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21 septembre 2007
Le Che, une "mystification collective"
20 MINUTES - Dans votre livre, vous déconstruisez le mythe de Che Guevara, décrit comme un "bourreau implacable", qui fume le cigare en regardant les exécutions. D'où vient alors son statut d'icône ?
Jacobo Machover - C'est une construction post mortem. Deux types de personnes y ont contribué. Fidel Castro lui-même, qui en a fait un héros presque surhumain, et les intellectuels du monde entier, en particulier français, qui le considèrent, ainsi que l'a affirmé Sartre, comme "l'homme le plus complet de notre temps".
Comment expliquer l'engouement des intellectuels français pour le Che dans les années 1960 ?
JM - C'était les premières années de l'internationale communiste. Le Che incarnait l'internationaliste mort au combat. Les intellectuels français avaient besoin de croire à un demi-dieu, et le Che convenait tout à fait : il avait fait des études de médecine, il avait une certaine culture, et il parlait un peu le français - très mal, mais cela donnait d'illusion qu'il était polyglotte. Le tout donnait l'image d'un humaniste prenant les armes malgré lui, ce qui est faux. Sa légende est une entreprise de mystification collective.
Il a été assassiné jeune. Cela y a-t-il aussi contribué ?
JM - Oui. Et c'était le moyen pour Castro de donner une image éternellement jeune à la révolution cubaine, alors que Castro vieillissait, et que la révolution elle-même devenait obsolète.
Vous étiez vous-même "un admirateur de Che Guevara". Pourquoi avez-vous changé ?
JM - Mon père avait travaillé avec lui comme interprète. Puis on a dû s'exiler en 1963, et nous n'avons pas pu revenir. Je me suis documenté, puis j'ai profité d'une période d'ouverture de Cuba pour m'y rendre, à la fin des années 1970, et là j'ai tout de suite compris. La surveillance constante, la délation... J'ai vu la panique sur le visage d'une amie quand je lui ai dit que, comme tous les étrangers, j'étais surveillé. A mon retour, j'ai commencé à écrire.
Comment les Cubains le perçoivent-ils aujourd'hui ?
JM - Les enfants sont élevés dans le culte du Che, dont l'image trône toujours à La Havane. Mais les gens se souviennent de ce qu'il a fait. Il y a la mémoire des exécutions, qui faisaient la une des journaux, et des prisonniers... Ces aspects sont occultés. Mais aujourd'hui, les langues se délient.
Vous dites que Castro a instrumentalisé Che Guevara.
JM - Fidel l'a utilisé comme instrument de sa politique extérieure, et l'a supprimé en temps voulu. Le Che se croyait plus utile vivant que mort, ce qui n'était pas l'avis de Castro. Personnellement, c'est dans sa mort, en Bolivie, que je le trouve le plus humain, quand il cesse d'être un « héros », un fanatique imperméable à tout sentiment. Mais pour nous, la plupart des Cubains, Che Guevara est le symbole - et la réalité - de l'oppression à Cuba.
Source du texte : 20 MINUTES.FR
08:55 Publié dans Amérique du Sud, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Che, Cuba, Fidel Castro












Commentaires
J’enrage de lire des raccourcis et de telle contre vérité historique.
De plus, selon son bord politique l’impartialité du biographe n’est jamais remis en cause, c’est étrange.
Les écrivains made in USA ou du lobbying cubain de Miami ou les dissidents du régime par exemple ne sont pas réputés pour leurs objectivités !
Dois je vous rappeler que c'est un homme qui a renoncé à une vie de médecin bourgeois pour combattre pour la libération d'un pays qui n'était pas le sien Il a certes suivi Castro mais qui à l'époque n'avait rien d'un dictateur et qui fut après la révolution considéré comme un libérateur ( il se transforma en dictateur par la suite j'en conviens tout à fait ). Mais il a rompu avec Castro, l'Urss et le pouvoir pour retourner combattre dans d'autres pays, alors qu'il aurait pu profiter des privilèges du pouvoir ; ce qu'il a toujours refusé ! Avant cela il fut un artisan de la campagne d'alphabétisation de Cuba ainsi que de la gratuité du service de santé et de la répartition des terres, il créa le service de travail obligatoire pour relancer l'économie du pays et non des camps de travail concentrationnaire comme le laisse entendre Régis Debray (qui qualifie Castro d’Humaniste) c’est dire mais il était le seul ministre à venir y travailler ! Certes il dirigea les tribunaux révolutionnaires (ceux que je regrette) mais il prononça la mort uniquement contre les collaborateurs du dictateur Batista qui eux avaient du sang d'innocents sur les mains (car le peuple Cubain après des années de dictature réclamait vengeance!) Il était aussi dur avec lui même qu'avec les autres, il était dogmatique, mais il était prêt au sacrifice ultime pour un idéal de justice et d'égalité pour les peuples victimes de l'impérialisme! On peut critiquer ses choix ou ses méthodes mais l'homme était un exemple de courage et d'abnégation et d'apathie! Pour avoir été à Cuba je peux vous dire que si le peuple veut en finir avec Castro, le Che reste un héro dans toute sa noblesse !
(Il faut combattre le Castrisme sans tomber dans la propagande anticastriste primaire qui revisite l'histoire et en s'attaquant à la mémoire du Che qui reste la seule vertu de ce régime qui est aux antipodes de ceux pourquoi il s'est battu) et pour finir je le cite "Si vous êtes capables de trembler d'indignation, chaque fois qu'il se commet une injustice dans le monde, alors nous sommes camarades".
Ecrit par : Yann Durst | 02 octobre 2007
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