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04 mai 2008
Le Caucase en guerre (1914-1921) (1/3)
Le Caucase réunit tous les ingrédients pour être une région agitée. Les frontières actuelles y sont encore compliquées. Lieu de passage, c'est aussi un lieu de refuge ; lieu de passage nord-sud par les portes de Fer, qui contrôlent à la hauteur de Derbent la route qui longe le littoral de la mer Caspienne, ces portes de Fer qu'Alexandre le Grand aurait verrouillées, selon les légendes chrétiennes et musulmanes pour empêcher le déferlement de Gog et Magog sur le Moyen-Orient ; lieu de passage d'est en ouest par la vallée de l'Araxe, qui permet de relier facilement Tabriz à Erzeroum, la Perse à l'Anatolie.Lieu de refuge, il l'est par ses montagnes. Les innombrables vallées qui se creusent au nord de la grande chaîne du Caucase abritent autant de peuples d'origines diverses, reliques des grandes invasions, lesquelles, depuis les Scythes jusqu'aux Kalmouks (XVIIe siècle), ont traversé d'est en ouest la steppe russe. En revanche, le petit Caucase donna refuge, à une époque plus récente, aux Arméniens fuyant les incessantes guerres turco-persanes. Entre les deux massifs, la grande faille, traversée par le Kura à l'est et le Rioni à l'ouest, est occupée par les Turcs Azeris et les Géorgiens.
A l'intérieur de ce schéma très grossier, toute prétention d'exhaustivité serait vouée à l'échec. A l'extrême nord, la steppe située entre le Don et la Volga est le pays des Tatars Nogaï et des Kalmouks, derniers arrivés et islamisés à partir du XVIIe siècle. Plus au sud, adossés aux contreforts nord du grand Caucase et regardant vers la mer Noire se trouvent les Circassiens, ou Tcherkess, partiellement christianisés sous l'influence byzantine et islamisés à partir du XVIIe siècle aussi. On trouve ensuite, en longeant vers l'est les pentes septentrionales du Caucase, les Karatchaï et les Balkars qui sont des Turcs, les Kabardins qui font partie du groupe circassien, les Ossètes, lesquels, situés à l'endroit où le Caucase est franchi du nord au sud par le col de Daryal, débordent également sur le versant méridional de la chaîne. Ce sont des Indo-Européens, descendants des Alains. Ensuite viennent les Tchetchènes et les Ingouches, peuples également caucasiens — encore que cette dénomination couvre tous ceux qui ne sont pas indo-européens ou turcs —, et on arrive au Daghestan, qui borde la mer Caspienne, dont la situation de pays de montagne et de passage à la fois en fait un microcosme de la complexité caucasienne. Il est ainsi réputé pour avoir la composition ethnique la plus complexe du monde. Disons simplement qu'on y trouve trois grands groupes, les Avars au nord, les Laks au centre et les Lesgiens au sud, et renonçons d'entrer dans les détails.
Au sud du grand Caucase, une composition ethnique relativement plus simple (les trois grands groupes, Arméniens, Azeris, Géorgiens, plus les Abkhazes, entre le Caucase et la mer Noire et les Lazes, apparentés aux Géorgiens, à l'extrême est de la Turquie actuelle) est contrebalancée par la complexité politique. Les anciens royaumes de la Géorgie et de l'Arménie, tiraillés entre Byzantins et Persans, subissant les invasions arabes, turques et mongoles, se morcelèrent et finirent par tomber dans l'aire d'influence des Turcs-Ottomans et des Persans.
Au XVIIIe siècle, avant l'apparition des Russes dans la région, la situation se présente grossièrement de la façon suivante. La Géorgie est divisée en trois principaux royaumes : celui de Kartli, ayant comme capitale Tiflis (Tbilissi), héritier de l'ancien royaume géorgien ; au nord-est, celui de la Kakhétie, adossé au Caucase ; à l'ouest, celui de l'Imérethie, autour de Kutais. Les deux premiers sont contrôlés par les Persans, le troisième par les Ottomans. Le littoral de la mer Noire échappe à ces royaumes et l'on y trouve trois autres principautés, tributaires des Ottomans : l'Abkhazie au nord, entre Sotchi et Soukhoumi, la Mingrelie au milieu, entre Soukhoumi et Poti, et la Gourie au sud, entre Poti et Batoum. Le Sud-Ouest forme à son tour la double principauté de Samskhé-Saatabago (pays des Meskhets - pays des Atabeks), dont les souverains, islamisés au XVIIe siècle, finirent par être de simples gouverneurs ottomans. Il faut enfin ajouter les régions montagnardes autonomes, comme la Svanétie.
