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04 mai 2008
Le Caucase en guerre (1914-1921) (2/3)
Allemands, Anglais et Turcs : la course vers Baku
Les traités de Batoum marquent l'effondrement de la partie septentrionale et centrale du front chrétien que l'Entente avait essayé de mettre en place. Le front sud ne se porte pas mieux, même si les Britanniques ont la possibilité d'un accès plus direct à partir de Bagdad, occupée par eux depuis 1917. Le général Dunsterville, nommé le 14 janvier 1918 chef de la mission militaire britannique du Caucase, quitte un mois plus tard Hamadan pour Enzeli, sur la Caspienne. Il y trouve un soviet des soldats de la force expéditionnaire russe en Perse et des marins de la Caspienne et doit rebrousser chemin, retourner attendre des jours meilleurs à Hamadan (76). En même temps, le prince-héritier iranien, vice-roi de Tabriz, noyauté par les Allemands et les Turcs et un chef de la région de Gilan, Kutchuk Khan, à la tête d'un mouvement insurrectionnel qui pactise avec le soviet d'Enzeli, font barrage à la progression britannique vers le Caucase et la Caspienne.
Après avoir pris Van en avril, les Turcs attaquent la plaine d'Ourmia. Au même moment, le commandement turc à Mossoul prépare la campagne de Baku. L'état-major de la future "armée islamique", dirigé par Nuri Pacha, le frère d'Enver Pacha, quitte le 12 avril Mossoul et arrive le 4 mai à Tabriz avant de continuer
Ces préparatifs décident les Anglais à passer à l'action. L'occasion est donnée par le colonel Bitchérakov, commandant des Cosaques de la Perse, lequel, tout en faisant figure de bolchevik aux yeux du soviet d'Enzeli, entre en pourparlers avec Dunsterville. Pour suivre les événements de plus près, Dunsterville et son état-major se déplacent de Hamadan à Kazvin, tandis qu'une autre expédition.
franco-anglaise, la mission Wagstaff, quitte Khanakin et occupe le 31 mai Zend-jan, sur la route Tabriz-Téhéran (77). La mission a pour objectif de porter secours aux chrétiens d'Ourmia. Mais après la prise de Mianeh, l'expédition est bloquée par les Turcs qui envoient un détachement à Tabriz le 15 juin. Ce sont alors les forces arméniennes d'Antranik qui, quittant la région d'Erivan après le traité de Batoum et passant par Djoulfa et Khoy, viennent à la rescousse des Nestoriens. Mais elles sont repoussées par les Turcs. Antranik recule vers Djoulfa et ensuite vers Nakhitchévan. Cette ville est prise le 20 juillet et Antranik refoulé vers le Zanguezour. C'est alors seulement que les Turcs pourront utiliser la voie ferrée sur toute sa longueur et descendre en force vers Tabriz.
Le reste des forces turques en Azerbaïdjan iranien se porte sur Ourmia. La ville est investie jusqu'à la fin du mois de juillet, quand les Nestoriens tentent une sortie et arrivent, avec de lourdes pertes, traînant femmes et enfants avec eux, jusqu'aux lignes britanniques. C'est la fin de la nation nestorienne dont les survivants seront enfermés par les Anglais dans le camp de Baqubah, près de Bagdad, laissant derrière eux la ruine et la désolation dans la plaine d'Ourmia (78).
Au lendemain des traités de Batoum, les Allemands font un dernier effort pour arrêter les Turcs. Le maréchal Hindenburg intervient personnellement auprès d'Enver Pacha, mais ce dernier menace de démissionner (79). Un accord est alors signé le 17 juin entre l'armée turque du Caucase et la mission militaire allemande en Géorgie pour régler la traversée des troupes turques par le sud de la Géorgie, afin de se rendre de Karakilise (Kirovakan) à Akstafa, deux stations ferroviaires sur la ligne Alexandropol-Baku (80).
Les Allemands ne sont pas les seuls à s'inquiéter de la situation. Lénine est en communication permanente avec Chaoumian à Baku, par l'intermédiaire de Staline envoyé à Tcharitchine (Volgograd), le territoire soviétique le plus proche de Baku. Une offensive des troupes de Baku contre Gandja, la capitale de la République azerbaïdjanaise est décidée et démarre le 12 juin (81). Mais le gouvernement azeri avait déjà formulé, avant même la dissolution de la conférence de Batoum, la demande d'aide militaire prévue par le traité turco-azeri (82) et la cinquième division arrive à Gandja, où se trouve déjà Nuri Pacha, le 20 juin (83). La première action du commandement turc à Gandja est d'obliger le parti Mussavat de se retirer au profit d'un gouvernement dominé par les grands propriétaires terriens musulmans (84).
L'offensive de la commune de Baku avait avancé jusqu'à Gioktchay le 28 juin, quand une offensive turco-azerie l'obligea à reculer. Ainsi débuta la lente progression des Turcs vers Baku, émaillée d'événements multiples.
