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05 mai 2008
Corentin Carré : le plus jeune poilu de France ?
L'histoire de ce jeune Breton originaire du Faouët dans le Morbihan est exceptionnelle et est représentative d'actes de bravoure et de patriotisme qui peuvent surgir lors d'une guerre.
Corentin est le 9 janvier 1900 au Faouët, petite commune du Nord ouest du Morbihan. C'est un enfant issu d'un milieu paysan pauvre, typique de la Bretagne du début du siècle. Il est le benjamin d'une famille de 9 enfants.
Comme beaucoup de Bretons, de Français il voit ses amis, les hommes de sa famille partir à la guerre.
Contrairement à beaucoup de jeunes hommes qui à juste titre se réjouissent de ne pas partir trop tôt au front, Corentin lui, veut s'engager et défendre son pays.
A 15 ans, Corentin usurpe l'identité d'un Ardennais réfugié et s'engage dans l'Infanterie au 410e, un régiment formé de beaucoup de Bretons.
On le surnomme "La Bleusaille" dans les tranchées. Ce surnom est affectueux. Il incite fortement au respect par des actes de pure bravoure. Il est fait caporal le 25 février 1916. Il est blessé le 11 juin 1916 et devient sergent. Il est à ce titre cité à l'ordre du corps d'Armée. Il perdra cette citation lorsqu'il révélera sa véritable identité, mais sera à nouveau cité en avril et juin 1917.
Juste avant ses 17 ans, il décide d'écrire au Colonel afin de retrouver au front sa véritable identité :
" J'ai inventé de toute pièces l'identité que je porte depuis deux ans et réussi ainsi à venir au front faire mon devoir de soldat français. Mon père et ma mère, paysans bretons, ayant trois fils sous les drapeaux se sont rendus à mes raisons et m'ont laissé libre. J'aurai 19 ans le 9 janvier prochain. C'est pourquoi je vous écris pour savoir s'il ne serait pas possible de reprendre mon véritable nom ? J'ose m'adresser à vous, sans passer par la voie hiérarchique, parce que s'il ne m'était pas possible de changer d'identité sans quitter le front, je préférerai rester Ardennais jusqu'à la fin de la guerre et sans que mes chefs directs ne sachent la vérité. Je ne suis pas plus patriote qu'un autre, mais je considère qu'un français lorsqu'il est assez fort pour faire un soldat est un lâche s'il reste à l'arrière."
Lettre surprenante de maturité et de patriotisme pour un jeune homme de 16 ans.
La loi est la loi. Le général décide de dégrader le jeune sergent qui redevient 2e classe. Malgré tout le général de Division l'invite à sa table avec d'autres officiers.
Corentin prend la parole :
"Je ne me suis pas engagé pour faire parler de moi, pour que l'on dise celui là est un brave. Je préfère rester inconnu et je cherche que ma satisfaction personnelle du devoir accompli. Dans cette guerre, il ne faut pas dire c'est un serviteur de plus qui sauvera la France, mais il contribuera à la sauver ! La France à besoin de tous ses enfants. Tous doivent être prêts à se sacrifier pour elle. Je ne pourrai pas vivre sous le joug d'ennemis qui, à chaque instant, me feraient sentir leur supériorité. C'est pourquoi je suis soldat. La vie en elle même n'est rien si elle n'est bien remplie".
Ce discours émeut les officiers présents qui restent en admiration devant tant de bravoure et de courage. De rapides promotions suivront et le jeune Corentin Carré devient Adjudant. Après cette nomination il demande à être versé dans l'aviation car il juge trop difficile d'avoir sous ses ordres la responsabilité de 50 hommes. Il s'explique dans son carnet de guerre :
"Je quitte l'Infanterie, non pas pour les peines et les misères que nous endurons dans cette arme, mais parce que je trouvais que la responsabilité de cinquante vie humaines que je commandais un peu lourde pour mes jeunes épaules. Au revoir mes braves poilus, dans l'aviation, je tâcherais de montrer ce que vaut un poilu de nôtre régiment."
Le 20 juin 1917 il reçoit une réponse favorable à son incorporation dans l'aviation. Il part à Etampes en formation et est breveté le 9 septembre 1917. Il est affecté à l'escadrille S.O. 229 basée à Lemmes (Meuse). Cette escadrille est mise à disposition de la IIe armée.
Le 18 mars 1918, Corentin se retrouve pris en chasse par 3 avions allemands alors qu'il effectue une mission d'observation. Son avion s'enflamme et s'écrase dans les champs de la Meuse. C'est une version officielle. Il existe une autre explication. Il est probable que sa mort fut moins "glorieuse" et que lui et son mitrailleur Joseph Perrin ont été victime d'un tir de DCA.
Il repose aujourd'hui dans un petit village près de Metz Rembercourt-aux-pots.
Ainsi vécut, ainsi mourut Jean-Corentin Carré, le petit poilu du Faouët, qui, trois ans après avoir signé son engagement volontaire, fut tué à l'âge où les élèves de nos lycées préparent leur baccalauréat. Jean-Corentin Carré restera à jamais le type de l'enfant héros, non pas héros d'un instant, non pas héros qui s'affirme en un geste à la fois rapide et immortel, mais héros de tous les jours, de toutes les épreuves, de toutes les souffrances, héros de trois ans de guerre, que la guerre n'a jamais lassé, et qui, non content de résister, s'offre sans cesse pour attaquer, héros rural pour ainsi dire, sans rien d'apprêté ni de théâtral, héros symbolique de cet état d'âme admirable qui fut, pendant la guerre, celui de toute une jeunesse prête à prendre la place des aînés morts au champ d'honneur.
10:29 Publié dans 1ère Guerre Mondiale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note












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