17 février 2008
In Memoriam : Ernst Jünger
Ernst Jünger s'est éteint, il y a dix ans, le 17 février 1998, dans sa 103e année. Sa longévité exceptionnelle, doublée d'une lucidité intacte jusqu'au dernier souffle, les engagements extrêmes d'une existence qui sut aussi bien pratiquer le détachement, la diversité et la richesse d'une œuvre située à la croisée de la littérature et de la philosophie en font d'ores et déjà une des plus hautes figures de son temps — un de ces géants dont les siècles sont avares.
09:35 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ernst jünger
06 janvier 2008
Attila : son vrai visage

Attila, roi des Huns de 435 à 453, a contribué de son vivant à la naissance de son propre mythe, et ses biographes, de l'Antiquité tardive à nos jours, ont déployé beaucoup d'imagination. Pourtant, derrière les erreurs et les légendes, on peut, en scrutant les sources avec rigueur, discerner le vrai visage d'un personnage fascinant et comprendre sa carrière et ses motivations dans l'ambiance des mondes romain et "barbare" étroitement interpénétrés du Ve siècle.
Ce livre, qui prend le contre-pied de beaucoup de traditions historiographiques sans fondement, fait revivre le vrai Attila. Le roi Hun ne fut, ni le "fléau de Dieu", ni le représentant d'une Asie lancée à l'assaut de l'Occident, ni le fossoyeur du monde romain "décadent". Souverain ambitieux et hautain d'un empire construit surtout par ses prédécesseurs, diplomate rusé et maître chanteur sans scrupule, il se révéla médiocre général, et sa mort anéantit la domination des Huns dans les steppes européennes. L'ouvrage replace ce que l'on sait de la vie d'Attila dans son contexte historique, et analyse en détail sa personnalité, ses croyances, ses aptitudes politiques, diplomatiques et militaires. Il montre comment, à partir du souvenir laissé par son règne, se sont édifiées plusieurs grandes traditions légendaires.
Éditions : Actes Sud / Errance
Année : décembre 2007
Prix : 25 €
Biographie des auteurs :
Katalin Escher est docteur en archéologie, spécialiste du haut Moyen Age. Elle a déjà publié, aux éditions Errance, "Les Burgondes", et a traduit du hongrois l'ouvrage d'I. Bona, "Les Huns".
Iaroslav Lebedynsky, spécialiste des peuples de la steppe et du Caucase, enseigne l'histoire de l'Ukraine à l'Institut national des langues et civilisations orientales de Paris. Il a déjà publié, aux éditions Errance, "Les Indo-Européens", "Les Cimmériens", "Les Scythes", "Les Sarmates", "Les Saces", "Les Nomades", "Armes et guerriers barbares", "Les Cosaques", et, en collaboration avec Vladimir Kouznetsov, "Les Alains", "Les chrétiens disparus du Caucase".
11:30 Publié dans Antiquité, Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Attila
23 décembre 2007
Aspects ludiques de la fonction guerrière dans la littérature du Moyen-Age flamboyant
13:31 Publié dans Livres, Moyen Age | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20 décembre 2007
Les éditions Christian Bourgois perdent leur créateur
"Je ne me suis jamais demandé ce que les lecteurs avaient envie de lire, je ne le sais pas et ça ne m'intéresse pas. Leurs goûts, je ne les connais pas, c'est donc très risqué, tandis que les miens, oui" (Christian Bourgois)
Une phrase qui résume le devoir d'un grand éditeur. La passion, l'envie de partager et de faire découvrir, l'engagement auprès d'écrivains et d'artistes, le refus des compromissions mercantiles, l'exigence. C'est lui qui a introduit Gabriel Garcia Marquez, Alexandre Soljenitsyne, William S. Burroughs, Jim Harrison en France. C'est un très grand monsieur des Lettres qui nous quitte. Pour les passionnés de Tolkien, de von Salomon, de Jünger, Christian Bourgois aura offert les plus belles éditions.
Les éditions Christian Bourgois doivent continuer sans leur brillant créateur, autour de talentueux traducteurs, qui espérons le, sauront maintenir l'indépendance et l'anti conformisme de leur âge d'or.