Ses arrières protégés par la mission Wagstaff, installée entre Mianeh et Zend-jan, Dunsterville revient à Enzeli le 27 juin et s'entend avec Bitcherakov. Celui-ci, jouant le bolchevik, doit se faire inviter par le soviet de Baku et préparer la voie pour l'arrivée de Dunsterville (85). Bitcherakov était en contact avec Chaoumian depuis le mois de mai (86). Le soviet d'Enzeli assura en juin Chaoumian que Bitcherakov était devenu un vrai bolchevik (87). Ainsi, celui-ci débarque à Baku le 5 juillet. Mais Lénine est sans illusions sur le sort de Baku et préfère s'adresser directement aux Allemands. Joffe, l'ambassadeur soviétique à Berlin, est en pourparlers avec les Allemands qui proposent d'arrêter les Turcs contre une partie du pétrole de Baku (88). L'assassinat de l'ambassadeur allemand à Moscou, le comte de Mirbach, freine les négociations tandis que la situation évolue sur le terrain.
L'arrivée de Bitcherakov n'empêche pas une nette victoire turque quelques jours plus tard et les troupes du soviet, composées en grande partie d'Arméniens refluent vers Baku. Le Conseil national arménien veut appeler les Britanniques et McDonell, le consul anglais à Baku, finance la contre-révolution (89). Le 25 juillet, Chaoumian et les bolcheviks sont mis en minorité par 258 voix contre 236. Ils sont destitués et remplacés par la "dictature centro-caspienne" qui fait appel aux Britanniques (90). L'appel est réitéré par le Conseil national arménien le 27. Un premier détachement arrive le 4 août (91), alors que les Turcs avaient assiégé la ville depuis le 1er. Un déplacement plus important des troupes dans la Caspienne nécessite la mise en place d'une flotte, ce qu'avait décidé l'amirauté britannique. Une nouvelle mission britannique arrive à cet effet à Enzeli au mois d'août et la Dunsterforce débarque à Baku le 17 du mois (92).
Moscou essaie de s'opposer jusqu'au bout à l'arrivée de Dunsterville, convaincue que les Turcs seraient plus faciles à déloger que les Britanniques. Mais quand il ne resta plus rien à faire il fallut reprendre contact avec les Allemands. Ainsi une annexe au traité de Brest-Litovsk sera signée le 27 août à Berlin. La Russie accepte la reconnaissance de la Géorgie par l'Allemagne et en contrepartie celle-ci s'engage d'interdire l'accès au Caucase de toute force armée appartenant à une troisième puissance, c'est-à-dire les Turcs, mais aussi la Grande-Bretagne. Dans un protocole secret annexe, la Russie accepte de fournir du pétrole et du manganèse géorgien à l'Allemagne (93).
Informé de cet accord, Talât Pacha, le Premier ministre turc, arrive le 7 septembre à Berlin pour défendre sa cause. Selon lui, la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan devraient servir d'États tampons contre la Russie, tandis que l'avance de la Turquie vers l'est devrait permettre d'organiser militairement les 14 millions des musulmans du Turkistan, qui pourraient combattre aussi bien la Russie que l'Angleterre (94). Pendant ce temps, l'armée turque, solidement installée à Tabriz, occupe Mianeh le 9 septembre et le col de Kaflan-kuh entre cette ville et Zend-jan, repoussant la mission Wagstaff (95).
Baku tombe le 15 septembre, évacuée à la dernière minute par Dunsterville. Un massacre fera près de 12.000 morts parmi les Arméniens. Les Turcs ont bien l'intention de traverser la Caspienne et d'occuper Recht et Enzeli (96), mais ce sont les Anglais qui détiennent la flotte. Alors "l'armée islamique" de Nuri Pacha semble vouloir tout simplement contourner la Caspienne. Elle avance vers le Daghestan, Derbent est prise, et elle continue vers Petrovsk. Dunsterville, après s'être réapprovisionné à Enzeli, poursuit les troupes turques avec sa flotte. Il arrive ainsi le 6 novembre devant Petrovsk (Mahackala), défendue par Bitcherakov et assiégée par les Turcs... sept jours après l'armistice signé le 30 octobre entre la Turquie et l'Entente et mettant fin à la participation de l'Empire ottoman à la guerre mondiale. Mais Nuri Pacha ne veut rien savoir et se déclare au service de l'Azerbaïdjan et de la République du nord du Caucase en vertu des traités de Batoum. Bitcherakov s'embarque avec Dunsterville et les Turcs occupent Petrovsk.
Ce jeu ne peut pas pourtant durer encore longtemps. Le gouvernement turc avait promis en signant l'armistice d'évacuer le Caucase. Le général britannique Thomson, venant d'Enzeli, débarque le 17 novembre à Baku, triomphalement accueilli par le gouvernement azerbaïdjanais (97). Quelques jours plus tard, d'autres troupes britanniques venant d'Istanbul débarquent à Batoum.