Le reste, c'est-à-dire l'Azerbaïdjan et l'Arménie actuels, est divisé en khanats musulmans, dépendant de la Perse. Le territoire actuel azerbaïdjanais abritait sept khanats : celui de Gandja, autour de la ville du même nom, qui sera appelée Elisavetpol par les Russes et Kirovabad par les Soviétiques : celui de Cheki, au nord de la Kura ; le khanat de Kuba, au bord de la Caspienne, entre le Daghestan et Baku ; le khanat de Baku, autour de la ville du même nom ; celui de Chirvan, englobant le confluent du Kura et de l'Araxe ainsi que le littoral de la Caspienne au sud de Baku ; celui de Karabagh, réunissant le Karabagh montagneux actuel et sa périphérie et celui de Talich, à l'extrême sud-est. Enfin, plus à l'ouest, le khanat d'Erivan occupe le nord de l'Arménie actuelle, tandis que celui de Nakhitchevan réunit l'enclave actuelle azerbaïdjanaise du Nakhitchevan au Zanguezour, l'extrémité sud de la république arménienne. Citons encore, pour compléter le tableau, le khanat de Maku occupant le territoire iranien enfoncé entre la Turquie et la Russie.
La conquête russe
La percée russe vers le Caucase devint possible avec la disparition des khanatsmongols, héritiers de la Horde d'Or des fils de Gengis Khan. La conquête du khanat d'Astrakhan par la Russie au XVIe siècle lui donna accès à la Caspienne et la frontière russo-persane s'établit pendant longtemps sur le fleuve Terek. Mais, à l'ouest, le khanat de Crimée, protégé par les Ottomans, protégeait à son tour les Tcherkess et les autres peuples du nord du Caucase. Les Ottomans furent obligés de renoncer à cette protection par le traité turco-russe de 1774 et le khanat de Crimée fut absorbé par les Russes en 1783. L'année suivante, la Russie occupa Petrovsk et sa région dans le Daghestan et établit son protectorat sur le royaume de Kartli, qui venait d'absorber la Kakhétie. Les Russes fondèrent Vladikavkaz et construisirent la route du col de Daryal qui permettait une communication directe avec la Géorgie. Le dernier roi de Kartli légua à sa mort, en 1802, son royaume à la Russie. Les autres principautés suivirent, la Mingrelie en 1803, l'Imérethie et la Gourie en 1804, les Ossètes en 1806, les Abkhazes en 1810, tandis qu'en même temps les khanats d'Azerbaïdjan étaient enlevés à la Perse.
L'étape suivante date des années 1828-1829, quand la Russie se permet de faire la guerre à la fois à la Perse et à la Turquie. La première perd les khanats d'Erivan et de Nakhitchevan, la seconde la Meskhetie, c'est-à-dire les districts d'Akhaltsikh et d'Akhalkalaki, et celui de Sourmalou, au sud de l'Araxe. Restent les montagnards du Caucase qui seront soumis après de longues luttes. Les peuples du Daghestan se révoltent sous la bannière de cheikh Chamyl, qui ne sera capturé qu'en 1859 ; les Circassiens déposent les armes en 1864. De même, des Géorgiens montagnards comme les Svanes ne sont annexés qu'en 1858.
Le Caucase sera relié à la Russie par une voie ferrée, laquelle, venant du nord-ouest, longe d'abord le piémont septentrional du Caucase jusqu'à Petrovsk, traverse ensuite les portes de Fer par Derbent jusqu'à Baku et continue, au-delà de la vallée du Kura jusqu'à Tiflis. Là, elle se divise en deux branches. La première atteint la mer Noire à Poti, la seconde traverse le petit Caucase jusqu'à Alexandropol, atteint ensuite Erivan et, suivant la vallée de l'Araxe par Nakhitchevan et Djoulfa, arrive à la frontière iranienne, d'où elle se dirige vers Tabriz. Le port de Poti, ensablé par les alluvions du Rioni, sera remplacé par celui de Batoum, conquis lors de la guerre russo-turque de 1877-1878, qui accorde à la Russie les trois districts de Kars, Ardahan et Batoum, c'est-à-dire l'ancien pays des Atabeks et au-delà. Après la réalisation d'un branchement ferroviaire vers Batoum, le commerce de la Perse emprunte désormais le chemin du Caucase, abandonnant l'ancienne route caravanière traversant la Turquie par Trabzon et Erzeroum. L'exploitation du pétrole de Baku fait doubler la ligne Batoum-Baku par un oléoduc qui fait de cet axe la colonne vertébrale du Caucase.
L'implantation russe au Caucase crée deux grands mouvements de migration. Les musulmans du nord du Caucase émigrent vers la Turquie et les Arméniens de ce pays s'installent au Caucase. Dans les grandes villes comme Tiflis ou Baku, les Arméniens forment une bonne partie de la bourgeoisie, mais aussi de l'artisanat, tandis que dans les campagnes, où les grands féodaux géorgiens et azeris détiennent la terre, les migrants arméniens s'installent de préférence dans les régions montagneuses, comme le Lori, sur la frontière actuelle entre la Géorgie et l'Arménie, le Karabagh ou le Zanguezour. Les conflits avec les Azeris avaient déjà provoqué une première « guerre » arméno-tatare (nom donné à l'époque aux Azeris) en 1905-1907.