17:00 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13 novembre 2007
Les mémoires d'un grand capitaine espagnol : Alonso de Contreras

L'Espagnol Alonso de Contreras, grand capitaine sur terre et sur mer, connut, à l'époque de la guerre de Trente Ans, d'innombrables aventures dans lesquelles il se révéla aussi habile risque-tout que rude guerrier. Pour reprendre le mot de Lope de Vega, il appartenait à ces hommes "avec qui l'on se doit de partager son manteau". Il possédait toutes les particularités de sa race, ces traits de caractère toujours si déconcertants pour la probité allemande. Pourtant, ce sang du sud est une sève superbe et sombre, qu'une bonne dose de bile épice comme du safran. Il ressemble au vin lourd et presque noir que l'on boit dans ce pays, et qui acquiert, au contact des outres, un goût âpre et résineux. Un palais étranger ne s'y habitue pas facilement. Piété et courage chevaleresque sont les excellentes qualités de ce sang sur lesquelles se projette toutefois l'ombre du fanatisme et de la cruauté. Ces mêmes aspects du caractère se manifestent de façon radicale chez Contreras.
Combien de vaillants gaillards de cette trempe ont dû disparaître sans laisser de traces ! Combien ont dû mordre la poussière en emportant le trésor à jamais perdu de leurs souvenirs! Nous ne saurions donc assez bénir ces hasards rares qui ont fait prendre la plume à Grimmelshausen et à Commynes, à Cervantes et à Contreras. Ceux-ci décrivent leur époque en laissant parler le coeur de l'homme de guerre. C'est lui qui nous trahit avec le plus d'ardeur et de proximité les pulsations de l'Histoire. Contreras nous permet d'accéder dans maints endroits étranges de ce monde qu'il a parcourus. Et les combats qu'il nous dépeint sont bien éloignés des événements qui constituent notre vie habituelle.
Il part, à 13 ans, comme marmiton, pour les Flandres, ce pays qui compte presque autant de champs de bataille que de villages. Peu après, dans les ports de l'Italie du sud, il s'embarque pour de nombreuses expéditions de guerre et de flibuste contre les Turcs et les Maures. Très jeune encore, et avec une bonne fortune qui n'a d'égal que son courage, il prend le commandement de bateaux appartenant à l'ordre des chevaliers de Saint-Jean et au vice-roi de Sicile, et il s'illustre et se fait craindre dans tous les ports païens du Levant. Nous le retrouvons, plus tard, porte-étendard lors d'expéditions en Espagne et au Portugal, de même qu'en Flandres, en France et en Italie. Il est chevalier de Saint-Jean sur l'île de Malte et époux malheureux en Sicile. Il répondra par l'épée à l'infidélité de sa femme et à la perfidie de son ami, un assassinat lui occasionnant moins de remords qu'il n'en aurait eu à ne pas respecter la vieille et pieuse tradition du jeûne, le vendredi. Près d'Hammamet, sur la côte mauresque, il fait partie des rares hommes qui, une fois descendus à terre, parviendront à échapper au massacre perpétré par les Maures placés en embuscade et à regagner les galères. Il manque de se noyer à cause du poids de son armure mais un comite qui lui a prêté sa belle cotte de mailles et qui ne veut pas la perdre, le hisse à bord. En Espagne, il achète un froc, quelques livres saints et une tête de mort, pour vivre de longs mois en ermite pénitent, dans un paysage solitaire de montagnes, puis il réapparaît après un étrange procès, sous les traits d'un capitaine de Cadix ; il fait voile comme commandant de plusieurs bâtiments vers les Indes occidentales et se livre sur les côtes de Cuba et de Saint-Domingue à une guerre maritime avec le corsaire anglais Walter Raleigh ; il remporte plusieurs combats et sera nommé gouverneur de la petite île sicilienne de Pantelleria.
Après un séjour à Rome où le pape, intéressé par cette personnalité courageuse, lui accorde son appui, il obtient du vice-roi de Naples un brevet de capitaine des cuirassiers, mais cela nous mènerait trop loin de suivre, ne fût-ce que dans leurs grandes lignes, ses multiples aventures. Contreras lui-même n'en raconte qu'une partie restreinte et, de temps à autre, fait comprendre au lecteur que ce qu'il ne mentionne pas recouvre la partie la plus considérable de sa vie. De même ces Mémoires s'interrompent-ils brusquement en 1633. Il est vraisemblable qu'ils ne doivent leur existence qu'à une courte trêve et que la main vigoureuse qui les a rédigés troqua de nouveau la plume pour l'épée. Il faut absolument les lire. Quelques petites anecdotes en donneront peut-être l'envie.