Protectorat britannique sur l'Azerbaïdjan
Après le vide créé par la disparition de la Russie fin 1917, un deuxième vide sera créé un an plus tard dans la région avec l'effondrement de l'Empire ottoman. Toutefois, aucune des deux puissances n'entend abandonner le Caucase et chacune fait tout pour essayer de le récupérer. Mais, à cette fin 1918, une troisième puissance s'installe dans la région. Il s'agit de la Grande-Bretagne, qui dispose en cette fin de guerre de peu de moyens matériels pour contrôler une région aussi turbulente. Elle essaie de pallier cette insuffisance par le jeu diplomatique, de plus en plus difficile à mener.
Les milieux les plus impérialistes de Londres veulent conserver le Caucase, sous prétexte qu'il s'agit d'un des boulevards de l'Inde, mais en réalité à cause du pétrole de Baku. En même temps, la Grande-Bretagne appuie et finance les forces contre-révolutionnaires russes du général Denikine, lequel entend récupérer la totalité de l'Empire russe. La première année qui suit l'armistice, époque pendant laquelle la Russie et la Turquie ne sont pas encore de retour dans le Caucase, sera alors marquée par les luttes internes des États régionaux et leur opposition aux forces du général Denikine.
Lors de l'intermède de la domination des puissances centrales en Transcaucasie, la Géorgie et l'Azerbaïdjan, protectorats respectifs de l'Allemagne et de la Turquie, seront les plus favorisés, contrairement à l'Arménie. Pendant la domination britannique en 1919, la situation ne sera pas fondamentalement différente, puisque l'Azerbaïdjan dispose toujours du pétrole et que celui-ci traverse toujours la Géorgie pour aboutir au port de Batoum, promis à la Géorgie, mais occupé par les Britanniques. Quant à l'Arménie, elle est plus que jamais la mauvaise conscience de l'Entente, qui lui promet de vastes territoires anatoliens sans les moyens de les conquérir et de les conserver. Cette frustration, liée à l'entassement de centaines de milliers de réfugiés dans un territoire minuscule, entraîne une politique agressive vouée à l'échec.
Les traités de Batoum, qui étaient pour la Turquie des façades juridiques servant de prétexte à l'invasion du Caucase, étaient loin de pouvoir régler les frontières entre les trois républiques. De plus, le retrait des Turcs à partir d'octobre 1918 laissera des vides, que chaque république, mais notamment l'Arménie, tentera d'occuper, entraînant ainsi d'inévitables conflits. Déjà au début du mois d'août 1918, Nuri Pacha demande l'annexion du Karabagh à l'Azerbaïdjan. La République arménienne n'a pas à l'époque les moyens de contrôler directement la région. La première assemblée du Karabagh, réunie courant août, refuse les exigences de Nuri Pacha. Celui-ci réitère sa demande après la prise de Baku, mais une deuxième assemblée, réunie entre le 20 et le 24 septembre, lui oppose un second refus. Un détachement turco-azeri est alors envoyé contre Chouchi, la capitale. La population arménienne y réunit sa troisième assemblée du 5 au 8 octobre, qui se trouve obligée de céder aux pressions. Les Turcs entrent le 8 octobre à Chouchi. Mais les villages sont en sédition et le mois suivant, profitant du retrait turc, les Arméniens reprennent le contrôle de la région (98).
Le commandant en chef des forces britanniques du Caucase, le général Thomson, est dans les meilleurs termes avec le gouvernement azerbaïdjanais, ce qui permet à la Grande-Bretagne d'obtenir de très grandes quantités de pétrole. Considérant que l'Arménie doit être rétribuée par des vastes territoires en Anatolie et que les montagnes du Karabagh constituent le lieu de pâturage estival des éleveurs azéris, il autorise le 15 janvier 1919 la nomination d'un gouverneur azéri pour les provinces du Karabagh et du Zanguezour. La population du Karabagh est composée à l'époque de 165.000 Arméniens et de 59.000 Azéris, celle du Zanguezour de 101.000 Arméniens et de 120.000 Azéris (99). Mais le Zanguezour est occupé depuis juillet 1918 par les bandes d'Antranik, qui attaquent systématiquement les villages musulmans.
L'administration azerbaïdjanaise pénètre sous protection britannique au Karabagh à la mi-février 1919, tandis que les Arméniens tiennent à Chouchi leur quatrième assemblée. Celle-ci refuse de se soumettre et les pourparlers se poursuivent lors de la cinquième assemblée, tenue fin avril avec la participation du gouverneur azéri et du général Shuttleworth, successeur de Thomson. Le refus arménien persiste et les relations s'enveniment. Les Azéris passent à l'attaque le 2 juin. La sixième assemblée du Karabagh, réunie le 29 juin, accepte la recherche d'un compromis et, enfin, la septième assemblée, tenue entre le 12 et le 15 août 1919 accepte l'autorité azérie (100).