Mais le Caucase devint surtout la caisse de résonance du conflit turco-arménien de la Turquie voisine. Là, les Arméniens subissaient depuis le milieu du XIXe siècle le contrecoup de la sédentarisation forcée et de la « pacification » des Kurdes, entreprises par les autorités ottomanes, et le mécontentement arménien se transforma progressivement en un mouvement national, aspirant, comme la plupart des peuples chrétiens de l'Empire turc, à travers des phases successives d'autonomie, à son indépendance. Dans cette lutte, l'allié naturel des Arméniens fut la Russie, malgré les incompatibilités politiques entre l'absolutisme tsariste et l'inspiration socialiste des partis arméniens, et, vice versa, le mouvement national arménien devint l'instrument idéal de l'expansion russe vers l'est de l'Anatolie et la haute Mésopotamie. En même temps, la Russie avait bien l'intention de pénétrer en Azerbaïdjan iranien et l'accord signé en 1907 avec la Grande-Bretagne permit un premier partage de la Perse. En contrepartie de l'attribution à la Grande-Bretagne des régions pétrolifères du Sud iranien, la Russie intégra l’Azerbaïdjan et le sud de la Caspienne dans sa zone d’influence.
L’alliance anglo-russe en vue de la Première Guerre mondiale condamne d’ailleurs à terme l’Empire ottoman et les grandes puissances se préparent à son partage définitif. En prévision de cet acte final, la Russie avance et place ses pions sur les frontières occidentales du Caucase. En 1912, des émissaires russes approchent Simko Agha, le chef kurde qui contrôle à partir de Qotur, sur la frontière turco-persane, la route reliant Van à Tabriz. Inondé de roubles et d'armes, Simko est capable de créer une fédération kurde allant du mont Ararat jusqu'aux contreforts ouest de la plaine d'Ourmia. Les Kurdes commencent à attaquer les villages arméniens situés à l'ouest de cette ligne, dans la haute vallée de l'Euphrate (Murat) et autour du lac de Van. Les protestations arméniennes, jointes à la désillusion des partis arméniens face à la politique nationaliste des Jeunes-Turcs et à la défaite turque dans la guerre des Balkans, permettent à la Russie d'intervenir énergiquement auprès du gouvernement ottoman, pour demander des réformes au profit des Arméniens dans les six provinces orientales de l'Empire (1). Les autres puissances interviennent également pour ne pas laisser le champ libre à la Russie. Un projet, établi sans la participation de l'administration ottomane, lui sera soumis et approuvé, avec quelques modifications, au printemps 1914. Dans un ensemble où la population arménienne atteint le quart de la population totale, le projet prévoit une participation à 50% dans les assemblées locales et des inspecteurs européens pour superviser l'administration turque. Le premier pas vers l'autonomie arménienne est ainsi franchi.
Les débuts de la Première Guerre mondiale
Fin juillet 1914, le parti Dachnak, qui est à la pointe du mouvement national arménien, convoque son huitième congrès à Erzeroum quand la guerre éclate en Europe (la Turquie n'y entrera que le ter novembre). A la fin du congrès, une délégation de personnalités « Jeunes-Turcs » vient proposer aux représentants arméniens leur participation à la guerre contre les Russes, leur offrant en contrepartie un État autonome comprenant les territoires transcausiens peuplés d'Arméniens ainsi qu'un certain nombre des districts des provinces d'Erzeroum, de Van et de Bitlis. Les responsables arméniens répondent que le parti Dachnak a choisi la neutralité (2). Au même moment, le catholicos d'Etchmiadzin, patriarche de tous les Arméniens, lance un appel vibrant à Vorontzov-Dachkov, vice-roi du Caucase, demandant à la Russie de protéger les Arméniens et de modifier le statut d'autonomie, déjà acquis à leur profit, avec la nomination d'un gouverneur chrétien choisi par la Russie à la tête des six provinces unifiées (3). En même temps, Vorontzov-Dachkov contacte les personnalités du Conseil national arménien à Tiflis, dont le maire de la ville Khatissian, et promet l'autonomie arménienne dans les six provinces orientales turques, si celles-ci sont conquises avec l'aide arménienne (4). Les Arméniens proposent alors la création d'unités de volontaires et des télégrammes sont aussitôt envoyés par le Conseil national arménien à toute la communauté, lui demandant de se mobiliser (5). Entre cette date et le début de la guerre turco-russe, le 1er novembre, quatre détachements de volontaires arméniens, composés d'Arméniens de Turquie — puisque les Arméniens de Russie sont enrôlés dans l'armée régulièrement formée — sont constitués. Leur quantité est sans doute négligeable dans la masse de l'armée russe, puisque chaque détachement compte environ mille hommes, mais utilisés au début comme éclaireurs et ensuite dans toutes les batailles sensibles mettant en cause des populations kurdes et arméniennes dans les endroits les plus contestés, leur rôle politique fut sans commune mesure avec leur poids réel.