C'est ainsi que Contreras n'est encore qu'un freluquet lorsqu'il prend part à ses premières opérations, comme celle opposant l'équipage d'un galion maltais à celui d'un caramoussal turc, dans un petit bois de pins, près du cap Silidonia. Il est seul quand il se trouve nez à nez, au beau milieu du bois, avec un Turc géant qu'il somme carrément de se jeter à terre et de se constituer prisonnier. Le voyant, celui-ci éclate d'un rire tonitruant et lui rétorque : "Bremaneur casaca cacomiz !", ce qui veut dire : "Petite pute, le cul te pue comme un chien crevé !" Contreras, furieux, se précipite sur lui, esquive un terrible coup de sa pique et parvient à porter à son adversaire un coup d'épée bien placé, en pleine poitrine. Lui reviendront comme butin de guerre un étendard, mille cinq cents ducats et cent ducats de gratification pour ramener un prisonnier qui finira en esclavage.
Ce butin, comme tous ceux qu'il a récoltés précédemment ou qu'il gagnera plus tard, sera dissipé en joyeuse société, sauf la part qui est prélevée pour des institutions pieuses. Celle-ci n'est pas négligeable. Contreras fera même construire, plus tard, une église sur son île. Les cabaretiers et les filles qui ne manquent pas d'entrain et le servent avec zèle font de bonnes affaires avec lui. Les autres apprendront à leurs dépens qu'il vaut mieux ne pas lui chercher noise. Ainsi, lors d'une vaste beuverie dans une taverne de Palerme, l'aubergiste, qui ne comprend pas la plaisanterie, passera sans autre forme de procès par le fil de sa lame ; puis les coups d'épées s'abattront sur les cuisiniers et les serveurs qui riposteront, armés de broches et de couteaux de cuisine. Lors d'une semblable soûlerie à Naples, les hommes s'en prirent aux outres de vin; celles-ci, lacérées, laissèrent gicler leur contenu comme de véritables fontaines tandis que retentissait dehors une voix sarcastique "Il ne se lamentera plus, le bougre, je l'ai envoyé souper en enfer." Un des compagnons s'écroule, frappé par un pot de fleurs lancé au-dessus de sa tête ; la garde italienne tranche le poignet d'un autre ; le tumulte se répand jusqu'à l'arrivée du corps de garde espagnol qui, armé de hallebardes et d'arquebuses, y mettra un terme. Une autre fois, Contreras est trompé par sa bien-aimée ; sa bile s'échauffe et il saisit un couteau pour dessiner un souvenir éternel sur le visage de l'infidèle. Comme celle-ci, prévoyant ce qui l'attend, plonge la tête entre les genoux, Contreras lui entaille le fondement, y laissant deux estafilades juteuses, comme il eût fait dans la pulpe d'un melon bien mûr.
Lors du périple au cours duquel il triomphe de son géant Goliath, ses compagnons et lui se heurtent à un bâtiment de guerre turc possédant un équipage de quatre cents hommes et des batteries remarquables. Le capitaine, un fier-à-bras, fait clouer les écoutilles de sorte que les hommes qui se trouvent sur le pont doivent ou se battre ou sauter à la mer. Alors commence une danse où l'on verra se produire les faits les plus miraculeux. C'est ainsi que les Turcs tirent un boulet qui frappe un canonnier hollandais en pleine tête. Celle-ci vole en éclats. Un gros morceau d'os frappe alors en plein visage un autre compagnon qui, depuis l'enfance, a le nez de travers, et le choc aura l'heureux effet de redonner à ce nez sa forme rectiligne naturelle. Chez un autre, que torture depuis des lustres une maladie insupportable, c'est un projectile qui, en lui grillant un peu le derrière, aura un curieux effet : l'homme ainsi caressé se sentira guéri sur-le-champ et déclarera alors que le vent d'un gros canon est bien la plus salutaire des médecines.
