de la plus grande envergure qu'ait connues le Moyen Age. On peut donc, plus qu'en d'autres circonstances, y prendre la mesure des capacités mais aussi des limitations techniques de cette époque.

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La valeur militaire des armées de la première croisade (2/2)

64f3bb14d616a18d5f489d320bac06a5.jpgCommandement, discipline et cohésion

Le chef nominal de cette croisade inspirée par la Papauté était, comme il se devait, un homme d'Eglise : Adhémar de Monteil, évêque du Puy et légat pontifical. Appartenant à l'aristocratie féodale française, il n'était pas, par tradition familiale, étranger au monde de la guerre. Chevauchant dans l'armée du comte de Toulouse, revêtu de l'armure du chevalier, il prend part activement à ses côtés au siège de Nicée et à la bataille de Dorylée, il dirige l'armée franque à la prise du pont de fer sur l'Oronte. Devant Antioche, il assure la garde du camp et le conseil de guerre se réunit dans sa tente. Une fois la ville prise, et dès lors que les croisés s'y trouvent eux-mêmes assiégés, c'est lui qui s'efforce de les galvaniser en menaçant les défaillants du châtiment éternel. Enfin, durant la sortie victorieuse du 28 juin 1098, alors que Raymond de Saint-Gilles est malade, il prend la tête du contingent provençal, qui a l'honneur de porter au combat la Sainte Lance, récemment exhumée. Après sa mort, le 1er août 1098, la mémoire de son autorité resta vive puisque, durant l'investissement de Jérusalem, un clerc visionnaire prétendit que le légat lui était apparu afin de prescrire une procession autour des remparts, préalable à l'assaut final.

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28 janvier 2008

Croisade et Djihâd : Le problème de la guerre dans le christianisme et l’islam

a36e74087b65fc9e50f7eea5e5dd9463.jpg"Dieu le veut !"

C'est par ce cri enthousiaste que, selon les chroniqueurs, les chevaliers présents à Clermont en novembre 1095 répondirent à l'appel d'Urbain II qui leur prescrivait, "pour la rémission de leurs péchés", d'aller combattre les infidèles et leur arracher par la force des armes le Saint Sépulcre, le tombeau du Christ, entre leurs mains depuis 638. Cet appel allait conduire à deux siècles de conflits effectifs en Terre sainte (1096-1291), avec leur cortège de massacres, de captivités et de souffrances diverses, mais plus encore à plusieurs siècles d'idéologie guerrière résultant de la formation d'un concept qui choque aujourd'hui les consciences chrétiennes : la notion de croisade, de guerre sainte.

Cette notion n'est pas née brusquement dans l'esprit d'Urbain II. Elle est l'aboutissement d'une lente évolution qui conduisit les chrétiens de la non violence primitive à la guerre sacralisée contre les "infidèles", les musulmans ; mieux vaudrait d'ailleurs parler de révolution, tant la métamorphose fut ici radicale. Mais elle s'accomplit en plus de 1000 ans, et non sans déchirements.

L'islam, pour sa part, ne connut pas semblables tiraillements. La notion de "guerre pour la foi" y fut acceptée dès l'origine et on peut même considérer qu'à l'époque de la première croisade l'élan primitif du djihâd s'était quelque peu affaibli. Ainsi, paradoxalement, c'est la croisade qui en rejoignant le djihâd né bien avant elle, 370 ans plus tôt, contribua à le relancer en terre d'islam. Les braises n'en sont pas encore éteintes aujourd'hui. Raison de plus pour tenter de comprendre l'origine et l'évolution de ces deux notions concurrentes.

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23 décembre 2007

Aspects ludiques de la fonction guerrière dans la littérature du Moyen-Age flamboyant

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09 décembre 2007

La spiritualité païenne au sein du Moyen Age "catholique"

9079e60736f311dbb33ee65a47abd8b9.jpgQuiconque a eu l'occasion de lire régulièrement nos articles, et notamment ceux publiés à plusieurs reprises dans Vita Nova, connaît déjà le point de vue qui sera le fil conducteur des présentes notes : nous faisons allusion à cette idée d'une opposition fondamentale entre deux attitudes distinctes quant à l'esprit, où il faut voir l'origine de deux traditions bien différenciées sur le plan aussi bien historique que suprahistorique.