Ainsi, dès le 24 octobre, une semaine avant le début des hostilités, le deuxième détachement volontaire arménien, dont le commandant en second est un député arménien au Parlement ottoman, part d'Igdir en direction de Van (6). La région allant du lac de Van à celui d'Ourmia est un des endroits clés du conflit, parce qu'elle constitue le chemin le plus court entre le Caucase russe et Mossoul, le centre de la haute Mésopotamie, d'où la jonction avec les Britanniques, qui attendaient déjà au Koweït la déclaration de la guerre pour occuper Basra, était possible. En même temps, cette région était considérée comme le « ventre mou » de la défense turque parce que peuplée par des chrétiens. La seule région en Anatolie où les Arméniens étaient en majorité était celle du lac de Van ; Ourmia était peuplée d'Assyriens et le massif de Hakkâri abritait des tribus nestoriennes.
Le deuxième détachement arménien sera arrêté par les Turcs le 1er novembre. Mais, dès le début des hostilités, les troupes russes pénètrent en territoire turc en se servant des détachements de volontaires arméniens comme éclaireurs. De leur côté, les Turcs mobilisent les Kurdes en les utilisant comme cavalerie irrégulière. Dès le premier contact avec les Russes, 10.000 de ces cavaliers, sur un total de 13.000, désertent et se dispersent dans les villages des environs, où ils sont reçus à coups de fusil. De même, les fantassins kurdes et arméniens, mobilisés dans l'armée régulière, désertent et vont avec leurs armes protéger leurs villages. Dès le premier mois de la guerre, la confusion est totale (7).
Après l'échec de la première pénétration vers Van, les Russes décident d'utiliser le territoire iranien (8). En novembre, le khan de Maku est déposé et remplacé par un cousin plus docile. Une colonne russe, accompagnée du premier détachement de volontaires arméniens, dirigé par Antranik, le chef arménien le plus célèbre, traverse Khoy et Qotur et occupe Saray, à l'intérieur du territoire turc et à 70 kilomètres de Van (9). Baskale, plus au sud, est occupé le 24 novembre par l'armée russe. Les habitants arméniens en profitent pour piller les maisons musulmanes. Une contre-offensive turque récupère la ville et c'est alors le massacre des Arméniens (10).
La grande offensive turque
Après les premiers revers, les Turcs préparent une grande offensive. Le généralissime Enver Pacha prévoit une grande percée qui lui ouvrirait le Caucase et même au-delà, la patrie ancestrale, le Turkestan. Quelque 120.000 hommes sont lancés en décembre sur des chemins de montagne à plus de 2.000 mètres d'altitude. L'annonce de l'offensive turque entraîne toutefois un retrait précipité des forces russes, qui évacuent non seulement le territoire turc occupé, mais aussi l'Azerbaïdjan iranien. Le premier détachement arménien se retire à Djoulfa, sur la frontière russo-iranienne. Simko Agha passe dans le camp turc et les tribus kurdes déferlent sur la plaine d'Ourmia. La ville d'Ourmia est prise le 2 janvier et toute la région soumise au pillage (11). Tabriz même sera conquise le 14 par un détachement irrégulier turc (12).
L'offensive turque, dite de Sarikamis, du nom de la ville qui était le premier objectif, fut une des plus grandes défaites de l'histoire turque, due notamment aux conditions climatiques et à une logistique lamentable. Elle fit plus de 70.000 morts, dont la plupart périrent gelés. Mais l'hiver paralysa également en grande partie la contre-offensive russe et les régions frontalières furent laissées à elles-mêmes pendant cet hiver terrible, sillonnées par des déserteurs poursuivis par des gendarmes, chacun attaquant à son tour les villages de tout bord. Des mouvements arméniens furent réprimés dans la région de Bitlis et 2 000 Arméniens prirent le maquis autour d'Ercis (13).