La retraite turque
En octobre-novembre 1918, les Turcs évacuent la zone située entre Alexandropol (Leninakan) et Karakilise (Kirovakan) et ses contreforts nord qui constituent la région de Lori, située au sud du district de Bortchalou, frontière entre la Géorgie et l'Arménie. Les Arméniens occupent aussitôt les territoires évacués au grand dam des Géorgiens. Un conflit est alors évité de justesse, mais quand la population arménienne du reste du Bortchalou se révolte en décembre pour demander son annexion à l'Arménie, l'armée de ce pays traverse la frontière le 14 décembre et une guerre arméno-géorgienne éclate. Elle est arrêtée le 31 du mois par l'intervention des Britanniques qui déclarent le district de Bortchalou, zone neutre sous contrôle allié (101).
La situation est beaucoup plus complexe dans les régions situées entre les républiques transcaucasiennes et la ligne de retraite des forces turques qui est la frontière de 1914. Enver Pacha envoie des instructions précises à l'armée du Caucase en octobre 1918. Celle-ci doit armer, avant de se retirer, les populations kurdes et turques, en laissant également derrière elle des officiers capables d'organiser politiquement et militairement la région, l'objectif principal étant d'empêcher le rapatriement des Arméniens. Ainsi, dès octobre 1918, la population musulmane des districts d'Akhaltsikh et d'Akhalkalaki prend l'administration en main et stoppe la progression des Géorgiens (102). Le 11 novembre est fondé à Kars un soviet (Choura) national islamique, comprenant les territoires acquis par la Turquie en vertu du traité de Brest-Litovsk, que Moscou venait de dénoncer. D'autres soviets seront fondés à Sourmalou (Igdir) et à Nakhitchevan. Des congrès sont convoqués le 30 novembre à Kars et du 3 au 9 janvier à Ardahan (103). Le 8 janvier, les Arméniens signent avec le général Forestier-Walker, commandant des forces britanniques à Batoum, un accord pour l'établissement d'une administration civile arménienne à Kars (104). Mais quand l'administration arménienne, escortée par les Anglais, arrive à Kars le même scénario qu'à Karabagh se produit. Les musulmans refusent de se soumettre (105). Un grand congrès se réunit à Kars entre le 12 et le 18 janvier et proclame le gouvernement national provisoire du sud-ouest du Caucase. Le général Thomson arrive alors à Kars et reconnaît de fait ce gouvernement, tandis que l'administration arménienne fait demi-tour (106). Les Turcs et les Kurdes rendant impossible tout rapatriement arménien vers l'ouest, les Arméniens décident alors, en janvier, d'attaquer le Nakhitchevan (107). Les Anglais doivent encore intervenir pour prendre en charge l'administration de cette région. Entraîné de plus en plus dans le guêpier du Caucase, le général Thomson convoque les dirigeants géorgiens et arméniens à Tiflis du 6 au 8 avril. Le différend arméno-géorgien est réglé avec un échange de territoires entre le district de Bortchalou, affecté à l'Arménie, et celui d'Akhalkalaki, qui doit passer sous juridiction géorgienne. Ensuite, Thomson propose aux Arméniens de les aider pour prendre le contrôle de Kars et de Nakhitchevan s'ils acceptent de céder aux Azéris le Karabakh et le Zanguezour (108). Suite à un accord de principe, Thomson occupe Kars le 13 avril et dissout le gouvernement du sud-ouest du Caucase. Le 30, l'administration est transférée aux Arméniens (109). En même temps, les Géorgiens sont autorisés à occuper Akhaltsikh et Akhalkalaki, ainsi que Ardahan et Çildir au-delà de la frontière de 1878. Un dernier « soviet », celui d'Oltu, à l'extrême ouest du territoire cédé à la Turquie par le traité de Brest-Litovsk, est dissous le 3 mai (110). Enfin, les Anglais se retirent de Nakhitchevan, laissant l'administration aux Arméniens. Nous avons vu en revanche que le Karabakh ne sera pas cédé aux Azéris avant les affrontements du mois de juin ; quant au Zanguezour, il reste sous contrôle arménien. De même le colonel Rawlinson, qui visite la région de Kars en juillet, constate qu'en dehors des villes tout le reste du territoire est tenu par les Kurdes, depuis la vallée d'Araxe jusqu'à Oltu et Ardahan (111). A la même époque (19-20 juillet), les musulmans du Nakhitchevan attaquent les Arméniens et les obligent à évacuer le district (112).
