04 février 2007
Slogan : les mots bien maniés sont des armes
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16 octobre 2006
LA "POLIS" GRECQUE
Les groupes d'envahisseurs doriens étaient indépendants les uns des autres et ils formèrent une communauté en chaque lieu où ils s'arrêtèrent ; il en était de même des immigrants grecs qui peuplèrent la côte asiatique. L'élément militaire a dû jouer d'abord un rôle prépondérant : le mot même de polis désignait à l'origine une citadelle, avant de prendre son sens ultérieur de cité-Etat ; chez les Doriens surtout, les premiers dirigeants furent les chefs de bandes armées. Peu à peu, d'autres facteurs s'imposèrent : les premiers établissements furent évidemment des villages ; puis, dans plusieurs cas privilégiés, comme celui de Sparte, on voit des villages voisins former une ville, selon un phénomène que les Grecs appelaient synoecisme (habitation commune) ; or, la ville engendre la cité, c'est-à-dire une organisation politique commune.08:20 Publié dans Concepts et définitions, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15 septembre 2006
HONNEUR ET VENGEANCE
FAIDA : Latinisation d’un terme germanique (v. ha. Fehde) désignant la vengeance, où plutôt le système vindicatoire structurant la société clanique. Le groupe familial est collectivement responsable des actes commis par un des siens et la réparation du dommage intéresse tout le clan. La pratique ne joue qu’entre parentèles liées par l’échange. Venger les siens est un devoir conditionné par l’honneur, mais la violence ne doit pas être débridée. La faida obéit à des règles et des rites qui préservent l’équilibre de la société. Les anciens interviennent au mallus pour tenter la conciliation des parties par le versement du wergeld. Il est cependant plus glorieux de recouvrer son honneur par les armes : « On ne porte pas ses parents dans sa bourse ». L’institution d’une justice publique contrecarre le système vindicatoire. Dès le milieu du IVè s., Rome impose aux lètes francs un règlement (loi salique) qui tarifie la vengeance. La coutume subsiste cependant (le Nibelungenlied) et en 802 un capitulaire de Charlemagne réitère l’interdiction de la violence et l’obligation de la composition (deux tiers, faidus, pour la parenté, un tiers, fredus, pour le roi). Au Moyen Age, l’honneur nobiliaire impose toujours la faida. La cour seigneuriale tente de réguler les conflits mais la pratique amène l’Eglise et le roi à imposer des trêves et paix spéciales, telle la Quarantaine le Roi.
20:45 Publié dans Concepts et définitions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vengeance
11 septembre 2006
LE SERMENT : RITUEL MAJEUR DU DROIT INDO-EUROPEEN

Le droit naît du sacré et peut-être créé par la parole. C’est ce que nous avons appris par l’analyse de la conception indo-européenne du droit. Or des expressions sacramentelles et institutionnelles où la parole est essentielle, aucune n’est plus solennelle, ni plus importante pour la vie sociale et en conséquence plus généralisée que le serment. Nous pouvons dès lors considérer que le serment est un appel solennel au sacré mais aussi que le serment est un des fondements essentiels de l’ordre social, tout au moins dans les sociétés indo-européennes.
L'ordre juridique interne s'appuie sur de multiples serments : assertoires et promissoires, judiciaires et extrajudiciaires, professionnels et politiques. Nous centrerons notre étude sur ces derniers, les plus importants du point de vue de l'ordre politique interne de la cité, et nous évoquerons le serment politique, non seulement dans la cité antique issue du paganisme indo-européen, mais également dans l'Europe chrétienne issue des invasions germaniques, puisqu'aussi bien nous sommes les héritiers de l'une et l'autre.
1/ Le serment politique dans la cité antique

Le serment politique n'apparaît pas nécessairement ni naturellement. C’est un phénomène culturel et volontariste. Il implique d’abord à son niveau le plus élevé l’établissement d’une organisation politique sous une forme quelconque, l’élaboration d’un « Etat » au sens large du terme : Cité antique, féodalité, monarchie absolue, Etat libéral, etc.