Après l'échec de la grande offensive turque, la région Van-Ourmia retrouve son importance. En février, les Russes réoccupent les territoires iraniens et Simko bascule encore une fois dans le camp russe. Mais cette fois les Turcs préparent à Mossoul une division, sous la direction de Halil Bey (futur pacha), oncle d'Enver Pacha, qui quitte cette ville en mars en direction d'Ourmia, à travers les défilés du Grand Zab. C'est à cette occasion que des émissaires russes sont envoyés chez Mar Shimoun, le patriarche (dans le sens biblique du terme) des nomades nestoriens qui tiennent, conjointement avec les Kurdes, cette région (14). En même temps les 2e, 3e, 4e et 5e (nouvellement créé) détachements de volontaires arméniens sont réunis en un corps spécial, chargé de marcher sur Van (15). La région est en effervescence depuis le début du printemps et, le 20 avril, la révolte arménienne de Van éclate (16). Quand les nouvelles arrivent à Istanbul, les milieux les plus nationalistes du parti Jeune-Turc, groupés autour du ministre de l'Intérieur Talât Pacha, qui voient chez les Arméniens l'obstacle principal à la réalisation des objectifs nationaux, obtiennent la publication d'un décret ordonnant la déportation des Arméniens et la mise sous séquestre de leurs biens. Il en résultera une confiscation globale des biens et des massacres plus ou moins systématiques, selon les régions, des convois de déportés, s'ajoutant aux décès dus aux mauvais traitements, à la famine et aux maladies endémiques. 600.000 à 800.000 personnes sur une population arménienne globale de près d'un million et demi y périront.
La guerre en accordéon
Devant les nouvelles de la révolte de Van, les détachements arméniens accélèrent leurs préparatifs et quittent Erivan le 28 avril (17). Trois jours plus tard, Halil Bey se trouve à Dilman, au nord de l'Ourmia, face au premier détachement arménien, celui d'Antranik. Le lendemain, la bataille est encore indécise, quand le commandant turc reçoit un télégramme lui annonçant la révolte de Van et la nécessité de rentrer pour protéger la route de Mossoul à travers Bitlis (18). Le temps que Halil Bey arrive à Bitlis avec une armée en très mauvais état, harcelée le long du parcours par les Kurdes, les détachements arméniens entrent à Van le 18 mai et entreprennent le « nettoyage » des rives du lac (19). En même temps une colonne russe se dirige à travers Baskale vers le pays nestorien et, cette fois-ci, Mar Shimoun semble convaincu de participer au front chrétien qui doit courir du Caucase à Mossoul. Des membres de la communauté nestorienne, très importante dans cette ville, hésitant à suivre le patriarche à cause de la proximité des Turcs, sont assassinés par ses émissaires (20).
Devant l'aggravation de la situation, les Turcs, en agitant le danger chrétien, arrivent à rallier les Kurdes et reprennent progressivement les bords du lac Van. Le 4 août, les Russes doivent quitter Van et évacuer sa population arménienne. En été 1915, la situation revient au point de départ, mais 300.000 Arméniens sont réfugiés dans le Caucase et se trouvent entassés dans des conditions dramatiques autour d'Erivan, tandis que les déportations continuent sur tout le reste de l'Anatolie (21). De leur côté, les Nestoriens, pressés au nord par les Kurdes et au sud par un détachement turc venu de Mossoul, quittent les hautes vallées du Zab, où ils étaient installés depuis des millénaires, pour se réfugier dans la plaine d'Ourmia (22).
Suite à ces revers, les Russes reprennent une grande offensive d'hiver. En attendant, Van est réoccupée en septembre et les détachements arméniens progressent de nouveau le long des rives du lac. Cette fois-ci, ce sont les populations musulmanes qui s'enfuient vers l'ouest, quand elles le peuvent. Mais bientôt les forces russes prennent la relève. Mus est prise le 16 février 1916, le même jour qu'Erzeroum. Trabzon, au bord de la mer Noire, capitule le 18 avril. L'offensive russe atteint Erzincan, son point le plus avancé, le 25 juillet. Mais les Turcs reprennent Mus le 6 août et tiennent toujours Bitlis, empêchant toute descente vers la Mésopotamie. Lors de cette guerre « en accordéon », les fronts successifs et l'arrière-front sont dépeuplés à 75% (23). Si l'on estime la population arménienne de cette région entre 30 et 40% du total, le reste est composé des populations musulmanes, kurde ou turque.
Au moment où les forces russes occupent la plus grande partie des six provinces ottomanes, revendiquées par les Arméniens, Sazonov, le ministre russe des Affaires étrangères, dans une note au grand-duc Nicolas, vice-roi du Caucase, s'élève contre le projet d'une région arménienne autonome, puisque la population arménienne, qui n'atteignait avant la guerre que le quart de la population totale, avait encore diminué au cours des deux dernières années. Par conséquent, l'insistance des autorités russes à maintenir ce projet sur un territoire sous leur occupation leur aliénerait les populations musulmanes. Ainsi, Sazonov propose maintenant une administration directe reconnaissant les droits de chaque minorité (24). Le commandement du Caucase, face au dépeuplement de la région, élabore d'autres projets, comme celui de la création d'un territoire des Cosaques de l'Euphrate, peuplé d'émigrants russes. C'est ainsi que les détachements de volontaires arméniens, leur rôle terminé, seront dissous, après avoir perdu un tiers de leurs effectifs (25).