La première, c'est l'attitude guerrière et royale, la seconde, l'attitude religieuse et sacerdotale. L'une constitue le pôle viril, l'autre, le pôle féminin de l'esprit. L'une a pour symbole le Soleil, le « triomphe », elle correspond à l'idéal d'une spiritualité dont les maîtres-mots sont la force, la victoire, la puissance ordonnatrice, et qui embrasse toutes les activités et tous les individus au sein d'un organisme simultanément temporel et supratemporel (idéal sacré, de l'Imperium), en affirmant la prééminence de tout ce qui est différence et hiérarchie. L'autre attitude a pour symbole la Lune ; comme cette dernière, elle reçoit d'un autre la lumière et l'autorité, elle s'en remet à autrui et véhicule un dualisme réducteur, une incompatibilité entre l'esprit et la puissance, mais aussi une méfiance et un mépris pour toute forme d'affirmation supérieure et virile de la personnalité : ce qui la caractérise, c'est le pathos de l'égalité, de la « crainte de Dieu », du « péché » et de la « rédemption ». 

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01 novembre 2007

Le choc des armes

032c46bd85929cf565434f7aebcd66a2.jpgLivre sacré des guerriers grecs, l'Iliade est le premier traité de chevalerie, en même temps que la plus profonde des introductions à l’esprit européen.

Il n'est pas difficile de se faire une idée de ce qu'était la guerre au temps d'Ulysse et d'Achille. Il suffit de se souvenir de la Chanson de Roland, du cycle arthurien et des sagas scandinaves. A quelques minces différences près, le même homme y est décrit, porté par les mêmes sentiments et les mêmes valeurs, pratiquant à grands coups d'épée le même mode de combat bruyant, héroïque et désordonné. Ici, nous sommes dans la jeunesse d'une époque féodale qui n'a rien de commun avec le combat rangé des phalanges hoplitiques de l'époque des cités-Etats.

Au VIIIe siècle de notre ère, le preux Roland semble la réplique exacte du divin Achille qui mourut dans la fleur de son âge, plus de vingt siècles avant lui, sur un autre site du monde européen. Si l'on compare les poèmes qui ont éternisé leurs noms, il est impossible de ne pas être saisi de leur étonnante parenté, comme si, à 2000 ans de distance, les deux épopées décrivaient sous une forme voisine le même homme, doté de la même intériorité. Nous savons aussi qu'ils se ressemblaient physiquement, venant d'une même souche. En dehors des particularités de l'intrigue et de la forme littéraire, le Franc et l'Achéen sont quasiment interchangeables. L'héroïsme tragique de Roland, n'ignorant rien de son destin, c'est celui d'Achille. Et les courses initiatiques de Lancelot et Perceval ne sont-elles pas celles d'Ulysse ? Chacun à sa façon décrit un type spécifique réapparaissant d'âge en âge, figures européennes primordiales de l'aventureuse chevalerie, dont les époques suivantes conservent la nostalgie.

Comme les anciens chevaliers francs dans l'Europe moderne et jusqu'à une époque toute récente, mais avec plus de force encore, les preux, les kouroï, dont Achille est le type achevé, restent pour les Hellènes de l’époque classique source d’inspiration et modèles éthiques. Pendant près d’un millénaire, jusqu'à l'extinction du monde qui l'a vue naître, l'Iliade sera le livre sacré de tous les Grecs, le fondement de leur éducation et d'une vision intérieure sans laquelle un peuple meurt. Cette influence perdurera même au-delà, puisque nos rois francs, qui connaissaient un peu l’Énéide, se voulaient descendants des Troyens à l'égal des Romains. Le roi de France Charles VIII se donnait Hector comme ancêtre. Il ne fut pas le dernier à sacrifier au mythe. Édifiant une ville nouvelle sur la mer Noire au XVIIIe siècle, Catherine la Grande lui donna le nom d'Odessa, qui est celui d’Ulysse en russe. Et l'impératrice Elizabeth d'Autriche, en 1891, choisit d’appeler Achilleion la villa néoclassique qu’elle se fit construire à Corfou.