Le serment politique est un serment promissoire qui engage le récipiendaire à l’égard de l’organisation étatique dont il devient membre à part entière. La valeur coercitive du serment, mais aussi et surtout de la fides, obligent l’impétrant à adopter dans l’avenir une conduite conforme aux intérêts supérieurs de la collectivité politique. Le serment politique permet à « l’Etat » de s’assurer de la fidélité absolue de ses membres aux institutions et de leur total dévouement à la cause publique. Ils peuvent alors être agrégés à la communauté. Il n’apparaît que très tardivement dans le monde antique, car il suppose nécessairement que la notion de Cité ait été préalablement dégagée, puisqu’aussi bien c’est elle qui oblige ses citoyens, ses militaires et ses magistrats.
Mais le politique est aussi une essence impliquant une double finalité. La concorde intérieure d’une part, et la sécurité extérieure d’autre part. Il en résulte que le serment politique peut revêtir deux formes quelquefois confondues en un seul acte. Celle du serment militaire et celle du serment civique.
Le serment militaire se rapporte primitivement à des engagements collectifs des guerriers vis-à-vis de leurs chefs et réciproquement. Par la suite il s’étend à la cité. Il peut être prononcé sur le champ de bataille juste avant l’engagement armé. Ainsi au moment de combattre contre Xerxès, les Grecs prêtèrent le serment suivant : « Je ne ferai pas plus cas de ma vie que de ma liberté ; je n’abandonnerai pas les généraux ni vivants ni morts, mais j’ensevelirai ceux des alliés qui auront succombé dans le combat ; et quand j’aurai chassé le barbare, je ne dévasterai aucune des cités qui auront combattu pour la Grèce et je décimerai toutes celles qui auront préféré prendre le parti des Perses».
A Rome, le serment militaire joue un rôle considérable. Introduit précisément l’année de la bataille de Cannes en 216 av J.-C., il n’engagea d’abord les soldats qu’à obéir à leur chef et à ne jamais abandonner leurs enseignes. Puis ce fut à la patrie qu’ils jurèrent fidélité, ce qui permettait à l’engagement de conserver toute sa valeur en cas de changement de personne dans le commandement. Plus tard les discordes politiques faisant oublier l’intérêt commun pour celui des partis, ce fut à nouveau à nouveau à son général que l’armée jura obéissance et dévouement et non plus à Rome. Enfin, sous l’Empire, l’Empereur étant chef suprême de l’armée, ce fut à lui que les soldats prêtèrent serment de fidélité.
Ce serment ne concerne pas que les seuls militaires. Il peut être le fait de citoyens qui ont pris les armes pour l’occasion. Ainsi Eschine rapporte que les Athéniens en guerre avec les Synhéens et les Cravallides, firent serment de ne plus travailler leurs terres jusqu’à la victoire, ajoutant que s’ils se trouvaient des parjures : « que la terre leur refuse ses fruits, que leurs femmes n’enfantent que des monstres, que leur bétail n’engendre pas selon la nature ! ».
De fait, lorsque le serment militaire implique des citoyens, il s’accompagne d’un serment civique. Il n’est plus alors passé à l’occasion d’une bataille mais intervient dans un cadre plus général et permanent, celui de la cité et de ses institutions.
« Partout en Grèce, écrit Xénophon, la loi exige des citoyens un serment d’entente mutuel ». Le contrat social n’est pas tacite et l’obligation de prêter serment aux lois fondamentales de l’Etat est un principe de droit public.