Les armées blanches
En ce qui concerne le nord du Caucase, les Britanniques, tout en essayant d'obtenir l'évacuation des troupes turques, prennent sous leur protection la République du nord du Caucase (113). Le Daghestan possède également du pétrole et constitue toujours un passage commode pour approvisionner Denikine. Mais celui-ci, de plus en plus conforté par les subsides britanniques, met en œuvre sa volonté de réunifier les anciens territoires russes. Le soviet de Vladikavkaz, présidé par le bolchevik Ordjonikidzé, est attaqué une première fois par les Cosaques du Terek en août 1918 et doit se réfugier chez les Tchetchènes et les Ingouches qui l'aident à récupérer la ville constituant l'entrée nord du Caucase (114). En janvier 1919, Denikine occupe Vladikavkaz (115). En février, il soumet les soviets des paysans abkhazes qui avaient chassé les bolcheviks l'été précédent, avec l'aide des Géorgiens (116). La frontière entre la Géorgie et Denikine s'établit sur le fleuve Bzyb, entre l'Abkhazie et la Mingrélie. Le commandant britannique du Caucase doit prévenir Denikine le 22 février que, si celui-ci empiète sur de nouveaux territoires au Caucase, l'aide militaire aux volontaires cesserait. Mais au fur et à mesure que Denikine devient le fer de lance de la guerre contre Moscou, ces interdits sont de moins en moins respectés. Celui-ci occupe en mars le Daghestan, la flotte caspienne, que les Britanniques lui avaient cédée, sert à bombarder les quartiers musulmans de Derbent, et enfin les Britanniques l'autorisent à occuper Derbent et Petrovsk en mai (117). Les enrôlements et les contributions forcés poussent toutefois très vite les montagnards à la révolte. Dès le mois de mars, les paysans abkhazes, refusant de s'enrôler, créent un mouvement insurrectionnel, l'Armée verte. En juin, ce sont les Ingouches qui se révoltent, suivis en août par les Tchétchènes (118).
En automne, la révolte est générale au nord du Caucase, au moment où Denikine tente son assaut final contre Moscou. La résistance à Denikine forme un conseil de défense dans lequel on trouve les bolcheviks d'Ordjonikidzé, les socialistes, les nationalistes, les chefs religieux musulmans qui commandent les "régiments de la charia" et l'inévitable Nuri Pacha, lequel, s'échappant des geôles britanniques de Batoum, vient prêter main forte à ses anciens protégés (119). Géorgiens et Azéris aident cette révolte, malgré les protestations britanniques, et Denikine ne trouve grâce qu'aux yeux des Arméniens. Un échange de représentants se fait entre Erivan et Ekaterinodar (Krasnodar), la base de Denikine. Celui-ci approvisionne l'Arménie en armes et munitions et garantit l'émission de monnaie arménienne au nom de la banque centrale russe (120).
La position des Britanniques, pris dans cette mêlée, évolue au cours de l'année 1919. Le 31 octobre 1918, le lendemain de l'armistice turc, le War Office décide l'occupation de Baku et de ses puits pétroliers (121). Mais, contrairement à l'accueil chaleureux du gouvernement azéri, les Géorgiens se montrent beaucoup plus réticents. Le 26 novembre, le ministre des Affaires étrangères Gegetchkori rencontre Thomson pour essayer d'empêcher l'entrée des forces britanniques en Géorgie (122). Le 3 décembre, l'Eastern Committee, comité interministériel britannique chargé des affaires du Moyen-Orient, présidé par lord Curzon, se réunit et décide, sur les instances de ce dernier, d'occuper Batoum, Baku et le chemin de fer entre les deux villes, ainsi que de placer sous son contrôle les pétroles de Baku. La décision est endossée par le Foreign Office le 13 (123). Thomson à Baku prend en charge l'administration et dénationalise les pétroles. Le 24 décembre, les Géorgiens, en guerre avec les Arméniens, doivent céder devant les pressions britanniques et ceux-ci occupent Batoum avant la fin de l'année, tout en installant une garnison à Tiflis (124).
A la recherche d’un mandataire
Mais, dès le début de l'année 1919, des mouvements de révolte en Angleterre même, en faveur de la démobilisation, démontrent l'impossibilité pour la Grande-Bretagne de prendre en charge l'Empire russe, en plus du sien. Conscient du danger, Balfour rédige le let février un mémorandum proposant de transférer l'occupation de la Transcaucasie à... l'Italie (125). L'idée consiste à faire porter le fardeau par le maillon impérialiste le plus faible de l'alliance, celui que l'on a les moyens de contrôler le plus facilement. C'est la même politique qui enverra quelques mois plus tard les Grecs nettoyer l'Asie Mineure des nationalistes turcs. Les Italiens acceptent, à condition de pouvoir également intervenir à Konya, au centre de l'Anatolie, zone convoitée par eux depuis longtemps (126). La décision est officiellement prise lors du Conseil supérieur de la guerre du 9 avril, malgré l'opposition de Curzon, qui qualifie cette opération de folie (127). L'évacuation de Baku doit commencer le 15 juin et le 15 mai le commandement britannique informe le gouvernement azerbaïdjanais (128). Celui-ci, consterné, demande à son représentant à Paris de contacter la délégation britannique à la Conférence et de solliciter un mandat britannique pour l'Azerbaïdjan (129). Mais le gouvernement italien change le 19 juin, le nouveau Premier ministre Nitti se rend compte de l'incongruité de l'opération et l'annule.