Les parentés ne sont pas seulement celles de l'âme. Au temps de la guerre Troie, l'organisation politique, sociale et militaire des Grecs ressemble près à celle de la féodalité post-carolingienne. Les Achéens qui font le siège de Troie ne sont pas une armée sens moderne, mais un rassemblent de bandes autonomes, chacune suivant un chef renommé, en vue d'un raid de représailles et dans l'espoir d'un gros butin. Ils sont venus par mer à bord de légères et rapides galères birèmes, selon une méthode qui fera le succès des Vikings, une vingtaine de siècles plus tard. A la façon des jarls norvégiens ou des chevaliers francs de la première croisade, les seigneurs achéens pratiquent entre eux une farouche égalité. La position dominante d'Agamemnon, roi d'Argos et de Mycènes, tient seulement au fait qu'il commande le contingent le plus nombreux. Mais, avant toute décision, il doit consulter les autres seigneurs et rois, ses pairs, réunis en conseil. Et son conflit avec Achille pour la possession d'une belle captive, incident qui forme le nœud de l'intrigue, montre les limites de son pouvoir.

Avec ces Achéens du XIIIe ou du XIIe siècle avant notre ère, nous avons affaire à des féodaux sur le mode celte ou germanique, commandant chacun une suite de libres guerriers qui les reconnaissent pour chefs. Chacun de ces seigneurs et rois s'attache ses compagnons d'armes par des liens de vassalité personnelle. S'y ajoutent les liens du sang. Ils sont tous fils du même peuple, contrairement aux Troyens dont Homère dit qu'ils étaient des Pélasges, ces anciens habitants de l’Égée, et qu’ils parlaient entre eux des langues différentes. Pour toute affaire grave, les guerriers sont réunis en assemblée, exactement comme le feront les Francs et les chevaliers arthuriens. Bien que la royauté soit héréditaire et d'origine divine, chaque chef doit mériter son rang par sa prudence au conseil et sa vaillance au combat, ce qui est encore un trait celte ou germanique.

f6365fa10b8d5ed5e26425eaea7ecfcf.jpgCédant à l'exagération épique, l'Iliade et la Chanson de Roland décrivent d'immenses armées se faisant face. La réalité est différente. Les batailles les plus importantes de l'époque n'opposent que quelques centaines d'hommes, tout au plus quelques milliers.

Compagnon d'aventure de tous les peuples indo-européens, le cheval est présent dans le récit d'Homère, non comme monture, mais comme attelage. Il ne deviendra monture de guerre qu'à l'époque classique, avec une efficacité d'ailleurs toute relative. Il faudra attendre le VIIe siècle de notre ère pour qu’apparaissent les trois accessoires qui changeront la place du cheval dans la guerre. Le fer pour la protection du sabot, la selle et les étriers pour la stabilité du cavalier.

Les chefs arrivent au combat sur un char léger, tiré généralement par deux chevaux et conduit par un cocher. Eventuellement utilisé comme instrument de rupture contre quelques fantassins, le char est avant tout le moyen de transport prestigieux de l'aristocratie guerrière.

L'armement du guerrier est décrit avec un grand luxe de précisions par Homère. La protection du corps est assurée par une sorte de plastron et une dossière d'épais tissus empesés, cuirassés de plaques métalliques. Les jambes sont protégées par des grèves (cnémides) et les pieds munis de sandales. Le bouclier, de forme semi-cylindrique ou rond, est en cuir durci. Il est capable d'arrêter un javelot en pleine force, comme cela est rapporté plusieurs fois dans l'Iliade. Le casque, l'épée et les pointes de javelot sont en bronze, métal plus lourd, plus fragile, moins souple et moins tranchant que l'acier qui ne se généralisera qu'aux siècles suivants avec les Doriens. Au cours du combat qui oppose Pâris à Ménélas, ce dernier découvre les inconvénients de l'épée de bronze. Après avoir raté son antagoniste d'un coup de javelot, Ménélas tire l'épée à clous d'argent, la lève et l'abat sur le casque (de son adversaire), mais voici que, brisée en quatre morceaux, elle échappe à sa main... (Iliade, III, 360-363). Fou de rage, il saisit Pâris par son casque et, l'ayant terrassé, le traîne vers son camp, l'étranglant avec sa jugulaire. Comme Homère ne répugne pas aux scènes comiques, la jugulaire cède et Ménélas se retrouve avec un casque vide, Pâris ayant filé.