A Lacédémone, tous ceux qui passaient de la jeunesse au rang de citoyen, étaient obligés de prêter un serment politique conditionnant leur intégration à la communauté publique. Même chose à Athènes où le jeune impétrant prêtait le serment suivant : « J’obéirai aux ordres que la prudence des magistrats saura me donner, j’obéirai sagement aux juges en fonction. Je me soumettrai aux lois établies et à celles que pourra établir la volonté unanime du peuple. Si quelqu’un veut renverser ces lois ou leur désobéir, je ne le souffrirai pas, mais je combattrai pour elles, seul ou avec tous mes concitoyens. J’honorerai le culte de mes pères. Je ne déshonorerai pas les armes sacrées ; je ne quitterai pas mes compagnons de rang et je combattrai pour tout ce qui est sacré, mes dieux et mon foyer, seul ou avec tous. Je ne rendrai pas ma patrie moindre que je ne l’aurai reçue mais plus grande et plus forte ».
Ce serment est un véritable serment politique, civique et militaire à la fois. Le jeune athénien s’y engage à être un citoyen exemplaire par sa soumission à la loi et par la défense, si nécessaire, de la République. Ainsi dans les cités démocratiques, serment civique et serment militaire se confondent. Dans les cités monarchiques, il existe deux serments distincts : un serment propre à l’armée, le sacramentum, prêté au moment de l’enrôlement, qui crée un lien de nature religieuse et personnelle entre le soldat et son chef, ce dernier ayant droit de vie et de mort sur le jurant, et un serment civique, qui prend la forme d’un serment de fidélité à la personne du souverain. Dans les royaumes, il y a échange de serments entre le roi et le peuple « de maintenir la royauté suivant les lois ». La sanction du serment des rois est la déposition du roi.
Mais le serment ne concerne pas seulement les simples citoyens. En Grèce, ceux qui reçoivent une délégation du souverain doivent également prêter un serment d’investiture. Les Héliastes jurent de voter selon les lois et décrets en vigueur et, à défaut, selon l’opinion la plus juste. Le conseil est également assermenté. La formule du serment fut instituée par les Cinq-Cents : ils jurent d’agir conformément aux lois, de servir au mieux les intérêts du peuple, de garder le secret sur les affaires de l’Etat, de respecter les libertés individuelles, d’observer les traités. Cette garantie était aussi exigée des magistrats : stratèges et archontes jurent lors de leur investiture de gouverner en toute justice et suivant les lois, de ne pas se laisser corrompre. Les fonctionnaires eux-mêmes prêtent un serment, utile précaution contre toute trahison. Il semble toutefois qu’en Grèce les magistrats n’aient pas eu à prêter un serment libératoire à la fin de leur charge. En revanche, cette pratique était courante pour les fonctions sacrées. Nous sommes avec ces deniers cas à la limite du serment professionnel, mais de par les fonctions exercées par les fonctionnaires et les magistrats assermentés, celui-ci garde son caractère de serment politique.
Multiplier les exemples ne serait pas d’un grand intérêt ; constatons simplement le fait qu’en Grèce le serment politique était un acte essentiel de la vie publique, à la fois comme gage du bon fonctionnement, de la stabilité et de la sécurité des institutions. La vie judiciaire reposait elle aussi sur le serment.
A Rome la situation n’était pas différente. Le serment a glissé du serment militaire au serment civique. Sous l’Empire, nous l’avons dit, l’Empereur étant le chef suprême de l’armée, c’est à lui que les soldats prêtaient serment de fidélité; ce serment était renouvelé à chaque anniversaire de sa naissance, à chaque période de cinq ou dix ans de son règne et aux calendes de janvier. De l’armée la pratique du serment de fidélité se répandit parmi les magistrats et les sénateurs qui, au lieu de jurer in leges, jurèrent in acta Caesaris.
La christianisation de l’Empire ne mit pas fin à cette pratique, bien au contraire. Justinien voulut que tout magistrat lui promit fidélité et « que s’il manquait à ses devoirs, il consentit à subir le sort de Caïen et de Judas ». La forme avait changé mais non le fond. En Orient, on exigea même de tous les provinciaux un serment de dévouement à la personne du prince régnant. L’Empereur était et restait le dominus, le maître de l’Empire, exerçant un pouvoir personnel et derrière lequel la notion de res publica s’effaçait.