On doit alors chercher un nouveau protecteur pour le Caucase et les yeux se tournent vers les États-Unis, dont les milieux missionnaires font une campagne importante pour un mandat américain sur l'Arménie. Dès le 28 juin, la Conférence de Paix à Paris décide de nommer un commissaire résidant en Arménie, pour coordonner l'aide humanitaire, et le 5 juillet, on décide que ce sera un Américain, le colonel Haskell (130). Les États-Unis ne peuvent toutefois pas jouer le même rôle que l'Italie et la Standard Oil Company s'intéresse vivement aux pétroles du Caucase. Ainsi, Curzon décide le 22 juillet de nommer un commissaire britannique pour le Caucase, résidant à Tiflis (131). En revanche, Balfour, qui est la personnalité la plus proaméricaine du gouvernement britannique, insiste dans une lettre, écrite le 9 août au Premier ministre Lloyd George, sur une attribution du mandat aux Américains. Disons aux Américains — écrit-il — que nous partons le 30 septembre et que s'ils ne nous remplacent pas les Arméniens seront massacrés (132). Mais l'ambassadeur américain à Londres, contacté par Curzon, paraît fort sceptique sur les chances de réussite de l'opération. Les Américains deviennent de nouveau non interventionnistes, dit-il (133). Curzon réussit alors à obtenir une prolongation de l'occupation britannique.
Entre-temps, les Géorgiens font un accueil enthousiaste à Wardrop, le commissaire britannique, et proposent aux Anglais des "concessions économiques, industrielles et commerciales" s'ils consentent de rester (134). Le 13 octobre, le gouvernement géorgien sollicite à son tour le mandat britannique (135). Ainsi, au fur et à mesure que l'Entente se voit dans l'obligation de se dégager, les républiques transcaucasiennes sollicitent de plus en plus sa présence. Mais il est vrai qu'à partir de l'automne de nouveaux nuages s'amoncellent à l'horizon du Caucase.
Le retour des Turcs et des Russes
Le retrait des forces britanniques du Caucase pouvait être considéré par Londres comme moins grave tant que l'Empire ottoman était moribond et la victoire de Denikine fort probable. Mais la situation allait se modifier à partir de l'automne.
Le mouvement national turc prend consistance durant l'été 1919 autour d'un jeune général, Mustafa Kemal (le futur Atatürk). Un premier congrès, réuni à Erzeroum en juillet, groupe les représentants des provinces orientales, décidés à résister à la création d'une grande Arménie. Le congrès de Sivas, réuni en septembre, élargit à toute l'Anatolie et à la Thrace orientale la volonté de former un État national turc à l'intérieur des limites de l'armistice du 30 octobre 1918, dont la frontière orientale serait celle du traité de Brest-Litovsk. Le bras armé du mouvement dans l'Est anatolien est le 15e corps d'armée stationné à Erzeroum. De là, des officiers partent renforcer les mouvements musulmans de résistance qui pullulent dans le no man's land politique de l'Ouest caucasien, que Géorgiens et Arméniens n'arrivent pas à maîtriser. Un de ces officiers est Halil Pacha, l'oncle d'Enver Pacha et ancien habitué du Caucase. Il est envoyé par Mustafa Kemal lui-même "prendre contact avec les bolcheviks" (136). A partir de ce moment, la question de la liaison entre le mouvement national turc et la Russie soviétique se pose. Dans l'impossibilité de contrôler la voie ferrée et la mer Noire tenues par les Anglais, le passage obligé est le "couloir musulman" reliant l'Anatolie à l'Azerbaïdjan par le Nakhitchevan, le Zanguezour et le Karabakh. Sur ce chemin, il y a deux obstacles : les Arméniens, mais aussi le gouvernement azerbaïdjanais, de plus en plus dépendant des Britanniques. Aussi les officiers turcs en Azerbaïdjan, tout en essayant de mobiliser l'armée azérie contre l'Arménie, s'allieront-ils au parti communiste azerbaïdjanais pour renverser le régime.
En novembre 1919, l'Azerbaïdjan, qui contrôle déjà le Karabagh, attaque le Zanguezour, mais il est repoussé. Les Britanniques convoquent alors une conférence arméno-azerie à Tiflis, qui décide un cessez-le-feu et l'ouverture de la route traversant le Zanguezour. Une seconde réunion est prévue à Bakou, mais entre-temps les Arméniens attaquent le Karabagh et la guerre reprend (137). Au début de l'année 1920, les Arméniens attaquent aussi le Nakhitchevan, mais ils sont repoussés grâce aux renforts envoyés d'Erzeroum. La guerre continuera tout au long du printemps (138). Pendant ce temps, la conférence qui se réunit à Londres en décembre 1919 pour préparer le traité de paix avec la Turquie, penche pour l'attribution aussi bien du haut Karabakh que du Zanguezour et du Bortchalou à l'Arménie (139), tandis que Curzon propose la création d'un État libre de Batoum, avec un port franc, sur le modèle de Dantzig. A cette date, Batoum apparaît comme le seul réduit que l'Entente pourrait tenir dans le Caucase (140).