La débâcle russe dans le Caucase
A partir de l'été 1916, les deux armées sont aussi épuisées l'une que l'autre et le pays complètement exsangue. Ainsi, le front ne bouge pratiquement plus jusqu'à la révolution d'Octobre. En mars 1917, juste après la révolution de février, le grand-duc Nicolas, vice-roi du Caucase, est rappelé. Un directoire provisoire, composé d'un menchevik géorgien, Noé Jordania, du maire arménien de Tiflis, Alexandre Khatissian, et d'un représentant de l'armée russe, le remplacent. Le 22 mars un gouvernement provisoire transcaucasien (Ozakom) est formé. On y trouve notamment les trois grands partis du Caucase, les mencheviks géorgiens, le parti Dachnak arménien et le parti Moussavat azeri. A la même date, les ouvriers de Baku forment un soviet qui élit à sa tête le communiste arménien Stepan Chaoumian. En Azerbaïdjan, deux forces s'opposent, les communistes à Baku, les grands propriétaires terriens à Gandja (Elizavetpol, Kirovabad) (26).
Au nord, les Circassiens réunissent en mai 1917, à Vladikavkaz, une Assemblée des peuples du nord du Caucase. L'assemblée déclare l'Union des peuples du Caucase du Nord et du Daghestan et un comité exécutif est formé. Au cours d'une deuxième assemblée, convoquée le 20 septembre 1917, les Nogaïs, les Turkmènes du gouvernorat de Stavropol et les Abkhazes adhèrent à l'Union (27).
L'événement le plus important, entre la révolution de Février et celle d'Octobre, est, toutefois, l'autodémobilisation de l'armée du Caucase, qui fond complètement au cours de l'été et de l'automne 1917. La disparition des autorités russes donne l'occasion aux réfugiés arméniens de revenir dans leurs villages sous la protection des milices arméniennes, ce qui entraîne des actes de vengeance et les représailles des bandes kurdes. L'évolution de la situation militaire inquiète les Arméniens, mais aussi les chefs des missions militaires de l'Entente dans le Caucase. Ainsi, le plan du front chrétien, tenté par les Russes en 1914-1915, sera repris à une plus grande échelle par l'intermédiaire des attachés militaires alliés à Tiflis. Ce front doit comprendre les Grecs du Pont (région de Trabzon), les Géorgiens, les Arméniens et les Nestoriens de la région d'Ourmia.
A la mi-octobre, le général Barter, chef de la mission militaire britannique en Russie, propose à Londres l'envoi des conscrits arméniens dans l'armée russe (environ 130.000 hommes) au Caucase. Le chef d'état-major impérial britannique, W. Robertson, appuie la proposition (28) et porte la question devant le cabinet de Guerre, demandant l'utilisation du plus grand nombre possible d'Arméniens au Caucase et au nord de la Perse et de proposer même à cet effet aux États-Unis d'y envoyer leurs immigrés arméniens. Le cabinet britannique accepte la proposition et télégraphie en ce sens à Washington. Entre-temps, le gouvernement provisoire russe, sous la pression des comités arméniens, prend des décisions en ce sens, qui sont interrompues par la révolution d'Octobre (29).
Celle-ci ne fait qu'accélérer les initiatives de l'Entente. Le chef de la mission militaire britannique à Tiflis, Offley Shore, contacte Antranik au mois de décembre. Celui-ci promet de lever 10.000 irréguliers en un mois et de doubler ce chiffre en trois mois s'il reçoit de l'argent, des armes et des officiers britanniques (30). Ces forces sont essentiellement destinées à la région sensible Van-Ourmia, où une coalition entre Antranik, Mar Shimoun et l'inévitable Simko est prévue. Celui-ci, invité par les agents britanniques à la mission protestante américaine du Dr. Shedd à Van, accepte de coopérer (31).
Plus au nord, le colonel Chardigny, représentant militaire français à Tiflis, écrit au métropolite grec de Trabzon, Chrysanthos, pour lui demander sa participation à une division grecque à créer entre Batoum et Trabzon. Chrysanthos, mesurant le danger, refuse poliment (32).
Le rôle des Anglais
Les Alliés ne lésinent pas sur les moyens, d'autant plus que dans le vide laissé par les Russes se trouvent les pétroles de Baku. Le cabinet de Guerre britannique autorise le 7 décembre A.J. Balfour, le ministre des Affaires étrangères, à financer les Arméniens avec les fonds de l'Intelligence militaire et demande, le 14 du mois, à Marling, l'ambassadeur à Téhéran, d'ouvrir aussitôt un crédit (33). La somme affectée par les Britanniques s'élève à 20 millions de livres sterling (34). La somme mise à la disposition du colonel Chardigny, lors du Comité de guerre tenu à Paris le 12 décembre, est de 20 millions de francs (35). Le 15, Londres informe Shore à Tiflis que les Géorgiens et les Arméniens sont autorisés à acheter des armes et autres matériels militaires aux Russes en retraite (36). Le mémorandum, préparé par deux membres du cabinet britannique, lord Milner et lord Cecil, et accepté le 22 décembre par Clemenceau, précise : « Finalement, nous sommes obligés de protéger, si possible, les Arméniens survivants, non seulement pour sauvegarder les flancs de nos forces mésopotamiennes en Perse et dans le Caucase, mais aussi parce qu'une possible union des Arméniens avec un État géorgien autonome ou indépendant sera la seule barrière contre le développement d'un mouvement touranien qui pourrait s'étendre de Constantinople à la Chine » (37). Le lendemain, un accord franco-anglais est signé : l'Ukraine, la Bessarabie et la Crimée sont placées dans la sphère d'influence française, les territoires cosaques, le Caucase et le Kurdistan dans la sphère britannique (38). Aussitôt Londres décide d'envoyer une mission militaire au Caucase. Ce sera la célèbre mission Dunsterville dont il sera question plus loin (39).