Quelle que soit la nature de l’Etat, démocratie, oligarchie, monarchie absolue, le serment renforce le principe. Chaque régime a sa propre formule de serment politique qui s’oppose à celle du régime contraire. Ainsi dans les cités oligarchiques, le serment est exigé des privilégiés. Aristote cite cette formule : « Je serai malveillant à l’égard du peuple et lui ferai dans le conseil tout le mal que je pourrai ! ». En définitive, comme l’écrit Anne Laudon : « une guerre civile n’est rien d’autre qu’une lutte entre deux serments, chaque parti prétendant détenir le serment légal et accusant l’autre de conjuration. D’où la nécessité après chaque révolution, de déterminer, pour assurer une unité durable, les termes d’un serment civique commun auquel tous les citoyens doivent adhérer ».
Les exemples ne manquent pas, mais ces serments de paix intérieure ne sauraient suffire sans une clause stipulant l’oubli réciproque du passé : ce sont les serment d’amnistie. Présidant à la paix extérieure, le serment préside aussi à la paix intérieure.
Ainsi peut-on conclure que dans le monde antique, le serment est l’assise du civisme et de la paix civile, de la fidélité et de l’ardeur de l’armée. Il est donc le garant des institutions mais aussi de leur bon fonctionnement. Mais le serment ne va pas disparaître avec le monde antique. Il va se perpétuer dans l’Europe nouvelle remodelée géopolitiquement par les conquérants germaniques et spirituellement par le christianisme.
2/ Le serment politique dans l’ancienne France

On ne trouve que peu de traces du serment dans l’Ancien Testament. Sans y être inconnu, il n’occupe manifestement pas dans l’univers sémitique la place éminente qui est la sienne dans le monde indo-européen, et il n’y revêt pas non plus exactement le même sens. Il n’est utilisé que dans des circonstances graves, tel le serment de fidélité des Anciens à David sacré roi d’Israël, et celui du peuple et des soldats à Joas, petit-fils d’Athalie.
L’Eglise chrétienne, quant à elle, se montra immédiatement hostile au serment, y voyant, très lucidement, une pratique typiquement païenne. A ce titre, le serment devait subir l’éradication. Les pères de l’Eglises allaient multiplier les condamnations, mais devant la persistance de cette pratique profondément enracinée dans le mental indo-européen, l’Eglise devait à partir du XIè siècle, atténuer son hostilité au serment. Gratien le prohibe encore mais affirme tout aussitôt qu’il n’est pas un péché. C’était lui ouvrir une nouvelle carrière. Les canonistes allaient donc récupérer le serment, non sans lui faire subir un important changement de sens, pour le mettre au service de leur conception du droit. En particulier, le serment étant chose spirituelle, c’est à l’Eglise et à ses tribunaux qu’il appartiendra désormais, soit de dispenser du serment, soit d’en assurer l’exécution.
Quoiqu’il en soit, le serment allait de nouveau être utilisé, tant en droit public qu’en droit privé. Il n’avait d’ailleurs jamais cessé de l’être. La monarchie française, de son origine à sa chute, va faire un large usage du serment politique.
Les Mérovingiens devaient maintenir et même développer la pratique du serment de fidélité. Sans doute n’était-ce pas, à l’époque un titre nécessaire pour que le roi eut droit à l’obéissance de ses sujets, mais il était bon qu’il se fit prêter quand il avait à craindre des difficultés notamment au cours des nombreuses guerres intestines qui marquèrent cette époque troublée de recomposition politique. Apparurent alors les termes de fidelitas, hérité de la fides antique et de leudesanium. Jurer fidelitas c’était en terme chrétien promettre un dévouement constant de l’âme; jurer leudesanium c’était devenir l’homme du roi. Dans un cas comme dans l’autre, le serment impliquait le don de toute sa personne.