La fin de l'année 1919 voit également la déroute des armées de Denikine qui refluent vers le sud talonnées par l'Armée rouge, tandis que les peuples du nord du Caucase traversent une éphémère période d'indépendance. A l'ouest, le pays abkhaze est tenu par l'Armée verte, mouvement paysan. Celui-ci réunit son premier congrès le 18 novembre 1919 et se prononce pour "la terre et la liberté" contre la réaction et le communisme. Sotchi est pris le 2 mars 1920 et un congrès extraordinaire paysan y est tenu le 24 du même du mois. Le mouvement sera submergé un mois plus tard par les fuyards de l'armée des volontaires qui déferlent vers la Géorgie, poursuivis par l'Armée rouge (141). Au Daghestan, la victoire fait éclater la coalition hétéroclite. Nuri Pacha s'allie aux chefs religieux pour combattre les bolcheviks. Cela cause un grand désagrément en Anatolie, puisque la réaction daghestanaise devient un obstacle supplémentaire à la liaison entre les
I soviets et les Turcs. Nuri Pacha est désavoué et quand la XIe armée rouge occupe le Daghestan au début de l'année 1920, il s'enfuit en Azerbaïdjan pour se mettre à la tête des régiments azéris qui se battent contre les Arméniens au Karabakh (142).
Sauver le pétrole
Le 2 janvier 1920, Tchitcherine envoie une note aux gouvernements de l'Azerbaïdjan et de la Géorgie dans laquelle, après leur avoir annoncé la défaite de Denikine, il leur propose un pacte militaire pour son anéantissement final (143). Le lendemain, Wardrop, le commissaire britannique à Tiflis, écrit à Londres pour reprendre l'idée du front du Caucase, cette fois-ci contre les Soviétiques. Celui-ci devait être formé par la Géorgie et l'Azerbaïdjan avec l'aide britannique (144).
Quelques jours plus tard, les représentants britanniques à Tiflis et à Baku transmettent la demande des gouvernements de Géorgie et d'Azerbaïdjan de leur reconnaissance par l'Entente, afin de pouvoir entreprendre des relations d'État à État avec Moscou. C'est également le sens de leur réponse à Tchitcherine (145). Ces télégrammes trouvent Curzon à Paris. Les ministres des Affaires étrangères de l'Entente s'y réunissent le 10 et décident la reconnaissance de facto de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan (146). Curzon communique cette décision à Londres et demande la réunion d'urgence de l'Eastern Committee. En même temps, il rédige une note pour le Conseil supérieur de la guerre où il propose, "pour éviter la jonction des hordes bolcheviques et musulmanes en Transcaucasie", de diriger les envois militaires, destinés jusque-là à Denikine, vers l'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Géorgie, en y ajoutant une aide financière et alimentaire, d'envoyer des troupes à Batoum et à Baku et de reprendre le contrôle de la flotte caspienne (147). Le Conseil supérieur, qui se réunit le même jour, est toutefois beaucoup moins vat-en guerre. Il faut des "troupes blanches" pour réaliser cette opération, dont l'Entente ne dispose pas, et en plus il faudrait trois mois pour la mettre en place (148). Ce même 12 janvier se réunit à Londres l'Eastern Committee. Le chef d'état-major présente trois lignes de défense des intérêts orientaux de l'Empire britannique :
a) la ligne Istanbul, Batoum, Baku, Krasnovodsk (sur la rive est de la Caspienne), Merv (en Asie centrale). Celle-ci nécessite le contrôle de la mer Noire et de la Caspienne ainsi que sept divisions ;
b) la ligne Istanbul, Batoum, Baku, Enzeli, Téhéran, Machad. Celle-ci peut faire l'économie d'une flotte caspienne ;
c) nord de la Palestine, Mossoul, un point au nord de Khanakin (sur la frontière irano-irakienne). Sir Henry Wilson conclut que la troisième ligne est seule possible. En ce qui concerne le Caucase, les Britanniques peuvent encore conserver une force à Batoum à condition de ne pas tomber dans la même situation que les Français à Odessa quelques mois plus tôt (149). Wilson pense en outre que livrer des armes aux Géorgiens ou aux Azéris équivaudrait à les livrer aux Soviétiques, puisque la "bolchevisation" de ces deux républiques était inévitable (150).