Trois principales batailles sont décrites par Homère. Elles se déroulent suivant un rituel immuable. Tout commence par des sacrifices aux dieux, après quoi les chefs arrivent sur leurs chars, majestueux. Avant le contact de l'ennemi, ils descendent et confient la garde des chevaux au cocher pour qu'il puisse les recueillir en cas de défaite ou de blessure.

Les deux troupes, maintenant, se font face dans la plaine. Deux héros sortent des rangs et s'interpellent, échangeant des invectives et des répliques bien senties. Puis ils se jettent l'un sur l'autre, lançant leurs javelots avant de tirer l'épée. C'est le signal de la mêlée générale, dans un grand désordre, avec force hurlements, et sans autre tactique que l'assaut individuel pour tuer le maximum d'adversaires, éventuellement en capturer, dans l'espoir d'une rançon. Hormis l'usage du cheval, le mode de combat de la chevalerie médiévale ne sera pas différent. Cela n'exclut pas la ruse, comme le montre l'épisode du cheval de Troie rapporté par Virgile. Mais écoutons Homère : "En flots pressés, s'ébranlent les bataillons argiens. Chaque chef exhorte sa troupe, les soldats avancent en silence... Une clameur immense monte de l'armée des Troyens (...). Ils se joignent enfin et commencent la lutte heurtant leurs écus, leurs lances, leur fureur d’hommes bardés de bronze. Les boucliers bombés l'un l'autre s'entrechoquent. Un grand tumulte monte. Gémissements et cris de triomphe se mêlent. Les uns frappant à mort, les autres mourant. Le sang ruisselle... Antiloque attaque un preux Troyen qui lutte au premier rang. II atteint le cimier de son casque, et lui perce le front. L'airain traverse l'os. L'ombre couvre ses yeux. Ainsi qu'un mur, il s'effondre. Sitôt qu'il est tombé, Eléphénor, chef des Abantes, le saisit par les pieds, cherchant à le tirer hors de la mêlée, voulant le dépouiller de ses armes. Mais Agénor, le voyant entraîner le cadavre, le frappe sur son flanc découvert, l'atteignant de sa lance à pointe d'airain. La vie alors le quitte, et sur son corps s'engage entre Argiens et Troyens une rude bataille. On croirait voir des loups : l'un sur l'autre ils se ruent. Chaque homme abat son homme... " - (Iliade, chant IV).

Il y a de l'ironie dans l'évocation de cet Eléphénor, un peu trop pressé de ramasser du butin. Se découvrant le flanc, il y perd la vie. Le public averti, qui avait déjà entendu cette histoire dix fois, devait s'écrier, comme les enfants devant Guignol : "Bien fait !".

En ce temps, la guerre n'est pas seulement source de puissance, elle est une sorte de chasse sacrée, la plus belle occupation des hommes dignes de ce nom, celle qui, précisément, distingue les vrais hommes. La perspective d'une fructueuse razzia ajoute au plaisir. Sans doute se bat-on pour gagner, mais d'abord pour se battre. D'où la préférence marquée pour les armes nobles, épée ou lance, et le mépris affiché pour l'arc ou la fronde, ressentis comme des armes de lâches, que prisent en revanche les Asiatiques et les Orientaux. Imitée en cela par les guerriers celtes ou francs, la chevalerie homérique déteste les armes de jet qui permettent à un fourbe gringalet de tuer à distance le plus valeureux guerrier. Homère ne dissimule pas son mépris pour l'archer Pâris, celui qui enleva la belle Hélène, décrit comme lâche, faible, efféminé. Grâce à son arc, ce pâle guerrier va blesser le puissant Diomède. Il parviendra même à tuer Achille, le plus grand des héros. Les mêmes raisons conduiront la chevalerie des XVe et XVIe siècles à condamner l'usage des nouvelles armes à feu qui menaçaient son existence. Avant de périr lui-même d'une arquebusade, le chevalier Bayard faisait mettre à mort tout porteur d'arquebuse. Nul souci "humanitaire" bien entendu dans cette répulsion. Pas plus que le poète de la Chanson de Roland, Homère ne dissimule rien de la fureur et de la cruauté des combats, ni des blessures décrites avec une précision presque médicale. Le courage est à ce prix.