Avec les Carolingiens, la pratique du serment de fidélité acquit une importance plus considérable encore. C’est que les princes carolingiens n’ayant, de par leur naissance, aucun titre à régner, ne pouvaient prétendre à la foi des hommes libres qu’à la condition que ces derniers s’y fussent expressément engagés. Ainsi le serment de fidélité constituait le fondement essentiel de l’obéissance des sujets envers le roi. Le roi mort, il fallait que son fils se fit prêter un nouveau serment.
Sous le régime féodal, le serment va constituer le fondement de tout l’édifice social et politique. L’institution du fief est avant tout une organisation politique, bien qu’elle implique aussi une certaine conception de la propriété. Dans ce système, les liens réels et les liens personnels coexistent et s’enchevêtrent. Un contrat lie le seigneur et le vassal. Contrat solennel qui se noue par l’hommage et se confirme par un serment de fidélité. Le vassal doit fidélité à son seigneur qui réciproquement doit « foi et loyauté » à son vassal. Ce serment d’investiture est accompagné d’un rite de remise dont l’origine païenne est patente. Le seigneur remet au vassal un objet symbolique, le plus souvent un anneau ou un bâton, quelquefois un rameau de feuillage, une motte de terre ou un étendard. Ce n’est qu’à la suite de ce rituel que le vassal peut jouir du fief. Dans le contrat féodal, serment et rituel d’une part, investiture d’autre part sont inséparables. Le serment de vassalité, serment politique, apparaît comme la condition juridique préalable de la concession. Quand le fief devient héréditaire, l’engagement personnel du vassal parut toujours si nécessaire que l’héritier dut renouveler l’hommage pour obtenir la possession. Même dans les derniers siècles de la monarchie, alors que le système féodal avait perdu dans une large mesure de son importance politique, la règle se maintint de la nécessité de l’hommage et donc du serment renouvelé à chaque changement de vassal ou de seigneur.
Quant au Roi, c’est d’abord lui qui lors de la solennité du rituel du sacre, prêtait serment entre les mains de l’archevêque de Reims. Du moins l’accomplissement de cette formalité nous est attesté à l’occasion d sacre de plusieurs rois, et il y a tout lieu de croire que c’était là une pratique constante.
Ajoutons que sous la monarchie tempérée, les rois de France sanctionnaient fréquemment part serment les promesses qu’ils faisaient aux députés des états généraux. Par ailleurs, les pairs de France, les princes du sang, les ducs et comtes, les grands officiers de la Couronne, les gentilshommes de la maison du Roi, prêtaient serment de fidélité entre les mains du Roi.
De même, tous les fonctionnaires devaient prêter serment avant leur entrée en fonction. Cette règle posée de façon absolue par Loyseau dans son « Traité des offices », a toutefois des origines plus anciennes. Louis IX avait réglementé par deux ordonnances (1254 et 1256) les droits et devoirs des baillis et sénéchaux : entrant en fonction, ils prononçaient sur la place publique un serment solennel dont l’usage est attesté dès le XIIè siècle; en outre, ils devaient prêter devant le Roi un serment qui devint le serment en parlement, puis en parlement et en la Chambre des Comptes. En principe, le serment était reçu par la cour souveraine dont l’officier dépendait.
Devaient également prêter serment de fidélité : les membres de l’Université (ordonnance de 1471), les capitaines et soldats dans les compagnies soldées (ordonnance de Charles VI). Les évêques après le sacre en raison de leur temporel.
Les électeurs eux aussi prêtaient serment. En 1373, pour élire un chancelier, Charles V réunit environ 130 personnes et leur fit jurer : « de lui donner selon leur avis et élire la plus suffisante personne qu’ils sauraient nommer ». En 1789, les électeurs jurèrent dans les assemblées de baillage et les communautés : « de procéder fidèlement à la rédaction du cahier général de doléances et à la nomination des députés (art. 40 du règlement fait par le Roi, du 24 janvier 1789) ». Mais si les électeurs devaient prêter serment, il en allait de même des élus. En 1614, les députés des états généraux jurèrent : « de bien et saintement exercer nos charges de députés et y servir le public religieusement, le Roi fidèlement, et de tenir secret tout ce qui se passera en cette assemblée ».