L'application de ce dispositif à la région d'Ourmia donnera des résultats catastrophiques. Ourmiya, ville de 30.000 habitants, dont un quart de chrétiens, est déjà sous pression avec l'arrivée des Nestoriens de Mar Shimoun. Le lieutenant français Gasfield, arrivé le 24 décembre en tant que représentant du colonel Chardigny, essaye de constituer quatre bataillons nestoriens avec les armes laissées par les Russes. Les Nestoriens utilisent leur armement pour piller la ville et attaquer les villages musulmans. Les Persans d'Ourmia se soulèvent en février, mais le soulèvement est noyé dans le sang. En mars, Mar Shimoun est assassiné par Simko et les Nestoriens se vengent cette fois sur les Kurdes des environs. En attendant les Turcs, la plaine d'Ourmia plonge dans l'horreur (40).
La révolution d'Octobre et le pouvoir bolchevique sont unanimement rejetés par les partis nationaux du Caucase, à l'exception de la commune de Baku. Un congrès bolchevique se réunit en octobre à Tiflis pour condamner le séparatisme transcaucasien, mais le 14 novembre l'Ozakom proclame la loi martiale et étouffe dans l'œuf toute velléité de soulèvement communiste (41). Le 24, une administration provisoire est mise en place avec les mencheviks géorgiens dans les postes clés. De même, le 21 décembre, le Comité central de l'Union nord-caucasienne rompt ses liens avec Moscou (42). En revanche, en janvier 1918, un congrès tenu à Mozdok réunit bolcheviks, mencheviks, SR (socialistes-révolutionnaires) et des radicaux ossètes en un « bloc socialiste » qui forme le soviet populaire du Terek, contre les musulmans du Daghestan. Le soviet du Terek s'installe en mars 1918 à Vladikavkaz pour former la République populaire socialiste des soviets du Terek (43). Les chefs religieux contrôlent néanmoins le Daghestan, tandis qu'entre les deux, les Tchetchènes et les Ingouches restent neutres (44).
De Brest-Litovsk à Batoum
De l'autre côté de la frontière, à Istanbul, la révolution d'Octobre et l'appel à la paix des bolcheviks sont suivis avec un grand intérêt. Le 30 novembre, le commandant de l'armée turque du Caucase contacte Tiflis et, trois jours après la signature d'un armistice entre la Russie, l'Allemagne et l'Autriche à Brest-Litovsk, le 17 décembre, l'armistice d'Erzincan est également signé sur le front du Caucase. Mais, quand les puissances centrales se retrouvent face aux Soviétiques à Brest-Litovsk, elles s'aperçoivent que leurs intérêts divergent, puisque les Allemands entendent conserver les territoires occupés par eux, tandis que les Turcs veulent obtenir l'évacuation de leurs propres territoires occupés par la Russie. Ainsi, chacun va commencer par entamer des négociations séparées avec les Soviétiques. La première passe d'armes turco-soviétique se fera autour de la question arménienne. Les Soviétiques demandent un plébiscite dans les territoires occupés au nom de l'autodétermination des peuples et les Turcs leur opposent l'« ingérence dans les affaires intérieures (45) ». C'est pendant ce temps, le 31 décembre, que Staline, commissaire aux Nationalités, publie son communiqué sur l'Arménie turque. Celui-ci est un appel aux Arméniens à chercher la solution de leurs problèmes dans le cadre de la Russie des soviets. Il sera suivi par le décret arménien, publié le 11 janvier 1918. Celui-ci prévoit l'évacuation de l'Arménie turque par les armées russes et la formation d'une milice populaire arménienne pour la protection de la population ; la liberté de retour des réfugiés et des déportés arméniens ; la création d'une administration permanente sous le nom du « soviet des représentants populaires arméniens », présidé par Stepan Chaoumian (46). Ce document était condamné à rester une déclaration d'intention. On ne voit pas qui aurait obligé les Turcs à rapatrier les survivants de la déportation arménienne, comment les milices arméniennes auraient pu assurer la sécurité de ce territoire ni comment le parti Dachnak aurait accepté la direction de Chaoumian, le chef des soviets de Baku.