Curzon pourtant insiste et fait venir les principaux ministres à Paris, où une conférence interministérielle britannique se tient le 16. Le clan pétrolier, Curzon, Walter Long, le ministre des hydrocarbures, et lord Beatty, premier lord de l'Amirauté, qui contrôle la British Petroleum, défendent la première ligne. Ils sont appuyés par lord Montagu, ministre des Indes. Churchill juge toute défense inutile et propose d'attaquer par la Pologne ou la Finlande. Enfin, pour Lloyd George, la ligne de défense doit être plus idéologique et économique que militaire. La réponse sera donnée par un ministre resté à Londres, sir Robert Horne, ministre du Travail, qui télégraphie le 18 que la situation économique et sociale est catastrophique, que de grandes grèves se préparent et que, dans ces conditions, il n'est pas question d'entreprendre de grandes opérations outre-mer (151). Le Conseil supérieur de guerre, qui se réunit le 19, décide de se contenter d'une aide en armes et munitions et d'utiliser le "matériel vivant" sur place pour faire face au danger (152).
L'entente impossible. La prise de l'Azerbaïdjan
Pour essayer de mettre en route ce programme, les représentants de l'Entente à Paris ou sur le terrain essaient de former un semblant d'unité entre les différents peuples du Caucase. Ce qui se révèle être une tâche impossible. Curzon, dans un dernier sursaut, tente de conserver Batoum, en lui conférant le statut d'État libre placé sous la Société des Nations, mais les Géorgiens ne veulent pas en entendre parler (153). La Conférence décide alors de l'attribuer à la Géorgie à condition que les Arméniens puissent avoir un accès à la mer, mais les délégations des deux pays n'arrivent pas à s'entendre (154). Sur place, on essaie de mettre d'accord l'Azerbaïdjan et l'Arménie, toujours en guerre. Wardrop demande le 23 janvier l'arrêt de l'agression contre les villages musulmans et le retrait des forces arméniennes du Zanguezour (155). Les choses se compliquent encore quand le colonel Stokes, envoyé à Erivan, accuse les Français d'appuyer les visées arméniennes sur le Zanguezour à cause des mines de cuivre qui s'y trouvent (156). Poidebard, le représentant français à Erivan, essaie de son côté d'obtenir une alliance entre les Arméniens et les Kurdes de Sourmalou (157), évidemment sans succès.
Stokes, qui remplace Wardrop, propose aussi d'aider le Daghestan contre les Soviétiques, tandis que Nuri Pacha semble de plus en plus inféodé aux Anglais. C'est alors Halil Pacha qui oeuvre pour la soviétisation de l'Azerbaïdjan. Il fonde ainsi dans les premiers mois de 1920, avec d'autres officiers turcs, un parti communiste turc à Baku, le premier à porter ce nom (158). Celui-ci collabore avec le parti communiste d'Azerbaïdjan qui tient son congrès à Baku en février (159). En attendant l'arrivée de l'Armée rouge, Halil Pacha commande à Chouchi les détachements irréguliers azéris contre le Zanguezour (160).
Au début du mois d'avril, la situation se présente de la façon suivante. L'Armée rouge tient la ligne Petrovsk-Vladikavkaz-Novorossisk. Le gouvernement azerbaïdjanais, après avoir essuyé un refus anglais à sa demande d'occuper le Daghestan au sud de cette ligne, envoie ses meilleures troupes au Karabakh combattre les Arméniens (161). Nuri Pacha quitte le Daghestan et part commander le front du Karabakh, tandis que Halil Pacha est à Baku et se prépare selon la propagande communiste à prendre le commandement de la XIe armée rouge. Le 26 avril, Mustafa Kemal, déjà président de l'Assemblée nationale turque, réunie à Ankara le 23, adresse sa première lettre à Lénine. En contrepartie d'une attaque soviétique sur la Géorgie, il propose d'attaquer l'Arménie et de faire entrer l'Azerbaïdjan dans le giron des "États bolcheviques" (162). Le lendemain, le Comité central du parti communiste azerbaïdjanais présente un ultimatum au gouvernement demandant sa démission dans un délai de douze heures. Le 28, un train blindé entre dans la gare de Baku avec Ordjonikidzé et Kirov. Ils sont suivis par la XIe armée qui pénètre dans la ville sans tirer un coup de fusil (163).
Les relations turco-soviétiques et l'Arménie
Le premier acte du gouvernement soviétique de l'Azerbaïdjan est l'envoi d'un ultimatum à l'Arménie, demandant l'évacuation du Karabakh et du Zanguezour (164). En même temps, une délégation soviétique quitte Baku pour Tiflis. Le 7 mai, un traité de paix soviéto-géorgien est signé. L'indépendance de la Géorgie est reconnue et Batoum lui est attribué. Cela n'empêche pas la délégation géorgienne de contacter le Foreign Office le 11 mai pour demander des armes contre les Soviétiques (165), ni les accrochages qui se produisent entre les deux armées sur la frontière (166).
Il semble pendant un moment que l'expansion soviétique va submerger tout le Caucase. Une insurrection communiste éclate le 1er mai en Arménie et le 18 la flotte soviétique occupe Enzeli, dernier port britannique sur la Caspienne. Mais la situation est rapidement rétablie en Arménie où Alexandropol est repris aux insurgés le 15 mai (167). Une délégation arménienne arrive à Moscou le 22 en vue des négociations pour une paix soviéto-arménienne.