Achevons ce bref panorama du serment politique dans l’ancienne France en évoquant le serment corporatif qui servit de base au régime juridique des corporations (c’est un serment à la fois professionnel et politique), le serment communal : dans les régions du nord, tous les bourgeois s’obligeaient par serment envers la commune. Cet engagement était assez voisin de celui qui liait le vassal au suzerain, toutefois ce serment ne prit jamais place dans la constitution. Evoquons enfin le serment international. En effet, comme dans le monde antique, tout traité de paix ou d’alliance était juré par les souverains cosignataires et quelques fois même par les députés des états généraux, par les membres de l’Université et par les avocats.
Cette brève esquisse historique, sans prétendre être exhaustive, nous révèle cependant, et c’est pour nous l’essentiel, l’étendue de cette institution qu’est le serment politique dans le système monarchique de l’ancienne France. Tantôt règle d’infrastructure de l’Etat et mode d’intégration de l’individu dans la communauté politique, tantôt simple pratique de politique gouvernementale, il était exigé de tous : Chef de l’Etat, fonctionnaires et magistrats, simples sujets ou citoyens. Ainsi à l’image du monde antique, gréco-romain ou germano-celtique, il constituait véritablement une institution du droit sacré et un des fondements essentiels de l’édifice communautaire.
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Philippe Chiappini
in Le droit et le sacré
Editions Dalloz
08:55 Publié dans Concepts et définitions, Histoire, Références | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : serment, droit, indo-européens
28 mai 2006
La Reconquista
Entreprise de récupération par les chrétiens de la Péninsule ibérique conquise par les musulmans entre 711 et 720, la reconquista est d'abord une "idée" mobilisatrice et légitimatrice. Formulée bien avant le mot par les chroniques asturiennes de la fin du IXè siècle, elle est reprise et développée par toutes les chroniques et histoires générales postérieures.
Le mythe d'une "Espagne confiée par Dieu aux Espagnols, perdue à cause de leurs péchés à l'époque des Wisigoths et qui serait un jour restaurée par eux", conditionne fortement l'expansion chrétienne à laquelle il confère ses caractères spécifiques. La guerre contre les musulmans est toujours présentée comme une mission divine et un devoir historique imposés à tous et plus particulièrement aux souverains. Son objectif n'est jamais de chasser et d'éliminer les musulmans, mais de restaurer le pouvoir politique des chrétiens sur tous les habitants de la Péninsule. L'idée que toute la terre appartenait à leurs ancêtres implique que pour les chrétiens l'Hispania constitue leur héritage, qu'ils doivent entièrement récupérer. Elle donne à la frontière son caractère de front provisoire dont la stabilisation ne peut être qu'un arrêt momentané.
La reconquête est aussi une réalité militaire qui connaît plusieurs phases. De 711 à 1031, le rapport de forces est écrasant en faveur de l'islam. Dans les zones montagneuses du Nord et de l'Est de la Péninsule les chrétiens luttent pour leur survie et progressent difficilement jusqu'au Duero, profitant des divisions des musulmans. La colonisation spontanée et anarchique est encouragée et stimulée par les autorités des "Etats" qui émergent et s'affirment avec l'expansion: royaumes d'Iviedo, puis de Léon, et de Pampelune, comtés de la Marche d'Espagne et de Castille.