A ceux qui ne s'en tiennent pas à la surface des choses, lire Homère introduit à l'esprit même de l'Europe. Un esprit qui, à trente siècles de distance, au lendemain des hécatombes de 14-18, revit par exemple dans Orages d'acier, cette Iliade moderne. Paroxysme de violence pendant le combat, déchaînement démoniaque de haine, mais une haine superficielle, circonscrite à l'instant, éphémère, née de la ruée d'un sang vif, jeune et violent. Une haine sans lendemain, ainsi que le montre Achille cédant aux prières du vieux Priam venu implorer la restitution de la dépouille d'Hector. Aucun jugement moral non plus sur l'ennemi. Les Troyens décrits par Homère sont aussi grands et nobles que les Anglais et les Français dans le récit de Jünger.
 
Dominique VENNER
Historien et Directeur de la NRH (Nouvelle Revue d'Histoire)


01 octobre 2007

Pro Patria mori : mourir pour la Patrie (partie 1/2)

643189aa1d7f6dc940a0f07e5be14517.jpgIl est impossible de séparer fortement de l'idée de la royauté fondée sur la politia ou de celle de l'État en tant que corpus morale, politicum, mysticum une autre notion qui apparut indépendamment des doctrines organiques et corporatistes - bien que simultanément avec elles : le regnum [royaume] en tant que patria, en tant qu'objet d'un attachement politique et d'un sentiment semi-religieux.

La Patria, si souvent dans l’Antiquité classique agrégat de toutes les valeurs morales, éthiques, religieuses et politiques auxquelles un homme pouvait tenir au point de vivre et de mourir pour elles, était une entité politique pratiquement périmée au début du Moyen Âge. Pendant l'époque féodale, quand les liens entre seigneur et vassal déterminaient la vie politique et l'emportaient sur la plupart des autres liens politiques, l'ancienne idée de patria s'était presque entièrement effacée ou désintégrée. Cela ne veut pas dire que le mot patria ait entièrement disparu du vocabulaire latin médiéval. Bien qu'il ne corresponde guère aux conditions effectives de vie et qu'il ne concorde que très mal avec la réalité politique, le terme se rencontre assez fréquemment dans les œuvres des poètes et des savants médiévaux qui s'inspiraient de Virgile, d'Horace, et d'autres auteurs classiques.

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Pro Patria mori : mourir pour la Patrie (partie 2/2)

REX ET PATRIA

b65004cb0c6a5b2a43aeb740d3b2e384.jpgGuillaume de Nogaret avait, à plusieurs reprises, affirmé qu'il était prêt à mourir pro rege et patria. Il fut même, en une occasion, plus précis, disant "par son serment de fidélité, il était astreint à défendre son Seigneur le Roi... ainsi que sa patria, le royaume de France." Ce que voulait dire Nogaret est évident : en tant que miles, chevalier, il devait défendre son suzerain et, en tant que membre du corps politique de la France, il était obligé - comme tous les autres Français - de défendre ce corps même, la patria. Qu'en tant que chrétien il soit aussi tenu de défendre l'Église fut aussi répété par Nogaret mainte et mainte fois ; mais ce point est moins important ici. La formule pro rege et patria, "pour le roi et la patrie", a survécu jusqu'aux Temps modernes ; normalement, on ne devait pas avoir le sentiment - au XXe siècle aussi peu qu'au XIIIe siècle - qu'en fait deux strates différentes se recouvraient et que deux obligations différentes coïncidaient, l'une féodale, l'autre publique. Après tout, le seigneur féodal était, en même temps, chef du corps politique, et quelle différence cela faisait-il qu'un homme donnât sa vie pour la "tête" ou pour les "membres", ou pour "la tête et les membres" ensemble ? Il serait difficile de dire exactement où devait passer la ligne de démarcation – et, pourtant, la possibilité d’un conflit d’obligations n’était certainement pas écartée. 

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