Ainsi, cette initiative a surtout comme résultat de mettre en branle la réaction turque. Les Turcs s'aperçoivent, d'une part, à Brest-Litovsk, que la délégation soviétique est incapable de faire face à la pression austro-allemande et, d'autre part, sur le terrain, que la Transcaucasie était en train de larguer les amarres par rapport à la mère Russie. Tout cela va permettre aux Turcs de jouer au chat et à la souris avec la Transcaucasie, utilisant alternativement le fusil et la table des négociations.
Le 14 janvier, Vehib Pacha, le commandant turc du front du Caucase, écrit à son homologue, le général géorgien Odichelidzè pour lui annoncer que « Son Excellence Enver Pacha souhaitait connaître les conditions de rétablissement des relations avec le gouvernement indépendant du Caucase, ainsi que le point de vue dudit gouvernement sur la question » (47). C'est le général turc qui mentionne ainsi le premier un gouvernement indépendant du Caucase. D'ailleurs, quelques jours plus tard, le même Vehib Pacha, prend l'initiative d'inviter ledit gouvernement aux négociations de Brest-Litovsk (48). Tiflis, perplexe, répond que la Transcaucasie fait partie de la Russie, mais que les propositions turques seront examinées par la future Assemblée constituante (Seim) (49). Celle-ci sera convoquée après la dissolution de l'Assemblée constituante russe par les bolcheviks, le 18 janvier, et le reflux des personnalités mencheviques géorgiennes à Tiflis. Les dachnaks seuls s'opposent à cette convocation, insistant pour le rattachement du Caucase à une Russie démocratique et fédérale, mais finissent par se soumettre à la majorité des mencheviks et des moussavatistes. L'Assemblée compte 33 membres du parti Moussavat, 30 mencheviks géorgiens et 27 dachnaks arméniens. On y trouve également 14 autres musulmans de tendances différentes, 2 géorgiens et 6 SR et démocrates (50).
En même temps que cette offensive de charme, Vehib Pacha abreuve la partie adverse de protestations sur les atrocités commises par les Arméniens sur la population musulmane. Odichelidzé répond en reconnaissant partiellement les faits et en y opposant les massacres perpétrés par les Kurdes (51). Mais, au-delà des territoires occupés, le Caucase bouge également et les musulmans s'arment en utilisant le matériel laissé par l'armée russe et en attaquant au besoin les unités en cours de démobilisation. Ainsi, en janvier, près de Gandja, le 219e régiment russe attaqué par les Azeris laisse quelque 400 morts sur le terrain tandis que son armement change de mains (52).
Les offensives turques
La situation est mûre pour que l'on passe aux actes. Alors, quand Trotski fait le 10 février à Brest-Litovsk son discours « ni guerre ni paix », qui consiste à refuser aussi bien de se battre que de signer les conditions imposées par les puissances centrales, l'état-major turc reçoit de Luddendorf le feu vert pour attaquer (53). Vehib Pacha envoie le 11 février une note exprimant l'impossibilité d'assister les bras croisés aux massacres de ses coreligionnaires et le lendemain une seconde note annonce le début des opérations (54).
Cette première offensive s'arrête quelques jours plus tard, après la prise d'Erzincan le 13. Elle a sans doute pour objectif de tester le terrain militaire et diplomatique. Sur le plan militaire, la débandade est complète. La population et les bandes arméniennes se livrent à des pillages et des massacres avant d'évacuer les lieux et subissent ensuite le même sort de la part des irréguliers turcs et kurdes sur les routes. Le même scénario va se répéter inlassablement tout le long de l'avance turque.
Sur le plan diplomatique, l'article 5 de l'ultimatum délivré par les puissances centrales demande que les Russes fassent tout leur possible pour rétrocéder les provinces de l'est de l'Asie Mineure à l'Empire ottoman, refusant ainsi de prendre en compte la demande turque de rétrocession des trois districts de Kars, Ardahan et Batoum, c'est-à-dire le retour à la frontière d'avant 1878. Demande devant laquelle Allemands et Autrichiens se sont toujours montrés réticents (55). Mais quand, au retour de la délégation russe, présidée cette fois-ci par Tchitcherine, à Brest-Litovsk, il apparaît que les Soviétiques sont prêts à signer, après une protestation véhémente, tout texte qui leur serait présenté, toute demande devient possible. Ainsi, le traité turco-russe de Brest-Litovsk, signé le 3 mars 1918, prévoit la rétrocession des trois districts de Kars, Ardahan et Batoum à la Turquie. Entre-temps, à Tiflis, la Seim décide, sous le coup de la prise d'Erzincan, d'entrer en pourparlers avec les Turcs, tout en revendiquant la frontière de 1914 et choisit un lieu « ne