Entre 1031 et 1266, la guerre entre chrétiens et musulmans s'intensifie et change de nature. Côté chrétien, l'essor démographique, la supériorité militaire de la cavalerie lourde, le zèle religieux et la soif de butin des combattants, le développement d'une classe qui acquiert les privilèges de la noblesse par le métier des armes, l'intervention en nombre croissant de chevaliers "français", et côté musulman, les rivalités entre les royaumes issus de la dislocation du califat, constituent autant de facteurs qui expliquent l'expansion inéxorables des armées chrétiennes dans la Péninsule. Cette progression est seulement retardée et compromise momentanément par des conflits endémiques entre souverains chrétiens et deux contre-offensives de troupes maghrébines. Les interventions de croisés "français" modifient le caractère de la lutte en ajoutant la haine religieuse à la soif de butin et d'exploits chevaleresques. Face à la Croisade, à laquelle la guerre en Espagne est assimilée par la papauté en 1102, les mouvements maghrébins des Almoravides, puis des Almohades prêchent le djihâd. L'affrontement entre chrétiens et musulmans se transforme en guerre religieuse entre islam et chrétienté.
La reconquête chrétienne progresse considérablement, mais par à-coups avec des spectaculaires avancées, suivies de coups d'arrêt brutaux et de reculs temporaires. Au milieu du XIè siècle, profitant de l'implosion du califat en une vingtaine de royaumes de taïfas, les chrétiens font une percée du Duero à Tolède, conquise par Alphonse VI en 1085. Leur expansion est bloquée par la contre-offensive des Almoravides qui écrasent l'armée chrétienne à Zallâqa en 1086 et refont l'unité d'al-Andalus. Les chrétiens reprennent l'initiative dans la première moitié du XIIè siècle, quand l'empire almoravide se fractionne en une deuxième génération de taïfas; elle est marquée surtout par la conquête, d'une part, de la fertile vallée de l'Ebre par Alphonse Ier le Batailleur qui reprend Saragosse en 1118 et, d'autre part, du bas Tage par Alphonse Enriquez du Portugal.
Les Almohades proclament la guerre sainte, écrasent à Alarcos, en 1195, l'armée d'Alphonse VIII et réunifient al-Andalus. La victoire éclatante des chrétiens "espagnols", unis et mobilisés dans une croisade, à Las Navas de Tolosa en 1212, brise définitivement l'offensive musulmane. Jacques Ier d'Aragon conquiert les Baléares entre 1229 et 1235 et le royaume de Valence en 1238. Ferdinand III prend Cordoue en 1236, Séville en 1248 et Cadiz en 1263. Le royaume de Murcie passe sous protectorat castillan en 1243. Alphonse III du Portugal achève la conquête de l'Algarve en 1242. En 1266, la formidable avancée chrétienne n'a laissé subsiter que l'émirat de Grenade qui ne tombe qu'en 1492.
Par sa durée, des années 720 à 1492, et ses conséquences, la Reconquista constitue un évènement majeur de l'histoire hispanique au Moyen Age, à un moindre degré en Catalogne. Elle a limité la féodalisation et conforté le pouvoir royal auquel l'Eglise est soumise. Elle a aussi permis, soutenu et orienté l'expansion économique en procurant l'or et l'argent et en ouvrant de vastes espaces aux déplacements des troupeaux. Elle a provoqué une hiérarchisation de la société en fonction de critères militaires. Elle a renforcé la puissance de la noblesse qui a imposé ses valeurs et imprimé aux sociétés ibériques une mobilité exceptionnelle, un dynamisme inhabituel, un style de vie particulier et une mentalité différente en orientant l'esprit d'entreprise vers la conquête. Elle a renforcé l'importance des villes et fait de l'Espagnol un conquistador. La Reconquête ne pouvait finir avec la prise de Grenade et l'expulsion des non-chrétiens. Elle trouva son prolongement au Nouveau Monde.

Denis MENJOT
in Dictionnaire du Moyen Age
Pour de plus amples informations sur la Reconquista, vous pouvez vous reporter sur l'ouvrage de Marie-Claude GERBET : L'Espagne au Moyen Age (VIIIè - XVè siècle), édité en 1992 chez Armand Colin, ISBN 2-200-21141-4. Nous ne savons pas si cet ouvrage universitaire a été réédité.