Ayant grandi à dure école, Contreras deviendra lui-même plus tard un chef qui saura se faire respecter en toute circonstance. Ainsi une mutinerie se trama parmi ses hommes, au début de l'aventure dans les Indes occidentales. Alors qu'il voulait, une nuit, comme c'était l'usage, envoyer l'équipage dormir sous le pont, un gaillard particulièrement impétueux lui cria : "Laisse-nous tranquilles!" Sans dire un mot, Contreras tira son épée du fourreau et fendit le crâne de l'homme d'un seul coup de son arme. Comme par enchantement, les mécontents disparurent. Peu après, on informa Contreras que l'homme qu'il avait frappé était mourant. "Qu'il se confesse et qu'on le jette à la mer !" ordonna-t-il. L'équipage était devenu aussi souple qu'un cuir du Danemark. Celui qui aurait risqué le moindre juron devait monter la garde deux heures durant, avec un casque de trente livres sur la tête et revêtu d'une armure du même poids, si bien que pendant toute la traversée, pas un ne se risqua à murmurer fût-ce un Vivat Christus !
Malgré ses manières de reître, Contreras est une figure superbe. Lope de Vega lui a dédié une comédie : Le roi sans royaume, allusion à une de ses aventures avec les Morisques. De taille à affronter cette époque agitée et dangereuse, et mettant à profit tous les moyens mis à sa disposition, Contreras offre l'image d'un chevalier de fortune qui sait se frayer son chemin par le monde et qui, lors de tous ses actes sauvages, ne transgresse jamais les lois de la fidélité, de l'honneur et de la camaraderie. Il peut avoir l'esprit brouillé par les cris enivrés poussés dans les tavernes où il sème à pleines mains les pièces d'or, il sera le premier à escalader le lendemain, sous un soleil ardent, le rempart brûlant d'une forteresse berbère isolée ou bien il arrachera au bey de Tunis une de ses frégates, et conversera comme un intime, le surlendemain, avec des princes temporels et ecclésiastiques dont il se fera des amis et des bienfaiteurs. Conscient de sa valeur, il reconnaît avoir péché mais est persuadé, en même temps, que des moyens particuliers d'obtenir la rémission sont à la disposition d'hommes tels que lui.
C'est ainsi qu'il mena sans contrainte une vie haute en couleur, conforme à sa nature profonde, en nous permettant d'y prendre part.
Ernst JÜNGER
- Poche : 256 pages
- Editeur : Viviane Hamy (15 mai 2005)
- Postface : José Ortega y Gasset
- Préface : Ernst Jünger
20:30 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Alonso de Contreras, Capitan
05 septembre 2007
La Waffen SS : soldats politiques en guerre
La "Waffen-SS".
À eux seuls, ces mots désignant l'organisation paramilitaire de la SS ont une indéniable puissance évocatrice. En tout état de cause, ils ne laissent pas indifférents. L'abondante bibliographie qui a été consacrée après guerre à ce sujet en Allemagne, en France ou dans les pays anglo-saxons en témoigne, tout comme les succès de librairie de certains titres. Le thème a du reste été suffisamment traité pour amener d'aucuns à affirmer péremptoirement que "chacun connaît la Waffen-SS". À l'aune d'une problématique renouvelée, il apparaît en réalité beaucoup plus pertinent d'avancer que "chacun pense connaître la Waffen-SS".
23:40 Publié dans 2ème Guerre Mondiale, Europe, Histoire, Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Waffen SS, soldats politiques
09 août 2007
"Les Réprouvés" d'Ernst von Salomon réédité
Les Réprouvés, récit autobiographique paru en 1930, se situe dans la période troublée des lendemains de la Première Guerre mondiale. Issu d’une famille huguenote, Ernst von Salomon s’engage dès 1918 à la sortie de l’Ecole militaire dans les corps francs qui combattent en Haute-Silésie et dans les pays baltes pour écraser la révolution rouge. En 1922, il est condamné à huit ans de réclusion pour sa participation à l’assassinat de Walther Rathenau. Il sera libéré fin 1927.
Dans Les Réprouvés, il décrit ces mouvements en perpétuelle rébellion contre le gouve