Vous pouvez également consulter l'ouvrage sorti en format poche de Bartolomé Bennassar : Histoire des Espagnols du VIè au XVIIIè siècle, édité chez Perrin, collection Tempus.
18:10 Publié dans Concepts et définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre, espagne, chrétiens, musulmans
14 mai 2006
La guerre dans la Grèce antique
La guerre occupe une place importante dans la vie des Grecs. Historiens, poètes, philosphes, peintres, sculpteurs ont voué une part considérable de leur oeuvre à des thèmes ayant pour sujet la guerre sous toutes ses formes. Les constructions défensives ont laissé des traces visibles dans le paysage: d'imposants murs d'enceinte, parfois excellement conservés aujourd'hui encore, attestent la volonté de défense des communautés de citoyens. La guerre embrasse tous les aspects de la vie humaine: le politique, l'économie, la religion. Les peuples de la Grèce antique et ceux des royaumes hellénistiques consacrent des ressources, une énergie et une attention considérables à des activités militaires, soit pour parer des menaces extérieures, soit pour mener des campagnes ou des invasions, soit encore pour résoudre des conflits internes. La plus ancienne oeuvre littéraire de l'Occident, l'Illiade, dépeint la lutte sans merci que se livrent les Grecs et les Troyens, conflit qui met aux prises les dieux de l'Olympe eux-mêmes, et qui sert de référence, poétique, artistique ou morale, à bien des conflits ultérieurs.
Le monde mycénien
Même si l'image que l'on peut retirer des vestiges archéologiques suggère que les principautés de la Crète minoenne (IIè millénaire av. J.-C.) ne connaissaient pas l'état de guerre, la tradition rapportée par Thucydide fait d'une "thalassocratie" ou empire maritime du roi Minos (Thucydide, I, 4). La civilisation mycénienne, du nom de la place fortifiée de Mycènes en Argolide, a laissé quelques-uns des vestiges les plus frappants de mesures prises pour écarter la menace qui pouvait peser sur une agglomération dans la seconde moitié du IIè millénaire av. J.-C. Les Anciens déjà avaient à l'appareil de la muraille de Mycènes le nom de "cyclopéen", car, selon eux seuls des Cyclopes étaient capables de déplacer des blocs d'une telle masse. Mycènes, Tirynthes, Athènes, l'île de Gla offrent des témoignages de l'énorme effort de défense consenti pour protéger la sécurité des habitants. Les citadelles succombèrent néanmoins à des attaquants qui, paradoxalement, restent des inconnus. Les Mycéniens ont laissé des armes offensives (poignards, rapières), une cuirasse de bronze, des casques, ainsi que des fresques et des reliefs représentant des chars. Des tablettes d'inventaire inscrites mentionnent l'existence de réserves de matériel, peut-être de chars de guerre. Le lien archéologique entre le monde mycénien et celui de la Grèce des Cités est marqué par la tombe de Lefkandi, en Eubée, où le mort, incinéré et enseveli dans un édifice imposant, était accompagné de quatre chevaux sacrifiés et enterrés à côté de lui. On peut reconnaître dans le mort l'ancêtre des "éleveurs de chevaux" ou "chevaliers" eubéens de Chalcis et d'Erétrie.
La guerre de Troie
La guerre de Troie n'a vraisemblablement pas eu lieu dans la forme dépeinte par Homère. Les héros de l'Illiade et de l'Odyssée n'ont sans doute pas eu d'existence historique. Toutefois, les deux poèmes, et surtout l'Illiade, contiennent des éléments qui permettent de se faire une idée du mode de combat prédominant à l'époque de leur composition. Les héros se combattent le plus souvent en duel, mais plusieurs allusions suggèrent l'affrontement de guerriers en formations de combat. Le char de guerre semble principalement utilisé pour le transport des hé












